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NAPOLÉON AU TRIBUNAL UE CÉSAR, ETC.
Fère-Champenoise, où il attendit la colonnede Mortier.
Les alliés, ayant eu vent de la présencede ces deux corps, s’ébranlèrent le 25 pourfondre sur eux, Blftcher par le chemin deMontmirail et de Sésanne, et la grande ar-mée par celui de Yitry à Fère-Champenoise.
La dernière brigade du corps de Mortier,retardée dans sa marche, fut atteinte versFère-Champenoise par la cavalerie des alliés;et après avoir reçu en carré plusieurs chargessoutenues d’une artillerie nombreuse, ellelaissa les débris de cinq à six bataillons aupouvoir de l’ennemi.
Le corps de s mille gardes nationaux,parti de Montmirail avec le grand convoid’artillerie dont j’ai déjà parlé, venait d’ar-river sur la Soude , sans que les maréchauxeussent été instruits à temps de sa marche,dont les ordres émanèrent directement demon état-major. Attaqué près de Fréconpar la cavalerie russe de l’armée de Silésie ,aux ordres de Wassitsckof, il gagna Fère-Champenoise, dans l’espoir de se rallier auxmaréchaux qu’il n’y trouva plus. Il fut as-sailli par l’emperenr Alexandre, qui avaitpoussé l’arrière-garde de Marmont, à la (étéde la réserve du grand-duc Constantin. Noscarrés repoussèrent plusieurs charges, en-tourés de toutes parts ; mais bientôt il fallutse remettre en marche : le désordre s’y in-troduisit. Deux carrés qui s’étaient séparésfurent enfoncés; les trois autres réduits enune seule masse, battus par 60 pièces de ca-non, furent mitraillés, enfoncés etpris, mal-gré une résistance très-honorable pour desmilices qui voyaient peut-être le feu pour lapremière fois.
Ce malheureux échec ne me coûtait passeulement 10 mille hommes et so pièces decanon si maladroitement sacrifiés ; il meprivait de 25 mille combattants, sur lesquelsj’avais compté pour renforcer l’armée qui
devait délivrer l’Alsace et la Lorraine . Lesmaréchaux n’avaient plus qu’à gagner entoute hâte Paris , et ils pouvaient à peine seflatter de l’atteindre; car les corps prussiensde Kleist et d’Yorck, lancés sur Château- Thierry depuis deux jours, auraient pu aisé-ment les prévenir. Heureusement ils nepoussèrent que leur infanterie sur la Ferté-Gaucher, ayant envoyé leur cavalerie dansla direction de Sézanne pour communiqueravec Blücher et savoir ce qui se passait.
L’embarras des maréchaux n’en fut pasmoins extrême, lorsque arrivant le 26 de-vant la Ferté-Gaucher, ils trouvèrent eetteville déjà occupée par les Prussiens, quileur barraient la grande route de Sézanneà Paris . Trop faibles pour s’ouvrir le passagel’épée à la main, ils se virent forcés de serabattre sur Provins , où ils arrivèrent le 27;le lendemain Mortier se porta sur Guignes,et Marmont à Melun . Le même jour, lesalliés entrèrent à Meaux , et leur avant-gardepoussa môme jusqu’à Ville-Parisis. Ces évé-nements, si désastreux en eux-mêmes, ledevenaient encore davantage, à cause de laconsternation qu’ils avaient répandue dansla capitale. Le contenu des dépêches mefaisait assez voir que l’approche des dangers,loin d’électriser les esprits, n’avait fait queles décourager entièrement.
Ces nouvelles me plongèrent dans unevéritable perplexité : je ne voyais qu’abimes,de quelque côté que je portasse mes re-gards. J’eus un instant la pensée de tombersur la queue des colonnes alliées. Je pouvaissans contredit tourner Yitry en passant laMarne au gué de Frignicourl; mais lesrenseignements que je recueillis sur lamarche des alliés, me firent connaître qu’ilsavaient déjà trop d’avance sur nous pourque je pusse me flatter de les atteindre avantqu’ils eussent passé la Marne à Meaux ouà Lagny; ils étaient assez forts pour me