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Tome second.
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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.

Russie ; Frédéric-Guillaume se jetterait sansbalancer entre les bras d’Alexandre. Déjàil lui avait proposé en mi d’unir ses forcesaux siennes, si celles-ci prenaient l’offensiveet s’avancaient sur l’Oder : dans le cas con-traire, il laissait entrevoir la crainte d’êtreentraîné à la guerre dans un sens qui ne luiconvenait point. Alexandre, ne se sentantpas en mesure d’entreprendre un mouve-ment pareil, craignit de compromettre unallié si fidèle, et ajourna ses propositionsà une époque plus opportune. Cette cir-constance suffit pour démontrer que je nepouvais évacuer la Prusse sans la jeter dansles rangs de mes ennemis, et sans compro-mettre le duché de Varsovie , qui eût été en-vahi et renversé en 15 jours. On répondraque la Prusse étant mon alliée, cette crainteétait chimérique ; mais la guerre qui avaitmotivé l’alliance n’ayant plus lieu, et les cir-constances étant différentes, la politique ducabinet de Berlin pouvait changer.

Tel est le funeste résultat des fausses posi-tions : ce qui ne paraît aux uns qu’une pro-position naturelle et indispensable, sembleaux autres un danger manifeste et unesource de calamités. Peut-être Alexandre,satisfait de quelques modifications à sonsystème maritime , n’eût-il point abusé del’évacuation de la Prusse pour ressaisir sasupériorité dans le Nord; peut-être eût-ilété satisfait de rendre le commerce et latranquillité à son empire, augmenté de laFinlande et de plusieurs districts de Polo-gne ; tandis que d’un autre côté il eût occupéles principautés turques qu’d convoitait avectant de raison. Mais comment garantir quele système d’une modération si parfaite eûtété le sien? comment assurer que la Prusseplus inquiète n’eût rallumé les brandons dela guerre, et qu’alors la Russie , forcée des’intéresser à elle n’eût armé pour la sou-tenir.

Mon malheur dans cette occasion provintpeut-être d’une trop grande habitude à son-der les profondeurs de l’avenir, à tout em-brasser d’un coup-d’œil ; j’eusse mieux faitd’être moins prévoyant.

Quant à ce qui concerne le duché deVarsovie , il était à peu près impossible deremettre les choses sur le pied réglé à Til-sit, puisque depuis lors j’avais réuni la Gal-licie contre la teneur du traité; la séparerde nouveau eût été donner le coup de mortà la Pologne , et cette mesure ne pouvait meconvenir depuis que mon mariage avaitrompu mon intime alliance avec l’empereurAlexandre. La Russie ne le demandait pas pé-remptoirement, mais elle mettait ce grief enavant, et si j’avais cédé sur d’autres points,il est probable qu’elle eût fait revivre cetteprétention, trop fondée et trop conforme àses intérêts pour être oubliée.

Au surplus, je le répète, c’était moinsencore le fond des demandes de Kourakinqui me choquait, que la forme qu’on leurdonnait. S’il m’eût offert un traité définitifdans lequel l’évacuation de la Prusse eût étéstipulée comme une indemnité aux sacri-fices souscrits par le même traité, je l’eussepeut-être accepté; mais en faire une condi-tion préliminaire à toute explication, c’étaitme mettre dans la position d’un homme ap-pelé en combat singulier pour demanderpardon à son antagoniste avant de s’expli-quer sur le sujet de la querelle. Cette for-mule était si contraire à l’urbanité et au ca-ractère de l’empereur Alexandre, que je nepus me défendre de quelques soupçons surune intrigue qui aurait provoqué un chan-gement aussi complet dans sa manière d’a-gir. Jaloux d’obtenir une explication directede sa part, je résolus de lui envoyer M. deNarbonne . Cet ancien courtisan , réputépour ses formes agréables et séduisantes,y joignait assez de finesse et de pénétration