Band 
Tome second.
Seite
397
JPEG-Download
 

CHAP. XXI. CAMPAGNE DE 1814 .

597

négociateur avait redoublé laudace des mé-contents, qui encombraient mon quartier-gé-néral : chacun y envisageant ma chute commeprochaine, demandait sil devait partagermon sort, et sexposer aux mêmes chances.Il semblait en effet que lhonneur et lindé-pendance de la France ne fussent pour riendans ce grand conflit, et que chacun neûtautre chose à penser quà la conservationde ce quil avait acquis. Larmée seule mon-trait du dévouement. Cependant, pourprofiter de ma nouvelle situation, je pous-sais Oudinot à Bar-sur-Ornain . Cétait sapatrie : il devait faire soulever la Lorraine .Ma cavalerie légère se jeta par Joinville surChaumont, d lempereur dAutriche futobligé de décamper en toute hâte sur Dijon .Je me trouvais depuis vingt-quatre heures àDoulevent,dansuneincertitude pénible,lors-quon me signala enfin, le 26, lapproche deforces ennemies considérables du côté deSt-Dizier . Je ne devais point douter que cene fût larmée de Schwartzenberg , et queson apparition imprévue eût seule causé leretard des maréchaux. Comment supposer,en effet, que ce fût larmée de Bliicher quejavais laissée vers Soissons, derrière lAisne ,séparée de Marmont et de Mortier? il nyavait pas à balancer. Je marchai à lennemiafin de le culbuter et de rouvrir la route deChâlons , convaincu quenfin je joindrais lesmaréchaux. Sébasliani et Milhaud culbutè-rent les escadrons de Wintzingerode jusquàBar et St-Mihiel, et leur firent éprouver uneperte de 1200 hommes hors de combat. Onconcevra sans peine quel fut mon étonne-ment lorsque les prisonniers rapportèrentque cétait larmée de Silésie que javais de-vant moi. Ils parlaient même de la marchede deux armées ennemies sur Paris ; maisje ne pouvais croire à une telle complicationde circonstances malheureuses. Je marrê-tai à St-Dizier , et poussai le 27 une recon-

naissance forcée sur Vitry ; se dévoilaenfin tout le secret de mes infortunes.

La jonction des armées ennemies sétantréellement opérée le 23, le bruit de leurmarche sur Paris nétait que trop fondé.Un parti puissant les y avait appelées ; ellesvenaient en outre de remporter un grandsuccès à Fère-Champenoise. Malgré cecoup de foudre, jhésitais encore à suivremon premier plan; mais, pour lexécuteravec quelque espoir de succès, il me man-quait les 25 mille hommes que Marmont,Mortier et Pacthod devaient mamener.

Ce nétait pas tout davoir ces corps demoins dans larmée qui devait décider dudestin de lempire. Loin dajouter à maforce, ils allaient se trouver entourés etcompromis au milieu de deux puissantesarmées. Outre cela, tous mes généraux serécriaient sur limprudence dabandonnerParis ; je résistai un moment à toutes cesclameurs ; enfin ils triomphèrent : je redou-tais moins mon malheur que celui de tantdanciens compagnons darmes, et je cédaià ces importunes et pusillanimes représen-tations. Avant de reprendre la route de lacapitale, disons par quel hasard les maré-chaux avaient succombé dans les plaines deFère-Champenoise.

Marmont et Mortier, partis de Château-Thierry , avaient pris deux chemins diffé-rents. Le premier, arrivé le 24 au soir àSommesous, ne tarda pas à sassurer quelordre de me joindre devenait inexécuta-ble ; les reconnaissances lui signalèrent laprésence dune armée immense dans lesplaines entre Châlons et Vitry, et lappro-che des nombreuses colonnes qui se por-taient contre lui. Il était forcé dattendrela jonction de Mortier, qui avait pris le che-min de Villeséneux et Chaintrix, ignorantle voisinage dune armée formidable. Mar-mont commença néanmoins sa retraite sur