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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DK CÉSAR, ETC.
l'autorité qui se charge de les défendre. Or,cette autorité ne se plaça nulle part : aulieu delà confier en des mains responsables,le roi la laissa s’éparpiller entre tous ceuxqui se couvraient de son nom. Au lieud’être Tunique chef de l’État, on eût ditqu’il n’était plus qu’un chef de parti : tout{•rit en France une couleur factieuse, l’anar-chie s’y introduisit.
Dès lors, il n’y eut plus que de ('incon-séquence et de la contradiction dans le sys-tème de la cour; les mots n’allaient jamaisaux choses, parce qu’on voulait au fond ducœur autre chose que ce qui était promispar écrit.
Louis xvni avait donné la charte pourempêcher qu’on ne la prît; mais il était évi-dent que, le premier moment passé, lesroyalistes espéraient la retirer pièce à pièce,parce que ce pacte ne leur convenait pas.
Ils voulaient un maître débonnaire,comme les prêtres espagnols en demandentun, c’est-à-dire qui les laisse gouvernersans contradiction. Les émigrés ne voyaientdans le retour des Bourbons qu’un moyende s’indemniser de leurs pertes, et de res-saisir leurs privilèges. Us s’étaient ruinéspour leur propre cause, et se présentaientcomme des victimes de leur dévoument à lafamille royale. A la vérité, il y avait eu com-munauté d'intérêt dans cette lutte que laroyauté et la noblesse avaient soutenuecontre la nation. A ce titre, rien de plusnaturel qu’elles partageassent ensemble lesfruits de la victoire. Le clergé prêchait aussicontre la charte, parce qu’il espérait reven-diquer ses biens et reprendre son antiqueinfluence, et qu’avec la charte cela ne sepouvait pas.
On ne posait donc que des pierres d’at-tente dans l’édifice du gouvernement ; onavait refait la noblesse, mais elle n’avait niprérogatives,ni pouvoir;elle n’était pas dé-
mocratique, parce qu’elle étaitexelusive; ellen était pas aristocratique, parce qu’elle n’é-tait rien dans l’état. On rendit donc à cettecaste un mauvais service en la remettantsur pied de celle manière après la restaura-tion; car elle était offensante sans posséderaucun moyen de se défendre : c’était un con-tre-sens qui devait amener des froissementscontinuels.
Une femme, qui avait un esprit supérieurtoutes les fois qu’elle ne parlait pas poli'i-que, aurait voulu que les Bourbons prissentl’empire comme je l’avais laissé. « Le lit<> était si bien fait, disait-elle; il ne s’agis-«■ sait que de s’y coucher. » Quelle extrava-gance ! comment le successeur de Louis xvuaurait-il pu reconnaître un sénat dont au-cun peuple de l'Europe n’aurait voulu, aprèsla conduite qu’il avait tenue? Le roi a prisle seul parti convenable, celui de donnerune charte; il n’avait qu’à la soutenir avecun bras de fer, ou bien ajourner sa mise enactivité pour quelques années, en régnantprovisoirement d’une manière absolue. Ondira peut-être qu’il eût été difficile de gou-verner par ordonnance royale ; mais on nerisquait rien de l’essayer : en plaçant dansle conseil des hommes forts et impartiaux,rien ne prouve qu’on n’eût pas réussi. Il eutfallu la volonté de Richelieu et les principesd'Henri îv ; en un mot, il eût fallu mettreen pratique ce qu’on avait si sagement pro-mis, union et oubli. C’était le projet desprinces, tout Ta prouvé; mais ainsi que celaarrive après de longues discordes, on nes’entend que quand les intérêts et lesamours-propres sont satisfaits. Au lieu decela, ou fit comme en 1789 , on mit les amours-propres et les intérêts aux prises.
Les gens qui avaient livré Toulon semontraient aux Tuileries à côté de ceux quil’avaient repris; ils osaient même braverceux-ci par des railleries : le roi aurait dû