Band 
Tome second.
Seite
168
JPEG-Download
 

168

NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR. ETC.

avant que les Espagnols pussent approvi-sionner et renforcer le détachement qui s’yétait jeté. Le général Baraguay-d’Hilliersétait parti de Gironne avec toutes les trou-pes qu’il avait pu ramasser dans la hauteCatalogne ; mais, quoiqu’il eût battu Campo-Verde le 3 mai, il ne put l’empêcher d’y je-ter 3 mille hommes.

En informant le général Suchet de cecontre-temps, Macdonald insistait pour qu’illui rendît les deux divisions détachées à sonarmée, et l’engageait même à venir le se-conder avec l’armée d’Aragon.

Suchet persiste à attaquer seul Tarragone .

Suchet, calculant mieux, s’y refusa ; illui parut inutile de réunir tant de bouchessur un point épuisé et pour un simple blo-cus : il trouva même dangereux d’éloignerainsi toutes les forces actives de la valléeimportante de l’Ebre , au moment où l’en-nemi, multipliant ses efforts autour de Tar-ragone , pourrait y devenir assaillant, etnous arracher non seulement la partie sou-mise de la Catalogne , mais encore celle del’Aragon. En effet, au moment où la junte pla-çait une garnison choisie de 12 mille hommesdans Tarragone , où le général Contreras,ancien directeur de l’école d’artillerie deSégovie , homme capable et énergique, dis-posait tout pour une longue résistance,Campo-Verde rassemblait une armée de 20mille hommes entre cette ville et Gironne ,et les corps de Valence concertaient avec lespartisans de la Navarre les moyens de trou-bler les garnisons que Suchet avait conser-vées en Aragon.

Dans la situation imprévue où la perte deFiguères plaçait l’armée française, le généralSuchet, malgré la vigueur des préparatifs del’ennemi et l’état imparfait des siens, crutdevoir prendre son parti sans balancer.Après avoirréuni les chefs de l’artillerie, du

génie et de l’administration, examiné sesressources et calculé ses forces, il laissa enAragon les troupes nécessaires pour y main-tenir nos établissements, expédia à Tortose des ordres pour former et diriger le parcde siège par le col de Balaguer sur Cambrils ,établit des magasins de vivres, et assurades moyens de transport à Caspe et à Mora;enfin, se porta avec ses forces disponibles surLerida , où il rallia les divisions Freyre etPalombini mises à sa disposition, et au lieude les conduire dans la direction de Figuè-res, il marcha rapidement sur Tarragone ,qu’il investit à l’improviste le 4 mai. Cetterésolution était sage, et fut couronné duplus heureux résultat : Campo-Verde, nesachant s’il devait d’abord délivrer une placesimplement bloquée, ou voler au secours decelle qui allait être sérieusement attaquée,ne put secourir ni l’une ni l’autre; et Con-treras. au lieu de compléter ses moyens dedéfense, vit dès ce jour diminuer ses forceset ses recources.

Siège mémorable de celte ville.

La place de Tarragone , forte par sonsite et ses anciennes défenses, avait été liéepar une ligne d’ouvrages nouveaux au portet à la basse ville. D’un côté, le montOlivofortifié en couvrait les approches; de l’au-tre, elle avait par mer un chemin toujoursouvert aux secours ou à la retraite. Uneflotte anglaise portant 2 mille hommes dedébarquement était là pour remplir cettedestination, et inquiétait le flanc des tra-vaux de l’armée assiégeante.

Suchet commença par établir une forteredoute sur le rivage, qui tint les vaisseauxécartés en leur envoyant quelques bombes,et il attaqua sans délai le fort Olivo. Ce futune opération difficile, où l’on cheminaitsur le roc vif, contre une garnison nom-breuse, renouvelée chaque jour, qui défen-