LES VACHES.
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chanter. Il y a dans ces simples accens mono-tones et peu mélodieux en eux-mêmes, un mé-lange d’expression plaintive et douloureuse etd’âpreté sauvage, dont l’effet est extraordinaire,et le cri aigu du refrain ressemble à celui dontles naturels de l’Amérique septentrionale mar-quent leurs chants de guerre (i). Il est aisé deconcevoir comment le ranz des vaches, lié auxsouvenirs du jeune âge, à ses attachemens, àses plaisirs, et rappelant les lieux , les choses,les personnes, pouvait affecter puissammentles Suisses éloignés de leur pays : on dit quel’effet magique en est perdu, et cela est assezprobable. Je m’abandonnais aux impressionsde cette musique alpestre, lorsque le musiciensortant de l’étable à vaches avec ses deux seauxde lait, et me voyant là avec mes impressions, dé-posa sa charge un moment, et ôtant son bonnetvint à moi en grimaçant d’un air si peu poéti-que, qu’en lui donnant mes deux batz je sentisl’enthousiasme se calmer trop vite.
La meilleure vache avec son veau coûte dixlouis. Pendant les premiers mois elle donne parjour huit à dix pots de lait, dont chacun con-
(i) Ce chant est une espèce de récitatif mesuré, exécutéà grand chœur, et en marchant en cercle, lentement etgravement, avec certains gestes de tigre , plutôt que dehéros, autour d’un grand feu allumé en plein air.