18
VILLE DE PARIS. — PREMIER ARRONDISSEMENT. — N° 2. QUARTIER DES CHAMPS-ELYSEES.
frages dans les rôles qui exigent une voix flexible, de l’âme et ducharme dans la physionomie.
Rue d'Anjou-St-Honoré, n° 6, demeurait et est mort le généralLafayette, dont toute l’existence fut vouée au culte de la liberté. Indi-quons en passant sa demeure par cette courte inscription :
Ici est mortLAFAYETTE,le 20 mai i834>
Au n° 11 est l’ancien hôtel de Créquy où demeurait, en 1820,Arm. Dartois de Bournoxville , chantre de tous les anniversaires etl’un des plus féconds auteurs dramatiques.
Au n° 15 de la même rue habitait et est mort un digne ami de La-fayette, l’illustre Benjamin Constant.
Au n° 19 demeurait, en 1793, l’ex-capucin Chabot, député à l’as-semblée législative et à la convention, mort sur l’échafaud révolution-naire en 1794.
L’hôtel qui porte le n'* 27 a été habité par le marquis de Botht/i.é,dont l’impéritie fit échouer l’évasion de Louis XVI ; par l’abbé Morelet ,et par le marquis d’Aligre , fils du président de ce nom , si connu parson avarice.
Au n° 28 habitait sous l’empire Ch. -Jean Bernadotte, qui débutadans la carrière militaire comme simple soldat et qui est mort roi deSuède. C’était la maison de Moreau. Après son jugement, l’empereurl’acheta et en fit cadeau à Bernadotte.
Rue du Rocher, n“4, est mort, en 1837, Michel Buonarotti,républicain austère , impliqué sous le directoire dans la conspirationBabeuf, et proscrit depuis lors par tous ceux qui gouvernèrent la Francejusqu’à la révolution de juillet. Son ami, le marquis de Voyer d’Argen-son, lui avait donné un asile dans son hôtel, où il est mort lui-mêmeen 1843.
Rue Lavoisier, n° 13, est une charmante retraite habitée parM lle Mars, actrice inimitable du Théâtre-Français, où eile débuta en1798. On a dit avec raison qu’elle possédait le secret de tous les carac-tères, et que son talent était le type du vrai ou du beau sous quelqueforme qu’ils existent ; ingénue dans le rôle de Betzy, naïve dans le Secretdu mariage , coquette dans les Jeux de l’amour et du hasard, dignedans Elmire du Tartufe, profonde dans Célimène, pleine d’âme dansValérie, ces admirables qualités étaient encore relevées par un timbre devoix admirable qui envahissait pour ainsi dire l’âme du spectateur.M lle Mars, fille de Monvel et d’une actrice célèbre par sa beauté, s’estretirée, comme elle devait le faire, sans avoir dérogé ; elle n’a pas vouluprendre le rôle de M UIC Pernelle dans une maison où elle avait remplicelui d’Elmire, et a gardé jusqu’à la fin le prestige de jeunesse que l’arta mis dans son talent.
Rue de la Madeleine et rue de la Ville-l’Evêque, n° 2, étaitl’église de la Madeleine de la Ville-TEvêque dont il est fait mentiondans les pouillés du xm e siècle et dans des titres de 1238,1284 et 1386.Elle doit son origine au roi Charles VIII, qui fit construire une chapellesous l’invocation de sainte Madeleine, où il institua, en 1491, une con-frérie à la tète de laquelle il se fit inscrire ainsi que la reine son épouse.Cette chapelle fut érigée en paroisse en 1639; mais, comme elle étaittrop petite pour contenir tous les paroissiens de ce quartier qui com-mençait alors à prendre un grand accroissement ,-on fit construire surson emplacement une église dont la première pierre fut posée , le8 juillet 1631, par Anne-Marie-Louise d’Orléans, princesse souverainede Bombes. L’église de la Madeleine de la YiUe-l’Evèque fut démolieau commencement de la révolution, et la paroisse transférée en 1802 àl’Assomption, d’où elle a été transférée de nouveau dans l’église pa-roissiale de la Madeleine après l’achèvement de ce magnifique monu-ment.
N° 2. QUARTIER DES CHAMPS-ELYSÉES.
Ci-devant section de la République.
Les limites de ce quartier sont, à partir du pont de la Concorde : larive droite de la Seine jusqu’à la barrière de Passy, le mur d’enceinte,à droite, jusqu’à la barrière du Roule , la rue du Faubourg du Roulen os impairs, la rue du Faubourg St-Honoré n os impairs , la rueRoyale-St-Honoré n ÜS impairs , et la moitié occidentale de la place delà Con-corde jusqu’au pont. — Superficie : 2,6297800 m. carrés, équivalant à0 m ,076 de la superficie totale de Paris.
Les monuments, édifices , emplacements et établissements les plusremarquables de ce quartier sont :
Le palais de l’Elysée, situé rue du Faubourg St-Honoré, n* 69.Ce palais a été construit en 1718, sur les dessins de Mollet, par Louisd’Auvergne, comte d’Evreux , dont il reçut le nom. La marquise dePompadour en fit l’acquisition et l’habita jusqu’à sa mort; on saitqu’elle eut le privilège de mourir au château de Versailles le 15 avril1764. Lorsqu’elle sentit que sa dernière heure allait sonner, elle fit pré-venir le curé de la Madeleine , paroisse de son hôtel à Paris, qui vintlui administrer les sacrements. Au moment où il se disposait à se retirerpour retourner à Paris : « Un instant, monsieur le curé, lui dit-elle ,nous nous en irons ensemble. ■» À peine eut-elle rendu le dernier sou-pir qu’elle fut portée sans bruit, sans pompe, à son hôtel à Paris. Quel-ques années après sa mort, Louis XV acheta cet hôtel du marquis ^deMarigny pour y loger les ambassadeurs extraordinaires. Il servit en-suite de magasin pour le mobilier de la couronne, jusqu’à l’achèvementdes bâtiments destinés à servir de garde-meuble dans une des colonna-des de la place Louis XY. En 1773, le financier Beaujon en devint pro-priétaire et y lit faire par l’architecte Boullée des embellissements con-sidérables. En 1786, Louis XVI acheta cet hôtel de M. Beaujon , quis’en réserva la jouissance sa vie durant, moyennant 1,100,000 livreset 200,000 livres pour les glaces et les tableaux. A la mort deBeaujon, la duchesse de Bourbon lui donna le nom d'ElyséeBourbon, et l’habita jusqu’à l’époque de son arrestation en 1793. De-venu à cette époque propriété nationale, il fut loué à divers entrepre-neurs qui lui donnèrent le nom d 'Elysée, et ensuite celui de Hameaude Chantilly . Sous ces deux dénominations ses beaux jardins, rivalisantavec ceux de l’ancien Tivoli, de Monceaux, d’Idalie , de Marbeuf , dePaphos, etc., etc., servirent de théâtre à des fêtes champêtres, tandisque ses appartements étaient changés en salles de bals et de jeux dehasard. On y trouvait plusieurs chalets couverts en chaume , dont l’as-semblage et la manière dont ils étaient groupés, dans un des côtés decette agréable enceinte, rappelait le délicieux hameau que le prince deCondé avait fait construire dans son parc de Chantilly, et c’est de cetteressemblance que cette belle propriété avait pris le nom de hameau deChantilly : le prix du billet d’entrée était de 24 sous, dont 15 sous étaientadmis en consommation. — En 1803 l’Elysée fut vendu au prince Mu-rat , qui y tint sa petite cour jusqu’à son départ pour Naples , en 1808,époque où il fut cédé à Napoléon. Cet édifice reçut alors lé nom è'Ely-sée Napoléon. L’empereur l’avait pris en affection et y vint souventrésider : c’est à l’Elysée qu’il se retira après la bataille de Waterloo ;c’est là qu’il abdiqua l’empire en faveur de son fils, le 22 juin 1815. —L’empereur de Russie, Alexandre, occupa ce palais en 1814 et en 1815.Sous la restauration il reçut le nom d'Elysée Bourbon. Le duc et laducliesse de Berry l’habitèrent en 1816 ; mais à la mort du prince, eu1820, il fut abandonné par sa veuve. Plus tard ce palais fut habité parle duc de Bordeaux. Depuis 1830 il fait partie des palais dépendants dela liste civile.
Le palais de l’Elysée jouit, avec raison, d’une sorte de réputationparmi les édifices construits à Paris pendant la première moitié duxvm e siècle. Le .plan en est singulièrement heureux ; les distribu-tions intérieures sont faites avec intelligence , et ajoutent beaucoupà l’agrément de cette habitation, qui doit à sa situation tant d’a-vantages précieux. Le style de l’architecture y est généralement d’unbon goût : la décoration du principal corps de logis , tant sur la cour