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Tome second.
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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.

compagnons d’Italie : la capricieuse fortune ,voulait épuiser tous ses traits sur moi. Cettenouvelle me consterna. Il était temps quecette lutte déplorable eût un terme, car noschevaux d’artillerie étaient tués, une bonnepartie des pièces démontées : les parcs deréserve n’ayant pu passer, les munitions setrouvaient épuisées ; il fallait y subvenirpar des passages successifs en bateaux.

Il s’agissait actuellement de sortir denotre affreuse position et d’assurer la re-traite. Je venais de parcourir à cet effet l’tlede Lobau, pour reconnaître exactement l’a-bri qu’elle pourrait nous donner pour unedéfense de deux ou trois jours. Je réunis 'quelques-uns de mes généraux; les uns jparlent de repasser le Danube ; mais pourpasser le Danube il faut un pont, et s’il yavait un pont, je n’aurais pas besoin de con-sulter sur le parti à prendre ; ce n’est pas àla retraite que je songerais. Davoust, qui estprésent, assure qu’il saura bien défendre larive droite contre les entreprises de l’en-nemi , et donnera le temps de reconstruireles ponts. Masséna dit qu’au besoin il saurabien s’ouvrir un passage l’épée à la main, sil’ennemi se place sur sa retraite. Je retracealors notre position en peu de mots. « Une« retraite ne pourrait avoir lieu qu’en ba-« teaux, c’est-à-dire qu’elle serait à peu près« impossible; il faudrait abandonner les« blessés, l’artillerie, les chevaux, désorga-« niser l’armée; l’ennemi pourrait d’ailleurs« aller passer à Krems ou à Presbourg pour« tomber sur les fractions de notre armée« disloquée, et nous chasser d’Allemagne en« entraînant contre nous toutes les popula-« tions. Il nous reste de grandes ressources;

11 il ne nous faut que deux ou trois jours« pour raccommoder les ponts, et assurer à“ la fois un retour offensif, ou une retraite« volontaire et en bon ordre. Dans peu de«jours, Eugène doit descendre des Alpes

« de Sfyrie, Lefebvre sera appelé du Tyrol« avec la moitié des Bavarois, et si même« l’ennemi passant à Lintz menaçait la ligne« actuelle de retraite, Eugène nous en ou-« vrirait une assurée sur l’Italie , et nous« serions de nouveau maîtres des opérations« avec huit corps d’armée réunis [1]. Il faut« donc reslpr dans l’île de Lobau. Masséna,« tu achèveras ce que lu as si glorieusement« commencé : tu peux seul rester ici, et en<i imposer assez à l’archiduc pour le retenir« immobile devant toi le peu de jours qui« nous sont nécessaires. Le terrain de la« Lobau que je viens de parcourir te sera« favorable. »

A ce discours, toutes les figures brillentd’un nouveau feu; chacun sent l’étendue demes ressources et la rapidité de ma concep-tion ; il est convenu que la retraite commen-cera à la nuit, et que les dernières troupesse replieront à deux heures du matin, con-servant, s’il est possible, le pont de pontonsavec une tête, et ne rompant que les petitsponts de communications sur le dernier filetqui traverse le rentrant del’île. Au momentoù ces dispositions sont arrêtées, on amènedevant moi le corps du maréchal Lannesétendu sur un brancard et prêt à rendre ledernier soupir. Je me précipite sur lui et lecouvre de mes embrassements, en lui pro-diguant les épithètes les plus chères : ceuxqui ont pu être témoins de cette scène dé-chirante attesteront au monde que moncœur fut bien loin d’être froidet inaccessibleaux sentiments affectueux, comme on l’a siinjustement prétendu. Dans mon cabinet ouà la tête des affaires de l’armée et de l’état,j’ai pu comprimer mon penchant naturel quiétait bien loin de la cruauté et d’une froide

[i] Eugène, Marmont, Macdonald, Lefebvre, Bei-nadotte, Davoust, Oudinot, Masséna, outre la gardeel les réserves.