166
NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.
le grand avantage de pouvoir prendre à re-vers les lignes d’opérations des ennemis enItalie et en Souabe . Ma première pensée futde laisser sur la défensive l’armée de Mas-séna dans l’Apennin , pour porter celles deréserve et du Rhin dans la vallée du Da-nube . La constitution de Tan viii ne per-mettant pas aux consuls de commanderl’armée en personne, mon intention était deconfier celle de réserve à un lieutenant, etde laisser la grande armée à Moreau ; maisen suivant le quartier-général de celle-ci,j’aurais de fait dirigé les opérations de tou-tes les deux. Je voulais faire passer Moreauà Schaffouse, prendre Kray à revers, le re-fouler dans l’angle du Mein et du Rhin , enle coupant de Vienne ; opérer, en un mot,contre la gauche du général autrichien , ceque je fis cinq ans après par la droite deMack à Donavert : nous eussions ensuitemarché sans obstacle sur l’Autriche , et re-conquis l’Italie à Vienne . Mais il me fut im-possible de vaincre l’obstination de Moreau,qui voulait à toutes forces jouer un rôlebrillant. Il refusa d’abord de commandersous moi, si je venais à son armée ; ensuiteil ne voulait pas suivre mon idée de passerà Schaffouse, prétendant qu’elle était dan-gereuse. Je n’étais pas encore assez affermipour rompre en visière avec un homme quiavait de nombreux partisans dans l’armée,et à qui il n’avait manqué que de l’énergiepour se mettre à ma place. Il fallut négo-cier avec lui, comme avec une puissance,car, dans ce temps, il en avait une réelle.Je lui laissai donc le commandement de laplus belle armée que la France eût vue de-puis longtemps, et le soin de l’amener à songré sur le Danube . Je me décidai alors àconduire mes conscrits par le St-Gothard
[i] Napoléon a aussi fait-transférer le pape enFrance, mais il était alors maître de Rome et voulait
en Lombardie , en me faisant seconder parLecourbe, lorsque Moreau aurait remportéses premiers succès.
Dans le même temps, nos affaires enItalie semblaient ruinées sans ressources.L’Angleterre se disposait à y faire agir unearmée; Naples, la Toscane, Rome , éclai-rées par les événements passés, pouvaientfaire de grands efforts pour les seconder.
Mort de Pie vi . Exaltation de Pie vn.
Au moment d’évacuer l’Italie, le Direc-toire avait imaginé de faire conduire Pie vi en France . Le déplacement de ce vénérablevieillard était une faute, pour ne pas direplus. Ce n’était pas sous l’illuminé Laré-veillière qu’on pouvait se flatter de transfé-rer l’influence du saint-siège en France , etle Directoire n’était point en mesure d’a-néantir cette influence. Pie vi avait unpied dans la tombe, et y descendit en effetà Briançon , peu de jours après son arrivée.S’il eût vécu, le conclave eût pourvu demanière ou d’autre au remplacement d’unpontife prisonnier [1].
Il nomma à sa mort le célèbre Chiara-monte, évêque d’imola, auquel ses homéliesrépublicaines ne semblaient pas trop donnerdes titres à l’exaltation. Il fut proclamésous le nom de Pie vu, au commencementde 1800. C’était au reste un excellent pontife ;il professait pour moi des sentiments quine se démentirent jamais. Nous regrettâmesplus d’une fois l’un et l’autre que nos posi-tions respectives nous missent en opposi-tion. Mais l’église veut dominer... elle estexclusive : la politique du Vatican a toujoursété la même depuis Grégoire : si elle a
établir le saint-siège à Paris : il y a une grande dif-férence.