CHAP. XXI. CAMPAGNE DE 1814 .
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négociateur avait redoublé l’audace des mé-contents, qui encombraient mon quartier-gé-néral : chacun y envisageant ma chute commeprochaine, demandait s’il devait partagermon sort, et s’exposer aux mêmes chances.Il semblait en effet que l’honneur et l’indé-pendance de la France ne fussent pour riendans ce grand conflit, et que chacun n’eûtautre chose à penser qu’à la conservationde ce qu’il avait acquis. L’armée seule mon-trait du dévouement. Cependant, pourprofiter de ma nouvelle situation, je pous-sais Oudinot à Bar-sur-Ornain . C’était sapatrie : il devait faire soulever la Lorraine .Ma cavalerie légère se jeta par Joinville surChaumont, d’où l’empereur d’Autriche futobligé de décamper en toute hâte sur Dijon .Je me trouvais depuis vingt-quatre heures àDoulevent,dansuneincertitude pénible,lors-qu’on me signala enfin, le 26, l’approche deforces ennemies considérables du côté deSt-Dizier . Je ne devais point douter que cene fût l’armée de Schwartzenberg , et queson apparition imprévue eût seule causé leretard des maréchaux. Comment supposer,en effet, que ce fût l’armée de Bliicher quej’avais laissée vers Soissons, derrière l’Aisne ,séparée de Marmont et de Mortier? il n’yavait pas à balancer. Je marchai à l’ennemiafin de le culbuter et de rouvrir la route deChâlons , convaincu qu’enfin je joindrais lesmaréchaux. Sébasliani et Milhaud culbutè-rent les escadrons de Wintzingerode jusqu’àBar et St-Mihiel, et leur firent éprouver uneperte de 1200 hommes hors de combat. Onconcevra sans peine quel fut mon étonne-ment lorsque les prisonniers rapportèrentque c’était l’armée de Silésie que j’avais de-vant moi. Ils parlaient même de la marchede deux armées ennemies sur Paris ; maisje ne pouvais croire à une telle complicationde circonstances malheureuses. Je m’arrê-tai à St-Dizier , et poussai le 27 une recon-
naissance forcée sur Vitry ; là se dévoilaenfin tout le secret de mes infortunes.
La jonction des armées ennemies s’étantréellement opérée le 23, le bruit de leurmarche sur Paris n’était que trop fondé.Un parti puissant les y avait appelées ; ellesvenaient en outre de remporter un grandsuccès à Fère-Champenoise. Malgré cecoup de foudre, j’hésitais encore à suivremon premier plan; mais, pour l’exécuteravec quelque espoir de succès, il me man-quait les 25 mille hommes que Marmont,Mortier et Pacthod devaient m’amener.
Ce n’était pas tout d’avoir ces corps demoins dans l’armée qui devait décider dudestin de l’empire. Loin d’ajouter à maforce, ils allaient se trouver entourés etcompromis au milieu de deux puissantesarmées. Outre cela, tous mes généraux serécriaient sur l’imprudence d’abandonnerParis ; je résistai un moment à toutes cesclameurs ; enfin ils triomphèrent : je redou-tais moins mon malheur que celui de tantd’anciens compagnons d’armes, et je cédaià ces importunes et pusillanimes représen-tations. Avant de reprendre la route de lacapitale, disons par quel hasard les maré-chaux avaient succombé dans les plaines deFère-Champenoise.
Marmont et Mortier, partis de Château-Thierry , avaient pris deux chemins diffé-rents. Le premier, arrivé le 24 au soir àSommesous, ne tarda pas à s’assurer quel’ordre de me joindre devenait inexécuta-ble ; les reconnaissances lui signalèrent laprésence d’une armée immense dans lesplaines entre Châlons et Vitry, et l’appro-che des nombreuses colonnes qui se por-taient contre lui. Il était forcé d’attendrela jonction de Mortier, qui avait pris le che-min de Villeséneux et Chaintrix, ignorantle voisinage d’une armée formidable. Mar-mont commença néanmoins sa retraite sur