VILLE DE PARIS. — PREMIER ARRONDISSEMENT.
N° 2. QUARTIER DES CHAMPS-ELYSEES.
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que sur le jardin, est d’une belle proportion et d’une exécution soignée.Ce palais a eu une destinée remarquable et peut-être unique ; c’est que,ayant appartenu à un grand nombre de personnes différentes, tous lestravaux qui y ont été faits successivement, loin de le déformer, n’ontservi, au contraire, qu’à l’embellir. Le jardin, dont on aperçoit la vasteétendue des Champs-Elysées, est réellement magnifique.
La chapelle Beaujon , située rue du Roule , n° 59. C’est un jolimonument, sous l’invocation de saint Nicolas, dû à la munificence dureceveur général des finances Beaujon, qui le fit bâtir en 1780 pourservir de succursale à la paroisse de St-Philippe du Roule et pour enfaire le lieu de sa sépulture. La disposition heureuse de cette chapelle ,élevée sur les dessins de l’architecte Girardin, et la richesse de sadécoration en font une des plus agréables productions de l’architecturemoderne. La nef est ornée de deux rangs de colonnes isolées, formantgaleries latérales, auxquelles des murs ornés de niches au-dessus d’unstylobate servent de fond ; la voûte est décorée de caissons et éclairéepar le haut par une lanterne carrée. A l’extrémité de cette nef est unerotonde également ornée d’un péristyle d’ordre corinthien, qui reçoitaussi le jour d’en haut ; l’autel, circulaire, est placé au centre. — Ratpfut marié dans cette chapelle en 1815, a^ec M lle Vanderbergh.
La chapelle St-Nicolas était une dépendance de la petite maison dufinancier Beaujon , dite le pavillon de la Chartreuse, dont les jardinss’étendaient jusqu’à la barrière de l’Etoile ; le luxe, l’élégance et l’heu-reuse distribution des appartements de ce pavillon , le jardin, l’orange-rie , les cuisines , la ferme , ne laissaient rien à désirer ; tout y respiraitl’abondance et la volupté. Le plafond et les lambris de la salle de bil-lard avaient été peints par Barbier ; le salon, de forme octogone, étaitorné de tableaux précieux ; de petits amours, peints dans le milieu d’unplafond en voussure , supportaient les draperies de la chambre à cou-cher du rez-de-chaussée; au-dessus une autre chambre représentait unbosquet charmant, au milieu duquel était placée une corbeille de fleursrenfermant un lit ombragé par quatre arbres supportant les rideaux dulit suspendus à leurs rameaux; toutes les pièces étaient ornées de su-perbes vases de porcelaine de Sèvres et de bronzes dorés du meilleurgoût. Cette charmante habitation fut vendue en 1787 au receveur géné-ral des finances Bergerac ; plus tard elle a passé à une autre famille eta été divisée ; la partie comprenant le jardin anglais, le belvéder et lesanciens bâtiments, fut acquise parla famille Vanderbergh. Le parc futconverti en jardin public et affermé à divers entrepreneurs : on y voyaitdes montagnes , des théâtres , une salle de concert, un très-beau café etun élégant restaurant, une salle de bal champêtre, etc., etc. Ce jardin,où furent données plusieurs belles fêtes militaires et où se pressa long-temps la foule des promeneurs parisiens, a été complètement détruit etmorcelé vers 1824; sur son emplacement a été construit un nouveauquartier traversé par les avenues Fortunée , Byron, Chateaubriand, etpar la rue de la Chartreuse.
L’église St-Pierre de Chaillot, située grande rue de Chaillot,n® 50. C’est une paroisse fort ancienne , qui fut donnée auxi e siècle auprieuré de St-Martin des Champs. Elle a été reconstruite vers 1750, àl’exception du sanctuaire, beaucoup plus ancien, terminé en demi-cerclesur la pente de la montagne, et porté de ce côté par une tour solidementconstruite. L’église a une aile de chaque côté, mais ces deux ailes ne serejoignent point derrière le grand autel. La voûte du chœur se trouvantplus basse que celle de la nef, on a recouvert cette partie surbaissée parun Jéhovah en sculpture , entouré d’une gloire, qui cache cette diffor-mité. La chaire et le banc d’œuvre sont décorés des attributs de St-Pierre et d’un écusson surmonté d’une tiare.
La maison de retraite de Ste-Périne, située grande rue deChaillot, n° 99. C’était autrefois une abbaye de chanoinesses de l’ordrede St-Augustin, établie originairement à Nanterre en 1638 sous le nomde Ste-Genevieve, et transférée à Chaillot en 1659, ou elle prit le nomde Notre-Dame de la Paix , titre qu’elle changea en celui de Ste-Pé-rine en 1746, époque où les religieuses de l’abbaye de Ste-Périne de laVillette furent réunies à cette communauté. L’abbaye de Ste-Périne futsupprimée en 1790. Vers 1806, M. Duchayla fonda et établit dans sesbâtiments une institution remarquable en faveur des personnes honora-
blement élevées et tombées dans l’adversité. C’est aujourd’hui unegrande maison où , pour 6,000 fr. une fois payés, ou au moyen d’unepension annuelle de 600 fr., les vieillards septuagénaires de l’un et del’autre sexe trouvent une chambre convenable, une bonne nourriture ,et tous les égards qu’ils pourraient exiger d’enfants les plus tendres etles plus dévoués. En cas de maladie, le traitement est fourni gratis. —-L’institution de Ste-Périne compte cent quatre-vingts lits.
Plusieurs personnages remarquables ont terminé leurs jours à Ste-Périne : le marquis de Chambonnas, maréchal de camp, ministre de laguerre sous Louis XVI, y est mort en 1807 ; Chateau-Necf, auteurd’une Vie des grands capitaines de la république et de Vempire 3 de latraduction de VEcole du scandale de Shéridan, y est mort en 1842, àl’âge de soixante-dix-sept ans ; Colombel de la Meurthe , député auxétats généraux, membre du conseil des cinq cents et du conseil desanciens, qui s’opposa avec une grande énergie, le 18 brumaire, au ren-versement de la constitution, y est mort le 25 janvier 1841 ; FlamexGrétry, neveu et exécuteur testamentaire de Grétry, est mort à Ste-Périne en 1843, etc., etc.
La maison dite de François I er , située Cours de la Reine, au coinde la rue Bayard. Cette maison, transportée deMoret à Paris en 1823,est un chef-d’œuvre de la renaissance dû au ciseau de Jean Goujon,qui y a prodigué toutes les ressources de son imagination. Elle forme uncarré parfait, ét se compose de deux étages élevés sur caves voûtées. Lafaçade principale donne sur le Cours ; les angles sont ornés de petits pi-lastres avec chapiteaux historiés ; l’attique est décoré de bas-reliefs repré-sentant des génies supportant des écussons aux armes de France, enlacésdans des guirlandes de fleurs et de fruits. Au-dessus des arcades du rez-de-chaussée règne une frise en bas-relief représentant des scènes devendanges, et dans la travée du milieu sont sculptés des médaillons re-présentant Louis XII, Henri II, François II, la reine Marguerite, Annede Bretagne et Diane de Poitiers. Dans la corniche supérieure de la fa-çade postérieure se trouve l’inscription suivante :
Qui scit f renare liuguam sensumque clomare
Foriior est îüo qui frangit viribus urbes.
La manutention des vivres de la guerre, située quai deBilly, 26.C’est uu vaste établissement bâti par le génie militaire sur une partiede l’emplacement occupé autrefois par l’établissement royal de la Sa-vonnerie. La manutention des vivres de la guerre contient l’appro-visionnement nécessaire pour plus de 40,000 hommes pendant troismois; on y fabrique plus de40,000 rations de pain par jour.Un mou-lin à vapeur, pourvu de treize paires de meules et organisé d’aprèsle meilleur système, est continuellement en activité, et peut produire140,000 quintaux métriques de farine par année, ce qui équivautà la nourriture de 56,000 hommes pendant le même temps. Un sac deblé reçu dans l’établissement n’en sort que converti en pain.
Champs-Elysées. On nomme ainsi une admirable promenade pu-blique, située au delà du jardin des Tuileries, dont la grande allées’aligne avec la longue avenue des Champs-Elysées, et qui n’est séparéede ce jardin que par la place de la Concorde. C’est un vaste terrainplanté d’arbres alignés, limité au sud par le Cours-la-Reine, qui longela rive droite de la Seine, au nord par les jardins du Faubourg St-Honoré, à l’est par la place de la Concorde, et à l’ouest par l’allée desVeuves. C’était autrefois une grande plaine couverte de jardins, deprés, de garennes, de champs, sur laquelle étaient bâties quelquesmaisons isolées. En 1670, ce terrain fut planté d’arbres formant plusieurs! allées, au milieu desquelles on avait ménagé des tapis de verdure, etreçut le nom de promenade du Grand-Cours , pour la distinguer duCours-la-Reine ; plus tard on donna à cette promenade le nom deChamps-Elysées. En 1764, le surintendant des bâtiments, Marigny, fitarracher tous les arbres, aplanir la hauteur de l’Etoile, exhausser lesparties les plus basses, et niveler entièrement le terrain, qui fut replantédans l’état où nous le voyons aujourd’hui, à l’exception de quelquespercements faits en 1819, dans le but d’obtenir des perspectives. Labelle direction des allées ; la distribution des espaces laissés au milieudes arbres et ornés de belles fontaines ; les beaux édifices récemment