CHAP. XIV. CAMPAGNE DE 1809 .
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Lobau avait été dans toute la force du terme ile sommeil du lion: je regardais d’un œil cal-me et tranquille l’agitation que se donnaientmes ennemis pour tendre autour de moile long réseau dont ils se flattaient de m’en-velopper. L’incursion du général Am-Endeet du duc de Brunswick sur Leipsick, celled’une autre divisionautrichienne sur Bareithet même sur Nuremberg , qui excita l’insur-rection jusqu’à Mergentheim ; les Tyrolienset les habitants du Voralberg qui inquiétaientla Bavière et reparaissaient audacieusementjusqu’aux confins de la Suisse , étaient desembarras incontestables, mais qui devaientdisparaître au premier coup décisif quenous frapperions sur le Danube . La fermetéet l’activité du roi de Wurtemberg ne con-tribuèrent pas peu à ramener l’ordre enAllemagne ; il marcha en personne contreles insurgés peu dangereux de Mergentheim ,sut contenir ceux des montagnes du Voral-berg à l’aide du général Beaumont, qui or-ganisait nos réserves et nos dépôts à Augs-bourg. D’un autre côté, un nouveau corpsformé en Franconie par Junot devait se con-certer avec le roi de Wesiphalie pour chasserde Saxe les ennemis, qui l’avaient envahie.
Cependant c’était dans les plaines de laMorava (Marschfeld) qu’il s’agissait de déci-der de la possession de l’Allemagne . Monarmée s’était de nouveau accrue jusqu’à laforce de iso mille hommes : son matérield’artillerie augmenté montait à 400 bouchesa feu. Tous les préparatifs de ponts étantfaits dans la Lobau, à la faveur des bois etdes canaux que forment les îles secondaires,je n’attendais plus qu’un convoi de muni-tions pour songer au passage. Il commençale 30 juin sur le point où nous avions fran-chi le fleuve le 21 mai. Un pont de pontonsest jeté en une heure et demie sous la pro-
tection de l’artillerie. Une brigade passe etculbute l’ennemi : tout est prêt pour jeterun pont de pilotis à l’abri des moyens dedestruction de l’ennemi ; et ce pont decharpente est improvisé plus vite que jadisceux de bateaux ; je fais tracer un ouvragepour le couvrir, et un régiment suffira à sadéfense.
Les Autrichiens avaient fortement retran-ché Aspern , Essling et même Enzersdorf,persuadés que nous déboucherions de nou-veau par les mêmes points ; mais ils avaientnégligé d’entourer de redoutes la partieorientale de l’île entre Enzersdorf et le Da-nube . Les uns prétendent que ce fut uneamorce que l’archiduc nous tendit exprès,n’ayant point le projet de s’opposer à unsecond passage, mais étant décidé à le lais-ser commencer et à nous attaquer quand ilserait à moitié effectué. Ce qui est certain,c’est que, dans un grand ouvrage de tacti-que dont l’archiduc était l’auteur avoué, leplateau de Wagram et du Rusbach était pré-senté, depuis cinq ans, comme le modèle despositions propres à défendre un passage derivière, et que la chance qui allait se présen-ter y était prévue et traitée à fond. Il paraîtaussi avéré que l’archiduc et son conseilavaient admis en principe qu’on n’empêche-rait pas le commencement du passage, maisqu’on nous attaquerait au milieu de l’opéra-tion. A cet effet l’armée était restée campéeautour de Wagram depuis le Bisamberg àGlinzendorf : un corps de 20 mille hommesseulement, sous le général Klénau, fu t laisséautour de l’île de Lobau à la garde des postesretranchés.
Quoi qu’il en soit, ignorant ces circon-stances, je dus prendre toutes les mesurescapables de faire réussir l’entreprise. Monpremier soin futde fixer l’attentiondes Autri-chiens sur le point où j’avais passé le 21 mai,et où les ouvrages élevés faisaient croire que