Band 
Tome second.
Seite
260
JPEG-Download
 

260

NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.

serré de près par Wittgenstein et Tschicha-gof, soutenus à deux marches par l’armée deKoutousof. La division Loison, qui m’avaitouvert le passage et se trouvait échelonnéesur la route, devait faire l’arrière-gardeavec les débris des Bavarois de Wrède.L’intrépide Ney, qui avait successivementcommandé toute l’armée, fut encore chargéde soutenir ici le choc de l’ennemi. Quoi-que composée de soldats frais et robustes,la division Loison perdit, dans ces trois af-freuses journées, les deux tiers des hommesprésents; à peine restait-il 5 mille hommesdevant Wilna à opposer aux Russes . Neycombattit avec résignation et courage, maissa faible troupe ne put empêcher les parti-sans ennemis de pénétrer de tous les côtésdans les faubourgs. 60 mille affamés s’é-taient jetés dans les hôpitaux, les magasinset les maisons particulières de cette ville ; ilsavaient dévoré un pain grossier à moitiécuit, qui occasionna des maladies non moinsgraves que le froid. En deux jours, Wilnane présenta plus qu’un vaste lazaret. Ceuxqui pouvaient se traîner , décampaient aubruit du canon ennemi.

A deux lieues de Wilna est la montagnede Ponary, dont la pente roide, escarpée etcouverte de verglas, devint pour tous noschevaux et les restes de notre artillerie etde nos équipages une véritable barrièred’airain. Tout ce qui restait de voitures yfut abandonné; le trésor même, encombréau milieu de 4 mille charrettes, fut livréaux soldats, qui, chargés d’or, affamés, etles membres gelés, prenaient avec un mornedésespoir le chemin de Kowno .

Un jeune historien , plein de verve ettémoin oculaire, a fait de ces scènes un ta-bleau vraiment classique. S’il a été quelque-fois injuste à mon égard, son ouvrage n’ensera pas moins un monument des plus re-marquables de la grande catastrophe. Les

détails dont il est si riche ne sauraient ap-partenir au coup-d’œil que j’esquisse.

Entrée d’Alexandre à Wilna.

L’empereur Alexandre, revenu à son ar-mée pour recueillir les fruits du plan decampagne qu’il avait tracé à St-Pétersbourg ,entra à Wilna, au milieu des scènes de dé-solation qui surpassent, tout ce que le poètele plus riche en fictions pourrait imaginer.Il s’arrêta dans cette ville pour y prodiguerles secours aux 20 mille mourants qui l’en-combraient. , et pourvoir aux besoins de sapropre armée, qui commençait à souffrirautant que la nôtre. Ses colonnes continuè-rent la poursuite sur Kowno .

Retraite sur Kœnigsberg .

Les grands froids avaient gelé le Niémen ;il portait facilement l’artillerie. Cette cir-constance, qui nous eût été favorable à laBérésina, où l’armée avait conservé encorede l’ensemble, devenait fatale alors qu’il n’yavait pas 6 mille hommes en état de tirerun coup de fusil. Les Cosaques, harcelantles flancs, arrivèrent au Niémen en mêmetemps que nos débris, et insultèrent lesdébouchés du pont. Chacun chercha uneissue; les uns enfilèrent les bois de Wilko-wisk et la route de Varsovie ; le plus grandnombre et Murat, avec le quartier-général,prit à droite le chemin de Kœnigsberg ;Ney, resté dans la ville avec une arrière-garde qui ne comptait pas 500 combattants,trouve en l’évacuant le pont du Niémen aupouvoir de l’ennemi. Aussi vaillant qu’A-chille et aussi robuste qu’Ajax et Diomède ,ce héros saisit un fusil et se précipite à latête d’une quarantaine de braves sur l’en-nemi, qui fuit épouvanté.

On a reproché à Murat comme une fautegrave d’avoir pris le chemin de la vieillePrusse : à la vérité, en se rejetant impru-