CHAP. XX. CAMPAGNE DE 1813 .
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longs et si nombreux, que ce n’eût pas ététrop de la journée du is et de la nuit du 19pour l’opérer avec ordre en présence del’ennemi. Cependant, comme on n’avait em-ployé que douze heures de nuit à YVagrampour jeter six ponts et déployer l’armée surle Marchfeld, ceci me rassura. Je résolusdonc de faire bonne contenance le 18, pourme rapprocher, dans la soirée, de Leipsick :l’ennemi ne m’en donna pas le temps.
Bataille du 18 octobre.
La grande bataille qui devait décider dusort le l’Europe eut ainsi lieu le is octobre.J’attendais encore la réponse de Merfeldt,quand on m’annonça de toutes parts l’appro-che des colonnes ennemies. Je n’avais que150 mille hommes à opposer à près de soomille. Pour éviter d’être tourné, je fis pren-dre à mon armée une position demi-circu-laire, les deux ailes appuyées à la Pleisse età la Partha. Le corps de Bertrand demeuraà la gauche de l’Elster pour balayer la routede Naumbourg . Les ennemis nous attaquè-rent sur tous les points de ce demi-cercle.Les premières positions de Holzhausen etde Wachau ne furent dispulées que pournous donner le temps de prendre une posi-tion définitive vers Probsthayde et Stœtte-ritz. Ce fut ici que se livra la véritable ba-taille des géants.
Impossibilité de manœuvrer habilement.
Quoique lapins importante du siècle parses résultats, cette seconde bataille offrepeu d’intérêt sous le rapport de l’art. Troiscent mille alliés serrés en masse dans undemi-cercle de trois ou quatre lieues, ayant1200 pièces de canon sur leur front, ne don-naient prise nulle part : quelque manœuvreque j’eusse voulu faire, je venais heurtercontre une ligne impénétrable dont le frontétait également fort partout. Les bataillesh
de Fleurus, de Friedland, d’Essling, sontles seules de nos dernières guerres qui of-frent quelque similitude de situation aveccette sanglante journée. Dans toutes lestrois, c’était une armée attaquée par descolonnes concentriques avec une rivière àdos. Dans la première, Jourdan placécomme moi en demi-cercle, ayant derrièrelui la Sambre, fut attaqué comme je le fusà Leipsick, avec cette différence qu’il étaitégal en forces, et que Cobourg occupait uneligne de dix lieues avec moins de 80 millehommes, en sorte qu’il ne fut pas difficilede faire avec succès un effort sur un pointquelconque contre des colonnes décousuesqui ne donnèrent point ensemble. A Fried-land, les Russes , entassés autour de la ville,ayant l’Aile à dos, furent assaillis par mesquatre corps d’armée, serrés dans une lignecirculaire bien soutenue : leur front, coupéen deux par un ruisseau et un étang, mepermit d’écraser séparément la gauche, cequi exposa leur droite à une perte inévita-ble. Aucune de ces chances favorablesn’existait pour moi dans cette seconde jour-née de Leipsick. L’unique espoir de victoirequi nous restât, était fondé sur l’isolementde Blücher et du prince royal de Suède àla droite de la Partha : ce qui permettaitde les paralyser toute la journée avec unfaible corps d’observation.
Cet espoir nous fut encore ravi. Ces 90mille hommes, laissant au corps deSackenle soin d’attaquer la porte de Halle, passè-rent dès le matin la rivière entre Taucha etSchœnfeld, et assaillirent Ney. Dès lors, nulmoyen de suppléer par de bonnes combi-naisons à l’infériorité numérique et maté-rielle : c’était une boucherie sur place, sansautre but pour nous que l’avantage de ga-gner la nuit pour commencer la retraite.
Malgré notre extrême infériorité, aug-mentée par la défection des troupes saxon-
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