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Tome second.
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CHAP. XVÜI. CAMPAGNE DE 1812.

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nie ayant porté la force de Tschichagof à 102bataillons et 116 escadrons, masse imposan te,il était bien plus naturel de la mettre enaction où elle se trouvait, que de la traînerà marches forcées sur Kalouga pour rejoin-dre Koutousof, en la paralysant ainsi unmois entier, et nous laissant le champ librepour insurger et exploiter les provinces po-lonaises. On ne renforça pas les ailes pourles laisser inactives aux extrémités, à desdistances énormes, mais bien pour les réu-nir offensivement sur nos communications ;ce qui est fort différent.

C’est ainsi que la partialité dénature tout.Ce projet a été un des mieux conçus desdernières guerres, et je me plais à lui ren-dre justice.

Sans doute, les Russes ont aussi commisdes fautes; le placement primitif, la direc-tion sur Drissa, la retraite après Smolensk ,sont les plus notables. Il est certain d’ail-leurs que Koutousof aurait pu faire plus,et, à sa place, je n'eusse certainement pasmanqué de détruire l’armée partie de Mos-cou ; mais sa circonspection n’empêche pasqu’il ait donné une bonne direction à sesmanœuvres, et quelles soient le fruit desinstructions d’Alexandre ou l’ouvrage deson état-major; il est juste de dire qu’elleseurent au moins ce mérite. 11 est ridiculed'affirmer que les Russes n’ont pas eu lamoindre part à notre désastre : à la vérité,il n’est pas le résultat immédiat de grandesbatailles gagnées sur nous ; mais l’armée, legouvernement, la nation, les généraux, ontfait leur devoir surtout dans la seconde pé-riode de la campagne. Les déclamationssont bonnes pour produire un effet pas-sager sur le vulgaire; la vérité est de tousles siècles ; pourquoi la dissimulerais-je au-jourd’hui?

Mes admirateurs n’ont pas été plus justesenvers mes rivaux, que mes ennemis per-

sonnels de tous les pays ne l’ont été enversmoi. Je n’ai point été dans cette campagneau-dessous de ma haute renommée. Je neme suis pas jeté en aventurier dans des con-trées inhospitalières; j’avais pris des me-sures pour pourvoir à tout. L’énormité desdistances, celle des masses, celle même despréparatifs, tout a tourné contre moi. Mesforces étaient prudemment échelonnées, etje ne me suis point abandonné en aveugle àune pointe; je l’ai osé, mais après avoir pré-paré tout ce qui était à la portée de la pré-voyance humaine.

Suile de la retraite après mon départ.

Laissons, au reste, ces digressions, pourreprendre les opérations de mon arméejusqu’à son retour miraculeux sur l’Elbe .

En quittant Molodescheno, j’avais remisle commandement à Murat, en lui donnantBerthier pour major-général. Le premier,entraîné souvent par un élan chevaleresque,n’avait pas plus que l'autre le caractère defer nécessaire dans de si graves circon-stances. Mon départ devint pour ma mal-heureuse armée le signal de nouveaux dé-sastres , plus terribles encore que tout eequi les avait précédés. Le froid s’éleva jus-qu’à trente degrés ; les oiseaux même tom-baient morts sur la terre. Dans les troismarches de Smorgoni à Wilna, plus de20 mille hommes succombèrent sur la route;tout le l'este, à demi mort de faim et defroid, se précipita dans Wilna comme untroupeau de désespérés. Cette ville floris-sante contenait d’immenses ressources : unepartie de nos magasins y avait été amenéede Kœnigsberg , le duc de Bassano avaitrassemblé des subsistances de toute la Li-thuanie ; mais le désordre était si grand, qu’ildevint impossible d’en régulariser l’emploi; ilfallut en livrer une partie au pillage : le restefut abandonné intact à l’ennemi. On était