CAMPAGNE DE 1812.
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avait aussi 3 o,ooo hommes. Mais Kutusof, étant à sa portée , il pouvaitrevenir à la charge avec des troupes fraîches. VVittgenstein avait à rem-plir une mission plus facile. Avec 3 o,ooo soldats victorieux, il semblaitdevoir, du premier choc, écraser une poignée d’hommes embarrasséeparla foule des non-combattans. Tous deux attaquèrent avec impétuosité:mais quels prodiges de valeur s’accomplirent dans cette journée suprême !Ncy, Oudinot, Victor, ces héros, tant de fois illustrés, surpassèrent leursplusbrillans exploits. On vit l’amiral épuiser, tour-à-tour, ses réserves,les renforts qu’il recevait de Kutusof, et plier enfin tout meurtri, sous lepoids d’une charge générale. On vit aussi Wittgenstein reculer. Vaine-ment son artillerie nombreuse foudroya-t-elle à-la-fois les troupes et lamasse des hommes désarmés : ni son feu , ni les scènes de désordre et dedésespoir qui se passaient derrière eux, n’ébranlèrent les braves soldatsdu cÇ corps à qui resta la victoire. Ce fut de ce côté que le colonel descuirassiers, Dubois, avec 3 oo chevaux exténués, rompit, sabra, désarmaun carré de 7000 fantassins et mérita d’être nommé général par un dé-cret daté du champ de bataille.
Des Russes , stupéfaits de tant de vaillance, lâchèrent prise après avoirperdu plus de 10,000 hommes. Pendant la nuit, Victor franchit la Béré-sina, puis l’armée entière se replia au-delà des marais de Zembin, tan-dis que l’on préparait la destruction des trois ponts qui le traversent etde ceux qu’on avait si heureusement construits.
Il ne restait plus sur la rive gauche qu’une faible arrière-garde, outrela foule des 12 à i 5 ,ooo non-combattans. Les horreurs du bivouac deStudianka ont été assez décrites. On sait que ces infortunés, dont la dé-moralisation était poussée jusqu’au vertige, refusèrent de marcher pen-dant la nuit. Menaces, prières, violences, rien ne put las émouvoir. Ilsavaient des vivres et du feu, ils avaient besoin de nourriture et de repos,il fut impossible de les arracher au sommeil de mort dont le réveilfut si terrible.
Au jour, lorsque l’arrière-garde se fraya sur leurs corps un passage san-glant, lorsque les sapeurs s’approchèrent prêts à embraser les ponts, touss e précipitèrent saisis d’une tardive rage. Combien trouvèrent la mort du-rant cette funeste lutte! Mais bientôt l'heure fatale sonna, les flammesdévorèrent les ponts. Il y eut alors un cri prolongé de détresse et des an-goisses dont l’âme a hâte de se détourner.
Helas! les vainqueurs de la Bérésina ne furent pas plus heureux. Ilsavaient sauvé l’honneur des armes, ils avaient gagné deux journées demarche sur l’ennemi retardé par la rupture des ponts, mais l’hiver lesassaillit plus rigoureux que jamais, dans leur affreux dénûment; ils neinsistèrent pas à ses atteintes. Le 3 décembre, le thermomètre descendit