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Tome second.
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CHAP. XVI. CAMPAGNE DE 1810.

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dations furent entamées plus tard pour lagrande duchesse Anne : une difficulté seprésentait : c’était l’érection d’une chapellerusse aux Tuileries , condition à laquelle lecabinet de St-Pétersbourg tenait fortement.J’étais alors aux prises avec le clergé, et,quoique je ne fusse pas orthodoxe, je nevoulais point de querelles religieuses. Outrecela, on me demandait du temps, vu l’ex-trême jeunesse de cette princesse et la ré-pugnance que l’impératrice-mère témoi-gnait contre ce mariage : c’en était assezpour me faire pencher en faveur d’uneprincesse autrichienne.

La question était délicate et compliquée;de sa solution dépendait peut-être notreavenir. Le premier point était de savoir siune grande puissance lointaine avec laquelleon n’a pas d’intérêts directs en litige, n’estpas un allié plus sûr et plus utile qu’unepuissance limitrophe. Ce problème ne sem-ble pas difficile à résoudre. Si l’on vise às’étendre, un allié limitrophe est plutôt unobstacle qu’un auxiliaire; un allié lointainest préférable. Si au contraire il ne s’agitque de conserver, alors le plus voisin pa-raît le plus convenable, parce qu’il couvrevotre propre frontière, et que vos arméespeuvent se réunir aux siennes pour agir deconcert. Mais ces axiomes de politique gé-nérale étaient subordonnés à d’autres com-binaisons non moins puissantes : la pre-mière, c’est que nous avions battu et consi-dérablement affaibli l’Autriche , et qu’aucontraire la Russie avait gagné la Finlande ,Bialistock et Tarnopol , dans ses relationsavec nous. Il paraissait donc que les Autri-chiens ne seraient pas des alliés de bonnefoi, à moins qu’on ne les indemnisât de leurspertes, ce qui était difficile. Les Russes aucontraire n’avaient aucune province à re-gretter, et pouvaient beaucoup gagner encommunauté d’intérêts avec nous. Ils avaient

des flottes, des matelots, des ports; leursfrontières de la mer Caspienne et de lagrande Bucharie nous ouvriraient la routede l’Inde, et c’était un grand point contrel’Angleterre. Une alliance avec l’Autriche ,dii'igée contre la Russie , nous forcerait àaller courir jusque sur la Dwina, ou à com-battre du moins en Pologne . Une allianceavec les Russes contre les Autrichiens pla-çait au contraire nos champs de batailledans la superbe vallée du Danube , et aucentre de la monarchie autrichienne. Tantde motifs me portaient à pencher pour lecabinet de St-Pétersbourg . Mais d’un autrecôté le commerce maritime est trop néces-saire aux grands propriétaires nobles et auxmarchands de cet empire, pour qu’il puisselongtemps fermer ses ports pour un inté-rêt étranger. La noblesse russe, tout adon-née au métier des armes, prétendait que letraité de Tilsit, imposé par la victoire, étaitodieux, et il le lui paraissait d’autant plus,qu’il fermait les débouchés aux produits ter-ritoriaux, sources de toutes les fortunesparticulières ; il n’est pas donné à chacunde savoir souffrir vingt ans pour la prospé-rité future de son pays; aussi n’ignorais-je point l’opposition que mon alliance éprou-vait à St-Pétersbourg , et j’étais de pluspiqué des mauvaises dispositions que mon-trait à mon égard une partie de la familleimpériale. Je n’avais pour moi que l’empe-reur , le comte Romanzof et un petit nom-bre d’hommes éclairés; encore le traité deVienne, contraire aux stipulations de Tilsit,avait-il beaucoup altéré ces bonnes disposi-tions.

L’Autriche , sous ce rapport, n’offrait pasles mêmes inconvénients : elle fait peu decommerce maritime ; elle a assez d’industriepour suffire à ses besoins, et assez de villespour consommer les produits de ses cam-pagnes. La Hongrie et la Moravie lui four-

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