VILLE DE PARIS. — PREMIER ARRONDISSEMENT,
N° 1. QUARTIER DU ROULE.
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briques de ce jardin un riche cabinet d’histoire naturelle et une bellecollection de minéralogie.
Pendant la révolution, le jardin Boutin reçut le nom de Tivoli, etfut transformé en un jardin public, où se réunissait le dimanche et lejeudi, sous le consulat et sous l’empire, l’élite de la société parisienne :le prix d’entrée était de 2 fr., sans aucune rétribution pour la danse,les jeux, les courses sur l’eau et autres récréations. Dans les premièresannées de la restauration, on établit au jardin de Tivoli des montagnesrusses, où tout Paris voulu^Iégringoler, et l’on y donna plusieurs fêtesremarquables par leur magnificence. Les femmes n’étaient pas admisesen bonnets ni en robes de toile; les hommes, en général, étaient en bas. Lesexercices et les jeux d’artistes étaient magnifiques. Ce jardin de Tivoli,qu’il ne faut pas confondre avec un autre Tivoli qui existait naguère à l’ex-trémité de la rue de Clichy, après avoir fait les délices des agréables de laprécédente génération, a été détruit en 1826 ; sur l’emplacement de sespromenades agrestes et de ses riants ombrages, on a construit le quartierde la Nouvelle-Athènes ; il n’en est resté que la partie donnant rue St-La-zare, où est aujourd’hui l’établissement des eaux minérales de Tivoli.
A l’extrémité de la rue de Clichy est la barrière de ce nom, dernierpoint où les Français résistèrent à l’invasion des armées étrangères lorsdu siège de Paris en 1814. Les gardes nationaux, commandés par le ma-réchal Moncey, combattirent avec vigueur à tous les postes qui leuravaient été confiés, lorsque les armées avaient cessé de combattre dansla plaiuç et sur les hauteurs : les tirailleurs ennemis, chassés par la 2 elégion, postée à la barrière de Clichy, s’étaient réfugiés dans les maisonsenvironnantes. La l re légion était sortie par la barrière de Monceau, etcombattit sur le terrain où sont aujourd’hui les Batignoles. C’est là quefut tué le célèbre ventriloque Fitz-James. Le maréchal Moncey, pourménager une retraite à nos braves Parisiens, fit élever à la hâte un se-cond retranchement au bas de la rue de Clichy, et l’on continua à com-battre jusqu’à l’arrivée du trompette qui annonça la reddition de Paris,signée par le maréchal Marmont.
Rue de la Ville-l’Evêque, n° 54, demeurait en 1793 le faroucheAmar, de funèbre mémoire. Député de l’Isère à la convention nationale,il vota la mort de Louis XYI dans les vingt-quatre heures et sans appel.Membre du comité de salut public, les plus habiles orateurs de la con-vention furent décrétés d’accusation sur ses dénonciations, et envoyés àl’échafaud. Au 10 thermidor, il parvint à éviter le sort de Robespierreet de ses complices. Cet homme, qui a demandé et obtenu les têtes de tantd’hommes vertueux, est mort à Paris paisiblement dans son lit en 1816.
Au n° 28 de la même rue demeurait en 1831 le marquis de Forbindes Issarts, un des officiers de l’émigration. Après avoir servi enEspagne contre la France, il porta encore les armes coutre son pays ausiège de Toulon. En 1814, il fut un des premiers à faire entendre aumilieu de. Paris le cri de Vive le roi ; dans sa colère, le peuple le jeta à basde son cheval. On le comptait aussi, avec M. Sostène de la Rochefoucauld,au nombre de ces royalistes insensés qui firent attacher une corde au coude la statue de l’empereur afin de renverser la colonne d’Austerlitz.
Rue du Faubourg St-Honoré, n° 57, est I’hôtel de Castellanxe,ou se sont agitées bien des intrigues au sujet de comédies bourgeoises.
Au n° 90 est I’kôtel de Beauveau, bâti sur les dessins de l’archi-tecte Camus de Mézières. La porte d’entrée s’annonce par un péristyledorique, fermé de grilles ; une vaste cour précède le corps de logis, der-rière lequel est un jardin. — St-Lambert, l’ami de Voltaire, de Di-derot, de J.-J. Rousseau , l’amant heureux de M IIIC du Châtelet et deM me d Houdelot, est mort dans cet hôtel le 9 février 1803. Ses princi-paux titres à la célébrité sont : le Poëme des saisons et le Catéchismeuniversel, ouvrage couronné par le jury des prix décennaux en 1806,acte de justice rendu au mérite de ce livre que nous proposons de con-sacrer par 1 inscription suivante :
Dans cette mnison est mort,le g février i 8 o 3 ,
Charles-François de Saint-Lambert,membre de l’Institut, auteur du Catéchisme universel,auquel Je jury nommé pour décerner les prix décennauxadjugea le grand prix de morale en 1806.
Une autre inscription devrait aussi être placée sur la façade d'unemaison du même faubourg qui porte le n“ 118, où demeurait et est mortle célèbre géomètre Lagrange, dont les restes mortels, placés par la re-connaissance publique au Panthéon, le 13 avril 1813, furent indigne-ment enlevés de cet asile sacré par les réacteurs de la restauration.Nous proposons donc de consacrer à la mémoire de l’auteur de la Mé-canique analytique l’inscription suivante :
Dans cette maisonest mort, le io avril i8i3,à l’âge de 76 ans,
Joseph-Louis Lagrange,le plus grand géomètre des temps modernes.
Au n" 30 demeurait, en 1793, M. E. Guadet, député de la Girondeà l’assemblée législative et à la convention nationale, dont il fut un desplus grands orateurs ; dans le procès de Louis XYI, il vota pour la mortet le sursis. Décrété d’accusation dans la fameuse journée du 31 mai, ilse réfugia avec Salles et Barbaroux aux environs de St-Emilion , où ilsfurent arrêtés le 15 juillet 1794, condamnés à mort et exécutés.
Au n" 110 demeurait (1843) feu le marquis de Louvois, alors mem-bre de la commission des théâtres royaux. Pendant la révolution , il seprésenta à l’Opéra, où il fut reçu sur sa bonne mine, et en qualitéd’aide-machiniste au service des cintres. M. de Louvois racontait avecbeaucoup de bonne grâce et d’esprit cet épisode de sa vie, et il disaitgaiement que c’était là son meilleur titre à faire partie de la commissionde l’Opéra, dont nul ne pouvait connaître les rouages mieux que lui.
Rue St-Lazare. Dans la partie de cette rue comprise dans le quar-tier du Roule, demeurait, en 1793, le conventionnel de Lacroix, membredu comité du salut public, qui contribua puissamment à faire monterles Girondins sur l’échafaud révolutionnaire, où il porta lui-même satête peu de temps après.
Grande Rue Verte, n° 26, on lit une inscription indiquant quecette maison a été habitée par Franckxin. C’est aussi dans cette ruequ’habitait Lucien Bonaparte avant le 18 brumaire.
Rue de Valois du Roule demeurait, en 1783, le marquis deChampcenets, officier aux gardes françaises en 1789. Ses aventures ga-lantes , ses duels, ses chansons satiriques et ses mordantes saillies luiouvrirent plusieurs fois les prisons d’Etat. Lié avec Rivarol, le vicomtede Mirabeau, Pelletier, Sutteau, il coopéra à la rédaction du journalintitulé les .Actes des J poires, au Petit Journal de la cour et de la mile,au Petit Almanach des grands hommes. Condamné à mort par le tri-bunal révolutionnaire, il demanda avec le plus grand sang-froid à l’ac-cusateur public, Fouquier Tinville, s’il ne lui serait pas permis de sefaire remplacer comme pour le service de la garde nationale ; il mourutavec courage le 23 juillet 1794.
Le duc de Chartres, père du roi Louis-Philippe I", avait dans cette rueune petite maison où il donna, le 25 mars 1779, au duc de Fitz-James,son cousin ,’à l’occasion de son mariage, un souper appelé le souper desveuves. On y avait réuni les maîtresses de ce prince et de différents sei-gneurs mariés ou sur le point de se marier. Tout était tendu de noir. Lesfemmes et les hommes étaient en deuil ; les flambeaux de l’amour s’é-teignaient et se trouvaient remplacés par ceux de l’hymen ; en un mottout caractérisait dans cette fête le tombeau des plaisirs et l’empire dela raison.
Plus tard, à la suite d’une orgie, le duc de Chartres gagna dans cettemême maison huit cent mille francs au duc de Fitz-James, qui fut obligéde vendre pour se libérer l’hôtel de l’Infantado, rue St-Florentin, etplusieurs autres propriétés.
Rue de la Pépinière, n° 66, demeurait, en 1822, M" 0 Vounais,actrice célèbre, qui fit pendant vingt et un ans les délices du Théâtre-Français. De beaux yeux noirs, une taille médiocre, mais un ensemblegracieux, l’habitude de la bonne compagnie, une intelligence rare, unesensibilité profonde et un organe enchanteur, lui concilièrent tous les suf-
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