<)8 NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.
Opération de Giulay contre lui.
En quittant le Frioul, l’archiduc Jeanavait détaché Giulay sur la Croatie dontil était chef militaire (ban). Ce général réunità Agram une division de 7 à 8 mille hommesavec les levées ou milices du pays. Il avaitreçu postérieurement l’ordre de se rappro-cher de Marbourg pour se rallier à l’archi-duc dans la direction de Gratz . Il le fit avectant de lenteur, qu’il n’arriva dans cette villeque le 15 juin, après la défaite de l’archiducà Raab, qui était à so lieues de là. Il réunitalors les différents détachements épars dansces provinces par suite des opérations, etse trouvant ainsi à la tête de 20 mille hom-mes, il espérait empêcher du moins Mar-mont de se réunir à nous. Dans ce but, ils’avança le 20 juin sur Windischfeistritz avec les corps de Zach et de Knesewich :mais Marmont , instruit à Gonowitz de sonapproche, et aussi actif qu’il avait été jusquelà incertain et circonspect, força de marchepour passer la Drave le 22 à Yolkermarck,y parvint heureusement, et arriva le 24 surla Kayrtach, près de Gratz . Il comptait seréunir ici à la division Broussier, restée,comme on sait, au siège de la citadelle deGratz .
■Jonction de Marmont et de Broussier. Beau combatde Gratz .
Giulay l’ayant laissé échapper, voulut dumoins empêcher sa jonction avec Broussieren le prévenant à Gratz ; il gagna le 24Kalsdorf , et poussa sa cavalerie jusqu’auxportes de la ville. Broussier avait d’abordlevé le siège du château pour se replier àdeux lieues de là sur la route de Vienne ;mais instruit que Marmont allait déboucherde Liboch sur Gratz , le général résolut deremarcher en avant, chassa l’ennemi deKalsdorf , et revint à sa position aprèsavoir convenu de réoccuper Gratz par un
détachement et d’opérer la jonction le len-demain à Kahlsdorf. L’ennemi était en me-sure de déjouer ce projet, car il campaitavec 18 mille hommes aux portes de la capi-tale de la Styrie .
Lorsque les deux bataillons du 84 ° osèrents’y présenter, le 25 juin au soir, d’après cequi avait été convenu, ils pénétrèrent auda-cieusement dans les premières maisons, oùGiulay ne tarda pas à les faire attaquer pardes forces considérables. Obligés de se jeterdans un cimetière des faubourgs, ils y sontentourés et assaillis de toutes parts : uncombat vif et sanglant s’engage. Broussier,instruit par la violence du feu, détache troisbataillons au secours. Ces braves percentles nombreux ennemis qui s’opposent à leurpassage, et se fraient une issue vers le cime-tière, où tout porte à croire que le 8 * a vasuccomber. Les morts, dont le terrain estsemé, attestent l’acharnement de l’attaqueet l’héroïsme de la résistance. Enfin l’en-nemi s’enfuit, nos braves s’embrassent, et,peu satisfaits d’être délivrés, ils enlèvent lefaubourg de Graben, font 400 prisonniers,et mettent 1200 hommes hors de combat. Cebeau fait d’armes, qui prime en quelquesorte sur tous ceux de cette campagne, com-manda l’admiration même des ennemis, etassura la jonction de Marmont avec Brous-sierW. Giulay, n'ayant pu triompher de deuxbataillons, ne crut pas pouvoir lutter contretrois divisions, et se replia sur Gnass. Mar-mont continua sa marche sur la route deVienne, et reçut l’ordre de partir le i Br juilletpour l’IIe de Lobau, où de grands événe-ments rendaient sa présence nécessaire.
[,a situation des affaires exige un coup décisif.
Notre repos de cinq semaines dans l’île de
[1] Le 84 e reçut à celte occasion un drapeau par-ticulier avec l’inscription : Un contre dix.