CHAP. XVII. CAMPAGNE DE 1811 .
155
rempart d’où il dirigeait une sortie, et sonsuccesseur manquant de vivres, ou moinsdéterminé que lui, capitula, le 11 mars, avecune garnison de 9 mille hommes.
Observations sur les opérations de Soult.
Ainsi, en moins de deux mois, Soult ve-nait de détruire ou de prendre plus d’enne-mis qu’il n’avait de combattants à son dé-part de Séville , et de soumettre deux placesimportantes pour la suite de ses opérations.Le départ de Masséna du Portugal , qui eutlieu au même instant où Badajoz se rendait,ne permit pas de donner suite à ce succès ;et les hommes qui critiquent tout, en ontpris occasion de blâmer le temps perdu àl’attaque régulière de cette place. Ils pré-tendent que Soult aurait dû marcher surAbrantès , sans s’arrêter à prendre une villeque, depuis un an, il n’avait pas craint, delaisser derrière lui. Le reproche est plusspécieux que solide. Il est vrai que Masséna,ainsi secondé, aurait pu passer le Tage , ets’épargner une retraite scabreuse, menacermême Lisbonne des hauteurs d’Almada ,vivre quelques mois dans l’Alemtejo , etcombattre Wellington avec avantage, s’il sefût présenté.
Mais ce projet n’avait-il pas aussi ses dan-gers? si Wellington, longeant la droite duTage , eût détruit nos équipages de pont,n’aurait-il pas manœuvré tout à son aisejusqu’au cœur de la Castille, et détruit tousnos établissements au nord de la Sierra-Morena ? Conlre qui Masséna et Soult réu-nis auraient-ils pu employer leurs forces?A quoi eût servi leur imposante réuniondans les plaines d’Evora ? N’eussent-ils pasété forcés de courir en toute hâte au se-cours de Joseph, de Madrid et de la Cas-tille, comme cela arriva en isi2? D’ailleursSoult, ayant laissé deux de ses corps enAndalousie , ne pouvait pas pénétrer avec le
troisième seul au milieu de toute l’arméede Wellington et de La Romana, en lais-sant derrière lui des garnisons aussi nom-breuses que son corps d’armée, maîtressesdu cours de la Guadiana et de quatre places.
A' la vérité, Olivenza s’étant rendu dèsle 22 janvier avec 4 mille hommes, il n’eûtpas été impossible de marcher droit parJurumenhaà Abrantès; mais, je le répète,à quoi cela eût-il mené ? Hill et La Romanane l’eussent-ils pas accablé avec des forcessupérieures, certains d’être soutenus à vo-lonté par le corps de bataille de Welling-ton? Rien de mieux, si Soult avait eu aveclui ses 50 mille hommes, et si l’on avait puse flatter que sa marche décidât Welling-ton à quitter la rive droite du Tage et leslignes de Torres-Vedras, pour venir rece-voir dans l’Alemtejo une bataille décisivecontre les deux armées françaises réunies.Une telle démarche était-elle probable d’a-près la connaissance qu’on avait du carac-tère et des intérêts manifestes du généralanglais ? Soult fit donc mieux de réduireRadajoz que de courir les aventures en DonQuichotte. C’est à moi que doit s’adresserle reproche d’avoir tardé de prendre cetteplace au commencement de 1810, et den’avoir pas, à cette époque, concerté unmouvement de nos deux armées pour bom-barder Lisbonne , et attaquer de concertl’ennemi avant l’achèvement des lignes deTorres-Vedras, quand le système de Wel-lington n’était qu’ébauché.
En mars isii, les choses avaient changéde face; il ne paraissait pas raisonnabled’évacuer les lignes de Cadix , d’abandonner300 pièces de canon, de livrer Séville , Gre-nade, Cordoue, Malaga , à la régence, pourcourir dans l’Alemtejo sans aucun espoird’y attirer Wellington et de lui livrer unebataille décisive. Laisser un ennemi égal ennombre maître de la rive droite du Tage et