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Les quarante-huit quartiers de Paris : biographie historique et anecdotique des rues, des palais, des hôtels et des maisons de Paris / par Girault de Saint-Fargeau
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VILLE DE PARIS.

îme seconde députation nayant pas eu plus de succès, on propose denenvoyer une troisième ; cette proposition ayant été adoptée, Mirabeaumonte à la tribune, et, sadressant aux membres de la députation, pro-nonce le discours suivant : « Dites au roi que les hordes étrangères dontnous sommes investis ont reçu hier la visite des princes, des princesses,des favoris, des favorites, et leurs caresses, et leurs exhortations, et leursprésents ; dites-lui que toute la nuit ces satellites étrangers, gorgés doret de vin , ont prédit, dans leurs chants impies , lasservissement de laFrance, et que leurs vœux brutaux invoquaient la destruction de las-semblée nationale ; dites-lui que dans son palais même les courtisans ontmêlé leurs danses au son de cette musique barbare, et que telle fut la-vant-scène de la St-Barthélemy ; dites-lui que ce Henri, dont luniversbénit la mémoire, celui de ses aïeux quil voulait prendre pour modèle,faisait passer des vivres dans Paris révolté quil assiégeait en personne,et que ses conseillers féroces font rebrousser les farines que le commerceapporte dans Paris fidèle et affamé. »

Voici, daprès le Moniteur, quel était le but de la conjuration ourdiepar la cour : « Lassemblée nationale devait être dispersée, ses arrêtsdéclarés séditieux, ses membres proscrits, le Palais-Royal et les maisonsdes patriotes livrée au pillage, les électeurs et les députés aux bourreaux.Cinquante mille hommes, cent pièces de canon et six chefs dirigeantleurs coups, devaient renverser sur ses ministres le sanctuaire de la li-berté. >1 Cette nouvelle ne fut pas plutôt connue, que la terreur se répandparmi les citoyens ; les cris redoublés : « Aux armes ! aux armes ! » serépètent dans tout Paris ; quelques épées brillent ; on sonne le tocsindans toutes les paroisses ; on court à lhôtel de ville, on se rassemble, onsarme ; un régiment allemand et un corps suisse, commandés par leprince de Lambesc, chargent sur le peuple ; les gardes françaises sé-chappent de leur caserne, se mêlent avec le peuple, et, déployant unemarche plus régulière, impriment ainsi le premier mouvement de larévolution.

Le 14 juillet, la garde nationale, formée seulement de la veille,comptait déjà plus de cent cinquante mille défenseurs.

Le lendemain, le régiment des gardes françaises se réunit à la gardenationale aux cris de : «Vive le tiers état ! » Les autres troupes suiventcet exemple , et les murs de la Bastille tombent sous les coups des ci-toyens. Paris sétait affranchi de la dépendance royale; une nouvelleorganisation municipale avait remplacé lancienne ; Bailly fut nommémaire, et la Fayette chef de la garde nationale.

Le 16 juillet, le roi donne lordre aux groupes de séloigner de Pariset de Versailles, et vient à Paris recevoir de Bailly la cocarde tricolore.Lassemblée nationale continue ses travaux. Dans la séance de nuit du 4août, elle décrète les droits de lhomme et labolition de la vénalité descharges , des privilèges et des droits féodaux. Le roi refuse son assenti-ment à la déclaration des droits, et appelle à Versailles de nouvellestroupes, dont les officiers foulent aux pieds, dans une orgie, la cocardenationale. Aussitôt des groupes se forment dans tous les quartiers deParis ; une masse effrayante de peuple, armée de piques, de bâtons, defourches, se rassemble, marche sur Versailles et force Louis XVI devenir à Paris. Le roi arriva sur les neuf heures à lhôtel de ville, etannonça quil était résolu de fixer son séjour dans la capitale.

L6 8 juin 1790, lassemblée nationale adopta la proposition dunefédération générale fixée au 14 juillet, anniversaire de la prise de la Bas-tille. Des commissaires nommés par la commune de Paris choisirent leChamp-de-Mars comme le lieu le plus convenable.

Le 14 juillet, tous les fédérés, députés des provinces et de larmée,rangés sous leurs bannières, partent de la place de la Bastille et se rendentau jardin des Tuileries, ils reçoivent dans leurs rangs la municipalitéet lassemblée nationale : un bataillon denfants la précédait; un groupede vieillards marchait à sa suite. Le cortège passa la Seine en face duChamp-de-Mars sur un large pont de bateaux établi à lendroit même se voit aujourdhui le beau pont dIéna.

A lentrée du Champ-de-Mars, du côté du pont, sélevait un arc detriomphe dune très-grande dimension, percé de trois vastes portiqueségaux en hauteur. A lautre extrémité était un amphithéâtre destiné àrecevoir lassemblée nationale et les autorités locales. Le roi et le pré-sident étaient assis à côté lun de lautre sur des sièges pareils ; les dé-

putés étaient rangés des deux côtés : la reine et la cour étaient sur unbalcon élevé derrière le roi. Au centre de lenceinte, sélevait un vasteautel, dont trois cents prêtres, vêtus de blanc et portant des écharpestricolores, couvraient les marches : cétait lautel de la patrie. Soixantemille fédérés étaient rangés autour, séparés par des poteaux indiquant laplace de chaque département, et sur lamphithéâtre de la circonférence sepressaient environ quatre cent mille spectateurs.-Le général la Fayette,en sa qualité de major général de la confédération, prêta serment en cestermes : « Nous jurons dêtre à jamais fidèles à la nation , à la loi et auroi ; de maintenir de tout notre pouvoir la constitution décrétée par las-semblée nationale et acceptée par le roi ; de demeurer unis à tous les Fran-çais par les liens indissolubles de la fraternité. » Au même instant, tous»les fédérés crient : Je le jure. Le président de lassemblée nationale fitserment dêtre fidèle à la nation, à la loi et au roi, et de maintenir detout son pouvoir la constitution. Le roi jura demployer tout son pouvoirpour maintenir la constitution et de faire exécuter les lois. Le 28 fé-vrier 1791 , on découvre et lon expulse du château des Tuileries unetroupe contre-révolutionnaire qui se glorifie du titre de chevaliers dupoignard. Le 2 avril, Mirabeau, dont la santé est détruite par tousles excès, expire dans les bras de Cabanis : son corps, porté dabord àléglise St-Eustache, fut le même jour déposé dans la basilique de Ste-Geneviève à côté du tombeau de Descartes. Le 4 avril, lassemblée na-tionale décrète que le nouvel édifice de Ste-Geneviève serait destiné àréunir les cendres des grands hommes. Le 23 avril, le roi ordonneà ses ambassadeurs auprès des diverses puissances , de leur notifier leserment irrévocable quil fait de maintenir la constitution, et, le 21mai suivant, il prend la fuite avec sa famille vers la frontière du Nord.,Arrêté à Yarennes , il est ramené à Paris, il est reçu avec la plusfroide indifférence ; nul cri menaçant, nulle expression dattachement,nul témoignage de respect ne laccueillent sur son passage ; un profondsilence, une absence complète démotion , prouvent à ce monarque ladésaffection du peuple.

Le 17 juillet, un attroupement se forme au Champ-de-Mars pour de-mander que le roi soit mis en jugement relativement à sa fuite à Varen-ues ; lémeute acquérant à chaque instant plus de violence, Bailly partde lhôtel de ville avec le drapeau rouge et proclame la loi martiale ; lesinsurgés lancent sur la force armée un grand nombre de pierres ; lessoldats font une première décharge, qui ne produit aucun effet parceque lon ne voit tomber personne ; provoqués par de nouveaux outra-ges, ils font feu sur les groupes, tuent vingt-quatre personnes et dissi-pent le rassemblement.

Le 13 septembre, le roi accepte la constitution dite de 1791. Le 20juin 1792, anniversaire du serment du jeu de paume, les habitants du fau-bourg St-Antoine organisent une fête pour cette époque, et manifestentlintention déplanter un arbre de la liberté sur la terrasse des Feuillants,et dadresser en armes une pétition au roi et à lassemblée. La munici-palité, apprenant que la pétition devait être portée par un nombre très-considérable . dhommes armés, fit des dispositions nécessaires pourmaintenir la tranquillité, et donna lordre de doubler les postes desTuileries. Dès le point du jour, des rassemblements dhommes armésde piques, de faux, de haches, portant des bannières chargées dins-criptions tour à tour patriotiques et menaçantes, se forment dans lesfaubourgs St-Antoine et St-Marceau ; vers les huit heures ils commen-cent à défiler en plusieurs colonnes, à la tête desquelles étaient Santerreet le marquis de St-Hurugues. Cette multitude, qui sélevait à environtrente mille individus, pénètre de vive force dans lassemblée législa-tive, elle vocifère des imprécations contre le roi ; puis défilant au-tour de la salle en chantant Ça ira, elle sort de lenceinte de lassembléeet se rend au château des Tuileries. Les grilles sont abattues, les portesenfoncées à coups de hache ; les cours, les escaliers, les appartementssont en un instant envahis par vingt mille révoltés au visage farouche,aux intentions sinistres, qui brandissent des piques, des coutelas, descouperets de boucherie, etc. Un canon monte à force de bras dans lasalle des Cent-Suisses, y roule en ébranlant les planchers quil surcharge.On menace de briser la porte du cabinet Louis XYI est retiré : lui-même louvre et se présente avec calme devant la menaçante agglomé-ration populaire. On prodigue à ce prince tous les genres d outrages ;