CHAP. XVII. CAMPAGNE DE 1811.
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aller sans rien entreprendre ; il se présentadevant Alicante et la menaça d’un bombar-dement. Les Espagnols ne s’en laissèrentpas imposer par les obusiers qu’il traînait àsa suite, et il reprit le chemin de l’Estra-madure, où son absence avait été funeste àMarmont. Peu après, la prise de Peniscola et de Gandia compléta la soumission duroyaume de Valence.
Tant de succès méritaient à la fois unerécompense et un encouragement : je confé-rai à Suchet le titre de duc d’Albufera, etj’accordai à son armée une dotation de200 millions sur les biens nationaux des pro-vinces qu’elle venait de soumettre avec tantde gloire.
Ces événements contrastaient avec ce quise passait dans le reste de la péninsule :cependant il faut le dire à la louange deSoult, il sut se maintenir avec prudencedans une position délicate. Arrêté de frontpar deux villes imprenables dès qu’on netient pas la mer [î], et dont l’une était lefoyer de toute la résistance espagnole ;inquiété à gauche par l’armée de Murcie ;enfin, menacé sur ses derrières par Wel-lington et Badajoz , il se tira d’affaire grâceà son activité. Sans doute, si l’on voulait cri-tiquer ses opérations sous le seul point devue stratégique, on trouverait qu’il aurait dûporter des coups alternatifs plus fréquentssur ses ailes, principalement vers la droite.Je lui avais recommandé, en apprenantPéehauffourée de Chiclana , d’attacher moinsd’importance à l’occupation du territoire, etde concentrer toute son attention sur Cadix ,SévilleetBadajoz, l’occupation de Malaga etde Grenade n’étant que des accessoires qu’ilfallait obtenir avec des colonnes mobiles.
L’espoir de conserver ces superbes pro-vinces le décida à ne point les abandonner.
Il avait ainsi à maintenir îoo lieues de payscontre des guérillas infatigables, et contredes forces organisées qui, n’ayant rien àcouvrir, pouvaient se masser à volonté par-tout où cela leur convenait, tandis que lemoindre mouvement qu’il opérait avec legros de ses forces, exposait tout le systèmed’occupation des provinces du sud.
A tout prendre, malgré la malheureuseretraite du Portugal , nos affaires s’étaientconsidérablement améliorées. Nul douteque, si je réussissais dans la guerre contrela Russie , je parviendrais bientôt à soumet-tre l’Espagne en y allant moi-même. Lesévénements de isi 2 renversèrent ce beaurêve : le double sceptre de Charles-Quint etde Charlemagne fut brisé à Moscou et à Sa-lamanque .
Campagne d’hiver de Wellington en Estramadure .
La sat isfaction que j’éprouvais des brillantssuccès de Tarragone, Sagonte et Valence,ne tarda pas à être troublée. Après queSoult et Marmont réunis momentanément,pour sauver Badajoz , se furent séparés , lepremier était retourné, comme on sait,en Andalousie , et Marmont se hâta de reve-nir vers Ciudad-Rodrigo , que Wellingtonmenaçait d’une attaque sérieuse.
J’avais pris, dans ces entrefaites, desmesures efficaces pour renforcer monarmée : à la nouvelle de la retraite de Mas-séna, des événements de Chiclana et d’Al-buera, j’avais fait filer sur l’Espagne tout cequi pouvait être disponible sans nuire auxpréparatifs contre la Russie . Un corps deréserve formé dans la vieille Castille, sousles ordres du comte Dorsenne , reçut l’or-dre de se porter sur Salamanque pour secon-der Marmont, et fut aussitôt remplacé dansle nord par les différents détachements des-tinés à recompléter les régiments de toutes
armes.