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VILLE DE PARIS. — PREMIER ARRONDISSEMENT. — X ü 1. QUARTIER DU ROULE.
socle en marbre noir est gravée la dernière lettre adressée par cetteprincesse à Madame Elisabeth. «— A droite et à gauche , des escaliersconduisent à des caveaux souterrains éclairés par une lampe sépulcrale,où l’on voit deux cénotaphes érigés à la mémoire du roi et de la reine.Un caveau particulier renferme les nombreux ossements exhumés lorsde la construction du monument. —La chapelle expiatoire de la rued’Anjou est ouverte tous les jours, de 8 à 10 heures du matin. On litsur le fronton l’inscription suivante :
Le roi Louis XVIII af élevé ce monument pour consacrer ce lieuoù les dépouilles mortelles du roi Louis XVI et de la reine Marie-Antoinette,transférés le 21 janvier j8i 5 dans la chapelle royale de St-Denis,ont repose pendant vingt et un ans.
Il a été achevé la deuxième année du règne de Charles X,l'an de grâce w. d. ccc. xxvi.
L’hôpital Beaujon, situé rue du Faubourg du Roule, n° 64. Il aété fondé en 1784 par le receveur général des finances de ce nom, pourvingt-quatre orphelins de la paroisse St-Philippe du Roule : douzegarçons et douze filles, et six places étaient destinées aux enfants quiannonçaient d’heureuses dispositions pour le dessin. La fondation del’hospice Beaujon est un des plus beaux souvenirs qu’ait laissés cet opu-lent financier ; il acheta le terrain et fit construire la maison à ses frais,et la dota ensuite de 20,000 livres de rentes sur l’Etat. — L’hospiceBeaujon a été bâti sur les dessins de Girardin ; l’exécution et les détailsen ont été très-soignés; il est distribué avec intelligence, construit avecsolidité et décoré avec goût. Le bâtiment a 32 m. de face sur 48 m. deprofondeur, sans y comprendre le jardin ; il est élevé d’un rez-de-chaus-sée , de deux étages au-dessus et d’un troisième dans le comble. Unegrande arcade entourée de bossages forme l’entrée de cet édifice, et luidonne un certain caractère. — Un décret de la convention nationale ,du 17 janvier 1795, changea la destination de cet hospice, qui fut nom-mé hôpital du Roule, et devint un hôpital pour les malades et les bles-sés ; il a conservé depuis lors cette destination et repris le nom d’/td-pital Beaujon. — Depuis 1813 cet hôpital est desservi par les sœursde Ste-Marthe ; il est pourvu de quatre cents lits pour les blessés desdeux sexes et pour les autres malades. Cinq médecins ou chirurgiens enchef y sont attachés. — En juillet 1830, on y reçut quatre-vingt-neufcitoyens, dont trente et un y moururent de leurs blessures.
L’abattoir du Roule , situé au centre d’une petite place à laquelleaboutissent les rues de la Bienfaisance, des Grésillons, de Miromesnil etl’avenue de l’Abattoir. Avant 1808, la plupart des anciennes bouche-ries de Paris contenaient un abattoir particulier et des étables. Cet usageétait pour la capitale la source d’une foule d’inconvénients on ne peutplus graves, tant par l’infection que répandaient ces établissements dansleur voisinage que par le danger que couraient les habitants lorsque lesbœufs s’échappaient à la masse qui devait les frapper. Napoléon, pourremédier à ces graves désordres, ordonna, en 1809, la construction decinq abattoirs publics , qui ont été établis près des barrières du Roule,de Villejuif, de Grenelle, de Rochechouart et de Popincourt. Ces utilesétablissements se composent de vastes hangars , de logements pour lespréposés de l’administration , et renferment plusieurs bergeries et bou-veries. — La surface totale renfermée dans l’enceinte des cinq abat-toirs est d’environ 157,000 m. carrés; celle des constructions d’en-viron 43,000 m. En 1839, ils ont rapporté à la ville un bénéfice de1,074,475 fr. 50 c. — L’abattoir du Roule , construit en 1810, sousla direction de l’architecte Petit-Radel, renferme trente-deux échau-doirs , des fonderies de suif, des triperies ; il occupe une superficie de23,000 m.
Le jardin de Monceau, dit aussi de Monceaux, dont l’entréese trouve au n° 4 de la rue de Chartres-du-Roule. Ce délicieux jar-din a été créé en 1778 par le duc d’Orléans, père du roi Louis-Phi-lippe I er , alors duc de Chartres, sur remplacement d’un quartier quiportait le nom de Petite-Pologne. Le pavillon et le parc ont été élevés ettracés sur les dessins deCarmontel; les sommes énormes que le princedépensa pour les constructions et embellissements firent donner à cettecoquette maison de plaisance le nom de Folies de Chartres. Rien detout ce qui peut contribuer à embellir un jardin anglais ne fut épargné ;
on y voyait tout ce que l’imagination peut enfanter de merveilleux : desruines grecques et gothiques, des tombeaux, un ancien fort à créneaux,des obélisques, des pagodes, des kiosques, des serres chaudes formantun agréable jardin d’hiver, éclairé le soir par des lanternes en cristalsuspendues aux rameaux des arbres ; des grottes, des rochers, un ruis-seau avec son île, un moulin avec l’habitation rustique du meunier, descascades, une laiterie, des balançoires, des jeux de bagues, etc., etc.,disséminés çà et là au milieu d’un terrain accidenté où croissaient desarbres indigènes et exotiques de toute beauté. L’abbé Delille, dans sonpoème, en parlant des jardins où l’art fait régner le printemps mêmeau milieu des frimas, cite Monceau pour modèle :
J’en atteste, ô Monceau, tes jardins toujours verts;
Là, des arbres absents les tigi-s Imitées,
Les magnifiques berceaux, l*-s grottes enchantées,
Tout vous charme à la fois. Là, bravant les saisons,
La roso apprend à naître au milieu des glaçons ;
Et les temps, les climats, vaincus par des prodiges,
Semblent de la féerie épuiser les prodiges.
Le 16 lloréal an ii (mai 1794), la convention nationale décréta queMonceau ne serait point vendu, mais entretenu pour être affecté à di-vers établissements ; il fut alors exploité comme jardin public, ainsi queTivoli, Beaujon, Marbœuf, etc. Napoléon, à son avènement au trôneimpérial, en fit cadeau à l’archichancelier Cambacérès ; mais celui-citrouvant que l’agrément de celte propriété ne compensait point la dé-pense que nécessitait son entretien, la rendit quatre ou cinq ans aprèsau donateur. Napoléon réunit alors Monceau à son domaine particulier.En 1814, Louis XVIII rendit cette propriété au duc d’Orléans.
Le parc de Monceau est le seul parc qui existe dans Paris. Lors desa construction , il /était sur le territoire du village de Monceau, dontil a pris le nom, et ce n’est que depuis la construction des murs de clô-ture, qu’il se trouve compris dans l’enceinte de la capitale ; mais, afin quece mur d’enceinte ne privât pas de la vue des campagnes environnantes,le mur a été bâti dans le fond d’un vaste fossé. —Malgré les change-ments qu’il a subis lors de ses diverses transformations, le parc de Mou-ceau est resté un des plus délicieux jardins qu’il soit possible de créer :la plupart des fabriques dont il était décoré ont disparu, mais il a con-servé ses sites romantiques, son ruisseau, ses gazons et ses beaux om-brages. Du sommet d’un coteau que couronne un pavillon gothique, ondomine une grande étendue de pays, qui n’a de bornes que l’horizon ;on découvre successivement Montmartre, Belleville, l’Observatoire,Vanvres, Issy, Meudon, Bellevue, Sèvres, St-Cloud, l’arc de triomphede l’Etoile, le mont Valérien, les hauteurs de Marly et de St-Germain,et les flèches de l’antique abbaye de St-Denis.
Le parc de Monceau est la propriété de Sa Majesté Louis-Philippel",qui en accorde l’entrée tous les jeudis, dans la belle saison , aux per-sonnes munies d’un billet que l’on refuse rarement aux sociétés qui enadressent la demande à l’inteudant des domaines du roi au Palais-Royal.
M. de la Fosse a publié dix-sept vues du parc de Monceau avec lesexplications. Une description très-détaillée de toutes les merveilles qu’ilrenfermait se trouve dans le premier volume du Voyageur à Paris,par Thiérv, p. 64 et suiv. ‘
VARIETES HISTORIQUES ET LITTERAIRES.
Rue de l’Arcade, n° 12, était la petite maison du maréchal deSoubise, qui avait quitté depuis longtemps son palais de représentationde la rue de Chaume, pour se livrer avec plus de liberté au plus scan-daleux libertinage. Cette petite maison où il entretenait un sérail, et oùil mourut le 5 juillet 1786, était remarquable par ses décorations in-térieures ; la salle à manger, qui a été conservée, est décorée avec autantde magnificence que de goût ; les sculptures sont considérées comme deschefs-d’œuvre. Cet hôtel a été réparé, et tout ce qui intéressait les artsa été parfaitement conservé.
Rue de Clïchy, les n nS 17 et 19 occupent l’emplacement du pre-mier jardin dessiné en France dans le genre anglais, par M. Boutin, l’undes trésoriers généraux de la marine ; il avait reuni aux délicieuses fa-