CHAP. XVI. CAMPAGNE DE 1810 .
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ques ne surent pas me comprendre, etrepoussèrent le pouvoir dont ils s’étaient sisouvent montrés jaloux. Ils se déclarèrentincompétents. Je fus forcé de dissoudre àl’instant le concile pour ne pas avoir l’air decéder. J’en assemblai un autre, qui n’eutqu’à prononcer sur l’institution canonique,et qui s’y décida. Le pape sanctionna sesrésolutions, et m’expédia des lettres de réconciliation. Mais la fâcheuse impression étaitfaite. Le zèle des dévots se ralluma; unepetite église, qui avait osé se former au seinmême de la France , après que le pape eutconsenti à me couronner, et qui alors seplaçait au-dessus du pontife dont elle con-testait l’autorité, s’était ralliée à lui dèsqu’elle crut pouvoir le faire servir à ses vuesambitieuses. Elle souleva de nouveau lesbannières de l’opposition quand il parutcéder à mon ascendant. Ainsi, au xix" siècle,la France avait aussi des fanatiques. Si lajunte apostolique d’Espagne a étonné, quedire de cette secte ultracatholique au seinde la nation la plus éclairée?
Les jésuites se réveillèrent à sa voix;partouton s’agita : c’était une action sourde,mais active, puissante, contre moi. Quel-que soin que j’aie pris, les dévots sontparvenus à communiquer avec Savone et àrecevoir leurs instructions. Les trapistes deFribourg servaient d’intermédiaires à cettecorrespondance; elle s’imprimait chez eux, etcirculait de curésen curés dans tout l’empire.
Ce foyer des troubles avait des ramifica-tions en France, en Suisse, en Italie , enEspagne . Le clergé, les mécontents de touteespèce, les partisans de l’ancien régime,s’étaient ameutés pour intriguer contre monautorité, et lui susciter le plus d’embarrasqu’ils pourraient. Ils ne se présentaient plussous la forme de conjurés; ils avaientemprunté les bannières de l’église, detoutes les plus formidables contre le trône :
ils se battaient avec ses foudres, et nonavec du canon. Ils avaient leur mot d’ordreet de ralliement. C’était une maçonnerieorthodoxe que je ne pouvais saisir nullepart, parce qu’elle était partout.
Cette petite guerre atteignait d'autant plussûrement son but, queje n’aurais pu la fairecesser sans renouveler des persécutions. Ilaurait fallu sévir forcément contre desgens désarmés, et en faire des martyrs.
Pendant que je reculais ainsi les limitesde mon empire jusqu’au Tibre d’un côté etjusqu’à la merBaltiquede l’autre, lesRussesse morfondaient dans le Balkan et en Ro-mélie. La campagne de 1810 avait été activeaux bouches du Danube . Le général Ka-mensky fils y remplaça Bagralion : c’étaitun homme dans la fleur de l’âge, instruit,mais peu expérimenté. Une belle armée de143 bataillons, 122 escadrons, 27 régiments deCosaques , présentant en ligne 100 millecombattants, était la force la plus considé-rable que jamais la Russie eût lancée contrel’empire ottoman . Il semblait qu’il n’enfallait pas tant pour aller à Constantinople ,et certes je n’eusse pas demandé mieux;j’aurais délivré le Bosphore à Moscou .
Attaques mal dirigées sur Schoumla.
Kamensky résolut de porter ses effortspar Hirsova sur Schoumla, tandis qu’à sadroite des corps assiégeraient Silislria etRoudschouk. Bazardjik fut emporté, mal-gré la vigoureuse défense de Pehliwan-Aga;Silistrie fut contraint de capituler. Tour-toukai et Rasgrad tombèrent également aupouvoir des Russes , qui firent encore 3 milleprisonniers. Ce début promettait beaucoup;et pendant qu’on prenait ses villes, le grand-visir demeurait avec la gravité ottomane dans son camp de Schoumla. Kamensky s’a-