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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.
Wittgenstein, après avoir confiné St-Cyr àPoiostk, avait vainement livré un rude as-saut à cette ville, tandis que le corps deSteinheil, débarqué récemment de Finlande ,cherchait à lui couper la retraite par la rivegauche de la Dwina. Le double succès rem-porté par St-Cyr et Wrède sur les deux corpsennemis n’étant toutefois qu’une attaque re-poussée, et St-Cyr ne se trouvant plus en me •sure d’en soutenir une seconde sans se com-promettre, céda enfin Polotsk pour se repliersur Czereya. Wittgenstein s’était avancé àsa poursuite jusqu’à Czasniki sur l’Oula.Cette circonstance avait obligé Victor à quit-ter Smolensk , pour recueillir les débris ducorps d'Oudinot : les deux maréchaux s’é-taient établis à Czereya pour contenirWittgenstein. Celui-ci, renforcé par les lé-gions de milices de Pétersbourg et des trou-pes de Finlande , n’avait pas moins de 75 ba-taillons, 38 escadrons, non compris les Co-saques, et c’est avec ces moyens qu’il repritvigoureusement l’offensive sur Polotsk ; tan-dis que Tschighagof, à la tête de 102 batail-lons et 116 escadrons, en faisait autant surMinsk et le Bug.
Sur notre droite, le danger n’était pasmoins imminent. Les corps de Schwartzen-berg et de Reynier, pressés par les forcessupérieures que la jonction de l’armée deMoldavie à celle de Tormassof permit auxRusses de réunir contre eux, s’étaient misen retraite; mais, au lieu d’adopter Minsk pour pivot de leurs opérations, ils avaientrepassé le Bug, et s’étaient basés sur Var-sovie , renonçant ainsi à toute coopérationavec mon armée. Il résulta de cette fautegrave que l’amiral Tschighagof, laissant àSacken le soin d’observer les Autrichiens,put se diriger librement avec le reste del’armée de Moldavie sur Minsk , d’où il étaità portée de se concerter avec Wittgensteinpour établir une masse formidable sur nos
derrières. D’un autre côté, la grande arméerusse, déjà établie sur la route de Poslaw,était en mesure d’intercepter celle de Mis-tislaw, et menaçait celle de Krasnoï. Il fal-lait se hâter de profiter du temps où cettedernière voie de salut ne nous était pointencore décidément fermée. Je quittai Smo-lensk avec mes gardes le u. Le vice-roi,Davoust et Ney me suivaient à une journéede distance. Le dernier, renforcé par lestroupes fraîches de la garnison de Smolensk ,devait faire sauter les murailles, et formermon arrière-garde en partant le n. Ce sys-tème a été blâmé avec raison : ces échelonssur une même route ne nous procuraientpas des subsistances ; et la queue de cettelongue colonne à trois marches de la tête,pressée par les ennemis, traversant despays ruinés, ne devait échapper ni au fer ni ià la famine. J’aurais mieux fait de me retirer jpar ailes en trois colonnes parallèles, uneà droite de la grande route, une à gauche,et une au centre, ainsi que nous l’avionsfait en avançant. Si j’avais pu prévoir l’évé-nement de Krasnoï, j’aurais mis à coup sûrle Dniéper entre mon armée et celle de l’en-nemi, en descendant la rive droite du fleuvepar Katana jusqu’à Doubrowna ou Orcza.
Il est certain que cette résolution nous ,eût évité des pertes cruelles : le défaut deconnaissance sur l’état des routes et lesmauvaises cartes que nous avions du paysfurent les causes principales qui m’empê-chèrent de risquer des corps d’armée en-tiers dans des directions où rien n’indiquaitl’existence de chemins praticables. Si cetteexcuse ne peut s’appliquer au chemin de ;Smolensk par Katana , elle est incontestable ;pour tous les autres chemins de la Russie que nous avons parcourus.
Les pertes que nous avions déjà essuyéesétaient immenses; nous n’avions plus de ca-valerie, et l’artillerie était réduite de moitié.