394 GUERRES DE LA RÉVOLUTION.
peuple à sa volonté de fer, il avait dévasté la route que devaient suivreles envahisseurs : il avait donné l’ordre de détruire les moulins, do rom-pre les ponts , d’enlever les bateaux, de ravager les champs , de faireémigrer les habitons. Rigueurs que justifierait à peine la conquête et qui,à l’égard d’une nation alliée, étaient le comble delà tyrannie.
Au reste, cen moyens formidables réussirent, et c’est ici qu’il faut déplo-rer l’éloignement de l’empereur. Enivré de sa grandeur, il négligea uneexpédition qui lui parut secondaire, il perdit même de vue les règlesqu’il avait consacrées par tant d’immortels exemples : Vunité des armées,de but , de commandement. On eût dû mettre sous un même chef lescorps du Portugal, ceux d’Andalousie et les faire converger rapidementsur Lisbonne, par les deux rives du Tage . On ne le fit point; on nedonna point à Soult d’ordres péremptoires, et Masscna seul fut im-puissant à surmonter des difficultés dont on n’avait point sondé toutel’étendue.
Le princed’Essling avait sous son commandement 60,000 hommes destrois corps et la cavalerie de Montbrun (6000). Dans le but de forcerWellington à s’étendre, il prescrivit à Reynier de se montrer à Castcl-Branco, à l’entrée de ces chemins intrépidement frayés par Junot en1808. Lui-même, avec le 6° corps, suivi de près par le 8°, débouchantde Ciudad-Rodrigo , investit Almeida, après que Ncy eut vivementpoussé l’avant-garde anglaise.
Bâti sur la rive droite de la Coa, au sommet de rochers escarpés dontce cours d’eau est encaissé, à peu de distance de la chaîne ardue qui sé-pare les eaux du Mondego de celle du Ducro, Almeida est le boulevarddu Portugal , Cette place renfermait 5 ooo hommes de garnison , de richesmagasins, un matériel considérable, enfin tout ce qui promet une longuerésistance. On ne fut en mesure de travailler aux tranchées qu’au boutde trois semaines. 10 jours après, les batteries de la seconde parallèlecommencèrent leur feu qui produisit un effet aussi inattendu que décisif.Dans la soirée une bombe enflamma le principal magasin à poudre quisauta avec un fracas terrible. La ville presque entière fut détruite, lesremparts s’écroulèrent, une partie de la garnison périt et le lendemain laplace ouvrit scs portes.
Wellington laissa prendre Almeida avec non moins de sang-froid qu’ilavait laissé prendre Astorga, puis Ciudad-Rodrigo . U se replia sur larive gauche du Mondego, derrière Celorico. La difficulté des vivres , lanécessité d’attendre Reynier, que le général en chef appelait auprès delui, suspendirent le mouvement général. Lorsque l’armée entière futréunie , elle forma trois colonnes deGuardaà Pinhel et poussa en avant: