120
NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.
CHAPITRE XVI,
Mariage de Napoléon avec l’archiduchesse Marie-Louise d’Autriche. Événements et campagne de isio.Réunion de Rome à l’empire français. Conquête de l’Andalousie par Soult et Joseph qui manquent Cadix .Masséna envahit de nouveau le Portugal . Wellington, victorieux à Busaco, se replie sur le campretranché de Lisbonne. Brillants succès de Suchet à Lerida et à Tortose . Réunion de la Hollande et dunord de la Westphalie jusqu’à Lubeck à l’empire français. Sénatus-consulte pour la réunion de Rome etla puissance temporelle des papes. Discussions religieuses.
Mariage avec une princesse autrichienne.
Le résultat de la guerre de iso9 prouvaque je n’avais pas mal calculé, en espérantde tenir tête à la fois à l’Autriche et auxAnglo-Espagnols dans la péninsule.
Il s’agissait de profiter de mes étonnantssuccès pour étendre et assurer mon ouvrage :une grande alliance de famille me parut lemoyen le plus sûr d’y parvenir. Je n’avaispas d’enfants ; il était évident qu’à ma mort,les Bourbons rentreraient ; ils avaient seulsdroit au trône, et aucun de mes frèresn’eût été capable de le leur disputer : enélevant moi-même Joseph, Jérôme et Louissur le pavois, je n’avais pu leur donner laconsidération et le mérite nécessaires pours’y maintenir. Lucien s’était déshonoré parune opposition ridicule et un mariage scan-daleux. Deux millions de Français , toute lagénération virile étaient intéressés à la con-servation de l’empire : non que les princesde la maison de Bourbon ne fussent bonset paternels, mais parce qu’ils devaient ren-trer avec le cortège d’un parti haineux, etaussi avide de pouvoir que de richesses. Sià ma mort la rentrée de ces princes était le
résultat ou la cause d’une guerre intestine,l’étranger n’en profiterait-il pas pour ren-verser mon édifice en Pologne, en Allema-gne, en Italie ? Si au contraire cette rentréeétait amenée par une guerre étrangère, lesconséquences n’en seraient-elles pas plusdangereuses encore ?
J’entrevoyais ainsi après moi l’humiliationde la France , et surtout celle d’un millionde braves qui avaient versé leur sang pourla patrie. Que m’importait personnellementd’avoir une dynastie ? ma gloire n’était-ellepas mon héritage le plus solide ; Alexandrefut-il moins grand parce qu’il n’eut pas desuccesseur et que l’empire de Macédoine futdivisé après lui ? C’était le bien de laFrance que je cherchais, et si je me suistrompé en cette occasion, mon erreur futpartagée par toute la nation, par tout monconseil.
Mon divorce ayant été arrêté, il s’agissaitde me décider entre une princesse russe ouune princesse autrichienne. La cour deRussie m’avait refusé la grande duchesseCatherine, qu’on aima mieux fiancer auprince d’Oldenbourg; cependant des négo-