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Tome second.
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CHAP. XVIII. CAMPAGNE DE 1812.

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Outre la faim et la fatigue qui détruisaientnos chevaux, ils n’étaient pas ferrés àglace, et le pays n’offrait aucune ressourceen fer pour y suppléer. La contrée deWiazma à Orcza, quoique formant au fondun vaste plateau, était coupée de monticulesformés par l’arrachement des ruisseaux quis’étaient creusé successivement des lits assezencaissés: ces montées, d’une pente ra-pide, étaient couvertes de glace, et les che-vaux ne tenant pas pied ne pouvaient plustraîner leurs pièces et leurs caissons ;ce n’est plus qu’à force de bras et detemps qu’on parvenait à sauver les voituresles mieux attelées. Chaque jour on étaitforcé d’en abandonner une grande quan-tité.

Les maux dont ma malheureuse armée futfrappée ne sauraient être retracés par leburin de l’histoire. A peine les fictions lesplus exaltées de l’épopée pourraient-ellesen offrir une esquisse; un tableau exactn’en parviendra sans doute jamais à la pos-térité ; il serait trop étranger d’ailleurs aubut de ce récit pour que je cherche à l’é-baucher.

Bataille de Krasnoï.

Il n’était que trop probable que lesRusses , qui se dirigeaient aussi sur Kras-noï, ne nous laisseraient pas exécuter tran-quillement noire retraite. En effet, dès le 15 ,l’avant-garde de Miloradowitsch parut surla grande route entre cette ville et la postede Korylnia. J’avais déjà gagné Krasnoïavec le gros de la garde; mais la queue dela colonne eut un combat inégal à soutenir.Le lendemain, le vice-roi trouva Milorado-witsch à cheval sur la grande route, luibarrant le passage. Il essaya de le rouvrirl’épée à la main; mais il ne put y réussir.Miloradowitsch , le croyant perdu sans res-sources, le fit sommer de mettre bas les

armes.Le vice-roi n’était pas homme à se lais-ser abattre aisément; tandis que son arrière-garde amusait par des démonstrations d’at-taque les Russes sur la grande route, legros de sa colonne fila entre cette route etle Borysthène. Dans la nuit, il réussit à at-teindre Krasnoï, si ce n’est sans perte, dumoins avec gloire, car ce fut avec la majeurepartie de son corps.

Dans la même journée du 16 , Koutousofarriva aussi devant Krasnoï, et s’établit àdeux portées de canon de cette ville sur lechemin de Roslaw.

Ma situation était fort critique : Davoustet Ney étaient encore en arrière ; en sus-pendant ma retraite, je risquais de perdrela possibilité de l’exécuter, puisque l’ennemise prolongeant par sa gauche aurait puaisément intercepter mon unique ligne decommunication. Mais la moitié de monarmée 11 ’avait point encore atteint Krasnoï,et c’eût été une bien dure extrémité de l’a-bandonner à la merci des Russes . Je medéterminai à braver le danger et à demeurerà Krasnoï, du moins jusqu'à l’arrivée de Da-voust.

En restant à Krasnoï les bras croisés,nous n’aurions fait qu’enhardir l’ennemicontre nous : j’étais plus assuré de le con-tenir en attaquant moi-même. Le 17 aumatin, je fis assaillir par Mortier le villaged’Ouwarovo, occupé par les Russes , et j’ymarchai en personne à la tête de la vieillegarde. Le combat qui s’engagea près dece vil-lage se soutint avec des succès variés jusqu’àl’arrivée du i er corps. Koutousof, qui pré-tendait nous prendre tous d’un seul coupde filet, ou qui voulait peut-être laisser à lafamine et au froid la peine de nous acheversans s’exposer à une bataille, avait donnél’ordre à Miloradowitsch de ne point secompromettre, dans l’espoir de s’opposerà la marche de Davoust. Ce général, menacé