MANUFACTURES.
108
s’accoutumait à penser justement en théorie,sinon en pratique, qu’il ne manquerait jamaisde blé tant qu’il pourrait fournir aux étrangersqui le cultivent avec plus d’avantage, des ar-ticles à leur convenance.
Dans cet état de choses, le retour de la paix,après tant d’années d’hostilités, dirigea l’atten-tion de tous les gouvernemens vers les moyensd’employer leur population de guerre; la plu-part imaginèrent d’exclure les produits de l’in-dustrie étrangère, croyant par là favoriser laleur; et chaque peuple, renfermé chez lui, estmaintenant réduit à ne produire que ce qu’ilconsomme, et à ne consommer que ce qu’ilproduit; mais les conséquences de ce systèmede concentration et de prohibition, quoiquecontraire aux intérêts de tous les peuples, nesont pas funestes au même degré à chacund’eux.
Des pays qui produisent ordinairement plusde blé qu’il ne leur en faut, comme la France et l’Allemagne , et tirent de l’étranger des ob-jets manufacturiers en échange, ont mainte-nant un superflu de grains dont ils ne saventf que faire. Leur agriculture en souffre sans que
leurs manufactures y gagnent, parce que lecultivateur ne peut consommer, ou au moinspayer ce qu’il consomme, qu’autant qu’il vendses produits; et, bien que les manufactures du