VILLE DE PARIS.
■13
armée partout où se rencontrent des soldats, et arrive à Paris, porté surles bras d’un peuple enivré. Louis XVIII, abandonné des défenseurs dutrône et de l’autel, avait quitté celte capitale la veille pour se réfugier àGand.
Aussitôt son arrivée, l’empereur, qui ne se faisait point illusion sui-tes desseins des puissances étrangères, s’occupa avec une incroyable ac-tivité de se composer une armée. Une chambre de représentants libre-ment élue est convoquée, et se compose d’une majorité loyale dans sapopularité. Une assemblée du champ de mai fut convoquée pour le 1"juin ; elle avait pour but de faire accepter l’acte additionnel aux consti-tutions de l’empire par les électeurs de tous les départements de laFrance.
Napoléon quitta Paris 1e 12 juin pour aller combattre les Anglais e'tes Prussiens. Il eut d’abord quelques avantages à Ligny-sous-Fleurus, àSt-Amand et aux Quatre-Bras ; mais 1e 18 juin, l’armée française, aprèsavoir triomphé toute la journée, succomba à Waterloo. Napoléon arrivaà Paris 1e 20 juin, en même temps que la nouvelle du désastre. Le 22juin la majorité de la chambre fut disposée à adopter la résolution dedemander à Napoléon d’abdiquer le pouvoir, et, en cas de refus, de pro-noncer la déchéance. La nouvelle en fut portée à l’empereur, qui aimamieux user lui-même de l’initiative que de la laisser prendre aux cham-bres. Le 3 juillet, il fut décidé que Paris serait livré à l’armée anglaiseet à l’armée prussienne. Le 3, la chambre des représentants, prévoyantque les troupes étrangères pourraient exécuter ou faire exécuter sa dis-solution, fit une déclaration de principes, proclama tous ceux qui doi-vent servir de règle au gouvernement d’un peuple libre, et protestad’avance contre la violence de l’usurpation.
Le 8 juillet, Louis XYI1I fit son entrée dans Paris, à trois heuresaprès-midi. L’armée de ligne tout entière avait été renvoyée au delà dela Loire ; la garde nationale ne s’était point rassemblée ; la douleur devoir Paris occupé par les soldats anglais et prussiens, et la crainte desdangers au milieu desquels on se voyait placé, tenait les habitants de lacapitale enfermés dans leurs maisons. '
Nous avons indiqué précédemment les importants travaux commencésou entièrement exécutés sous l’empire. Sous le règne de Louis XVIII,les canaux de l’Ourcq, St-Denis, St-Martin, furent achevés; la ville deParis y a dépensé plus de 14 millions; leurs eaux assainissent les quar-tiers du nord. La construction de l’entrepôt général des vins, dont lesfrais s’élèveront à 21 millions, s’est continuée ainsi que le grenier deréserve ; un nouveau grenier a été construit pour servir à l’entrepôt dessels ; une halle de déchargement pour la visite des marchandises sujettesau payement des octrois; les marchés St-Martin, St-Germain, desBlancs-Manteaux, des Carmes ont été terminés ; S millions ont été dé-pensés pour subvenir aux frais des hôpitaux, des hospices ; de nouveauxbâtiments ont augmenté tes collèges de Henri IV et de St-Louis ; on ac-quit 1e collège Ste-Barbe ; tes anciennes prisons furent améliorées, et onen construisit de nouvelles ; l’embellissement de la voie publique, sonéclairage, sa propreté, son entretien, ont chaque année employé des fondsconsidérables.
Sous 1e règne bigot de Charles X , la'sollicitude de l’administrations’est portée spécialement sur les édifices sacrés qu’elle a décorés de ta-bleaux , de statues ; la vieille basilique de St-Germain des Prés a étépréservée par d’immenses travaux d’uné ruine imminente; l’église deSt-Pierre s’est élevée pour le quartier du Gros-Caillou ; de nouvelles ba-siliques ont remplacé les vieux bâtiments des paroisses de Bonne-Nouvelle,du St-Sacremeut, de Nolre-DamedeLorette ; l’église nouvelle de St-Vin-cent de Paule a été commencée. On éleva la statue de Louis XIII sur laplace Royale, et celle de Louis XIV sur la place des Victoires , et l’onorna le pont de la Concorde de statues des plus illustres guerriers quel’ancienne France a produits, et de ses ministres les plus habiles. Les pontsd’Arcole, de l’Archevêché etd’Autin, furent construits de 1827 à jS30.— Sur l’espace compris dans tes Champs-Elysées , entre le Cours-la -Reine et l’Allée des Veuves, on traça quatre rues aboutissant à une placepublique décorée d’une fontaine, et on éleva quelques maisons à la réu-nion desquelles on imposa 1e nom de ville ou de quartier de François I er ;une maison qui porte son nom y fut transportée ; les noms des artistesles plus fameux de sou règne furent donnés à ses rues. — Sur l’emplace-
ment de l’ancien jardin de Beaujon, à droite de l’avenue de Neuilly, s’é-leva le quartier de la Nouvelle-Athènes, d’où l’on jouit de points de vuemagnifiques.
Depuis la révolution de juillet, d’importants travaux d’assainissementont été entrepris et exécutés ; tes quais Pelletier, de la Mégisserie et del’Ecole, naguère trop étroits pour la foule qui se presse incessammentvers 1e centre de la capitale, deviennent les plus beaux de Paris ; le quaidu Port au blé a été achevé. Un nouveau pont suspendu réunit Bercyà la Gare : un autre pont réunit les deux rives de la Seine vis-à-vis lePort au blé, en s’appuyant sur l’extrémité occidentale de l’ile St-Louis •un pont de nouvelle construction est jeté entre le pont des Arts et 1e pontRoyal. Un autre pont suspendu a été construit pour joindre le quartierdes Champs-Elysées au Gros-Caillou. L’église de la Madeleine a été ter-minée ainsi que l’église St-Yincent de Paule. L’hôtel du quai d’Orsays’est élevé avec une rapidité remarquable. L’arc de triomphe de l’Etoile aété achevé. D’importants travaux, ont été exécutés au jardin des plantes ;la galerie de minéralogie a été construite en entier ; de nouvelles serresd’une construction élégante et légère ont été achevées et ont reçu tes plan-tes destinées à y être enfermées. Les travaux du palais des Beaux-Artsont été achevés. Le bâtiment de l’établissement des Sourds-Muets a étérestauré ; de nouveaux amphithéâtres ont été construits au collège deFrance, où ont été exécutés en outre de grands travaux. D’importantesconstructions ont été entreprises pour compléter certaines parties acces-soires du Panthéon. Le monument de Juillet a été achevé ; ta statue deNapoléon a été replacée sur la colonne de la place Vendôme ; un magni-fique tombeau se construit dans l’église des Invalides, où ont été déposésles restes du plus grand capitaine des temps modernes, qu’un des (ils duroi est allé chercher à Ste-Hélèue. L’hôtel de ville a été achevé. Laplace de la Concorde, où s’élève un magnifique obélisque égyptien, a étéembellie et décorée de fontaines. La place Louvois a été décorée d’unesuperbe fontaine, élevée sur l’emplacement d’un monument destiné àperpétuer le souvenir de l’assassinat du duc de Berry. Une autre fontainemagnifique se construit sur la place St-Sulpice. Une statue a été érigéeà l’immortel auteur du Tartufe, à l’intersection des rues Fontaine deMolière et de Richelieu. La cour du Louvre a été décorée d’une statueéquestre en bronze du duc d’Orléans. Sur l’emplacement de l’archevècliés’élève une jolie fontaine de style gothique. La barrière du Trône a étéachevée et décorée des statues colossales de saint Louis et de PhilippeAuguste. L’établissement des Jeunes-Aveugles a été construit. De ma-gnifiques gares pour les chemins de fer de l’Ouest, d’Orléans, de Lyon,du Nord, de Strasbourg ont été édifiées ou sont en voie de construction.Un puits artésien, qui donne environ trois mètres cubes d’eau par mi-nute, a été foré dans l’enceinte de l’abattoir de Grenelle, et un réservoirdestiné à en recevoir les eaux a été élevé près de la place du Panthéon.Non loin de là, on construit en ce moment un bâtiment destiné à l’écolenormale. Un musée a été formé dans tes anciens bâtiments de l’hôtel doCluny. Enfin la ville de Paris a été entourée de fortificatoins, protégéespar quatorze forts, qui ont nécessité une dépense d’environ 300 millions,etc., etc., etc.
Paris. De même que la France est 1e pays du monde le mieux centra -lise, de même aussi Paris est la ville capitale par excellence, le lieu derendez-vous, et, comme on l’a dit, le salon de la France. Comparée auxautres capitales de l’Europe, sa supériorité n’est pas moins incontestable.Il n’est pas une ville que tes étrangers préfèrent à Paris ; il n’en est pasune qu’ils adoptent plus facilement pour leur seconde pallie. Enfin .celui qui n’a pas vu Paris n’a pas voyagé , eût-il parcouru le reste dumonde.
Pourquoi cet amour et cette préférence universelle. Paris cependantn’est pas’la plus belle ville que l’on connaisse ; pour la beauté du paysageou pour la salubrité du climat elle n’a rien que doivent lui envier Na-ples , Rome ou Constantinople. Mais à Paris les étrangers rencontrent laFrance entière, c’est-à-dire le peuple 1e plus social, le plus généreux, leplus spirituel, celui qui regarde les autres peuples comme des frères, quites a toujours associés à ses triomphes, et qui sait leur faire avec 1e plusd’amabilité les honneurs de sa maison et de son pays. Londres est uneville plus opulente, mais elle est égoïste et superbe ; elle n’est que la