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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.
autant d’humiliations ; car pour donner desgaranties à ses ennemis, il faut déchoir vo-lontairement. Si, à Prague , la médiationde l’Autriche m’eût été favorable, ce princese serait retiré derrière la Vistule , mais n’eûtpas conclu la paix, ou il y eût mis des con-ditions que dans cette situation prospère ilm’eût été impossible d’accepter. L’Angle-terre ne voulait pas davantage la paix, carelle osait me demander Anvers , quand jetenais encore Danfzick et Hambourg . L’Au triche fit semblant de la proposer, parcequ’elle savait bien que je ne pourrais plusdéfendre l’Italie , dès que je serais ramenésur le Rhin , et qu’elle convoitait la Lom bardie . La lutte entre l’Europe et moi nepouvait se décider que par ma chute, ou parde grands succès qui m’eussent permis dedicter la paix à l’Allemagne .
Des détracteurs de ma gloire n’ont pasrougi de comparer ma défense de la France avec celle de Henri u contre Charles-Quint,et de Louis xiv contre Eugène et Marlbo-rough, et de me donner tout le désavantagede ce ridicule parallèle. Charles-Quint at-taqua Metz avec 50 mille hommes, la placeen avait 15 mille sous Guise-Ie-Balafré ; ilsuffisait des paysans de la Champagne pourla sauver. Louis xiv vit la puissance de l’em-
pereur et de l’Angleterre s’épuiser six moisdevant Lille , et trois autres devant la bicoquede Landrecies ; ce n’étai! pas une armée de70 mille hommes qui pouvait subjuguer unempire comme la France , avec un systèmed’opérations pareil. Il faut être de bienmauvaise foi pour comparer des événementssemblables avec l’invasion d’un million etdemi d’hommes armés, et toute l’Europe debout pour les soutenir. Cette invasion,exécutée avec rapidité en quelques semaines,à une époque où aucune armée active n’étaiten mesure de s’y opposer, fut cependantplusieurs fois sur le point d’échouer parl’étonnante activité de notre défense. Elleeût échoué en effet, si, au lieu d’intrigueset de divisions intestines, nous eussions op-posé à l’ennemi, union, patriotisme et dé-vouement.
Ici Napoléon s’arrête, sa poitrine gonfléelaisse échapper de longs soupirs. Ses illus-tres auditeurs respectant les motifs de saréticence, le regardent avec un intérêt mêléd’attendrissement. Mais bientôt Napoléon reprenant son air calme et serein, poursuitle récit du dernier acle de sa vie politiqueen ces termes :