CAMPAGNE DE 1812. 435
Davout et la garde intervinrent successivement, il resta maître desdébris de la ville qui fut incendiée, et où les Russes perdirent 8000hommes.
Les Russes se retirèrent au sud, mais la grande-armée avait remportéune victoire stérile. Kutusof était toujours à cheval sur la ligne de re-traite où on avait cherché à le devancer. Il avait sans doute dans cettecontrée inconnue des positions où il faudrait lutter encore. Une défaitecompromettrait tout, et de nouveaux combats même heureux, ne feraientqu’entraver une longue marche en augmentant le nombre des blessés.L’empereur avait un meilleur parti à tirer de cette rencontre fatale. C’é-tait de renoncer au plan qu’elle avait dévoilé et de donner le change àson adversaire en reprenant la route de Mojaïsk . Il s’y décida ,.non sansanxiété. L’armée remontant au nord, traversa Yereïa et rejoignit leschemins dévastés qu’elle avait naguère parcourus , par le champ de ba-taille de la Moskowa encore sillonné des empreintes de cette grande lutte.Il lui restait l’espoir d’arriver avant Kutusof à Smolensk . Le vieux feld-maréchal perdit ses traces. Après trois jours d’hésitation , durant lesquelsil manœuvra de manière à couvrir Kalouga , il sut enfin que les Françaislui échappaient. U ordonna à Platofde s’élancer sur leurs pas, à Milora-dovvich, de prendre 2 5 ,000 hommes, de courir à Gjat, de les rompre parle flanc, tandis qu’il s’ébranlait par la route de Medyn à Suleïki pour lesdéborder et saisir avant eux cette ville de Smolensk dont l’occupationsemblait devoir être décisive. Cependant on gagna pays. Miloradowich,malgré son activité, fut devancé à Gjat, et lorsqu’à Viazma , il atteignitl’arrière-garde, elle fit volte-face; des renforts survinrent, on livra uncombat furieux où la victoire fut encore fidèle aux troupes françaises.Elles atteignirent trois jours après Dorogobouje où elles repoussèrent en-core un hoüra de cosaques.
On respirait , on touchait à Smolensk, à Witepsk , à celte ligne de can-tonnemens que gardait Victor et où la prévoyance do l’empereur avait ac-cumulé des approvisionnemens do toute nature. On avait souffert, maison entrevoyait le terme de ses maux et l’on avait eu du moins la joie detenir en respect, de culbuter l’ennemi.
Ce fut à ce moment d’espoir que l’armée reçut le coup mortel. Depuisplusieurs jours, le froid avait commencé à l’assaillir. Déjà nombre detraîneurs, exténués par la marche et les privations, avaient jeté leursarmes ; déjà, le passage des malheureux Français était marqué par une-longue file de voitures, de canons abandonnés, de blessés, de maladesexpirans, de corps sans sépulture, lorsque dans la nuit du 6 au 7 no-vembre , la température descendit subitement au degré des plus rigou-reux hivers. Nuit funeste où des milliers d'hommes périrent, qui tua
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