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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.
dis que Blücher assaillit Montmartre . Lecombat commença avec le jour; mes troupes,malgré leur extrême infériorité en nombre,justifièrent leur ancienne renommée; ellesdisputèrent avec acharnement leur dernierchamp de bataille. Compans se couvrit degloire à Romainville ; le vieux maréchalMoncey combattit bravement à la tête de lagarde nationale, qui seconda Mortier à ladéfense de Montmartre jusqu’à la Seine . Cene fut qu’à quatre heures du soir que lesennemis réussirent à couronner les hau-teurs de Belleville et de Ménilmontant, d’oùils jetèrent des projectiles sur les faubourgs.Il ne restait plus d’autre ressource que dese défendre pied à pied dans les rues : maison n’aurait pu l’entreprendre qu’à l’aided’une coopération franche de la part des ha-bitants , et les maréchaux ignoraient si lesParisiens étaient disposés à un pareil effort.D’ailleurs, il n’y avait parmi les chefs d’as-sez bonnes tètes pour concevoir et exécu-ter des résolutions énergiques. Mon frèreJoseph, à qui j’avais confié le commande-ment en chef de Paris , fut le premier àpartir. Les maréchaux, autorisés par lui,traitèrent avec l’ennemi. La capitale ouvritses portes; les troupes de ligne qui enavaient défendu les accès profitèrent de lanuit pour se replier sur Essonne .
Je retournai à Fontainebleau , la mortdans l’âme. En ralliant toutes mes troupes,je pouvais disposer encore de 50 mille hom-mes; mais cette force qui eût été suffisantepour empêcher les alliés d’entrer à Paris ,ne l’était plus pour les en chasser. Les nou-velles du Midi n’étaient guère plus rassu-rantes : les Anglais se trouvaient maîtresde Bordeaux , et les Autrichiens, de Lyon .L’armée anglo-sicilienne de Bentinck , dis-ponible en Catalogne , vint attaquer Gènes :
mon empire croulait de toutes parts. Au-cune force humaine ne pouvait retarder sachute, dès que la France ne sentait pas queson sort était uni au mien. Elle fut bien loind’en juger ainsi. La nation française nemontra pas pour la défense de son sol toutel’énergie que j’aurais cru : le petit nombrequi prit les armes se couvrit de gloire; lereste mérita bien le sort qui l’accabla.
Défaut d’esprit public à Paris .
J’avoue que vingt ans de guerre, la con-scription anticipée de deux ans, et les co-hortes de bans levées en îm, avaient épuiséla classe qui fournit les meilleurs soldats.Depuis I800, le mot Ae patrie ne retentis-sait plus dans les rues; on ne le connaissaitplus dans les salons. Toutefois le mot d’hon-neur, qui fait vibrer tous les cœurs enFrance , devait y suppléer. Le souvenir dugrand mouvement de 1793 était encore pré-sent à ma mémoire ; l’indépendance de laFrance était si étroitement liée à l’intégritéde son sol que je ne conçois rien à l’apathiede la nation dans cette crise décisive.
Les orateurs de tribune saisirent le mo-ment du péril pour déclamer et provoquerla discorde, quand il eût fallu étouffer tousles ressentiments. Les écrivains dont Paris fourmille, et dont j’avais soumis les écartsà un frein salutaire, taillèrent leurs plumeset composèrent des pamphlets. Les salons,remplis de petits-maîtres et de vieilles fem-mes qui partout veulent mener l’état à leurguise, se déchaînaient contre moi. En unmot, la même nation qui en 1793 avait con-damné à mort les jeunes filles qui vinrentcomplimenter le roi de Prusse à Verdun ,regarda en 1814 les défenseurs de la patriecomme des flibustiers, et les soldats de lacoalition comme des héros. On ne rougitpas de se parer de bonnets à la Blücher ,huit jours avant que le canon grondât sur