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VILLE DE PARIS. — PREMIER ARRONDISSEMENT. — N° 2. QUARTIER DES CHAMPS-ELYSEES.
construits pour des cafés et autres établissements publics ; le vaste etbeau cirque destiné aux exercices équestres, un majestueux panorama,la belle gerbe d’eau et le bassin du rond-point, et surtout l’admirableavenue terminée par le gigantesque arc de triomphe de l’Etoile, font decette vaste plantation une des plus belles promenades du monde, etl’entrée la plus magnifique d’une grande capitale. Rien n’égale surtoutle coup d’œil qu'offrent le soir la place de là Concorde avec ses fontaines,ses candélabres et ses colonnes rostrales d’où jaillissent des faisceaux delumière, et surtout la grande avenue de Neuilly, éclairée par un doublerang de becs de gaz dans toute sa longueur, depuis la place de la Con-corde jusqu’à l’arc de triomphe de l’Etoile.
La convention nationale s’occupa d’embellir les Champs-Elysées ;c’est sur les plans arrêtés par le comité de salut public que l’entrée decette promenade a été élargie du côté de Paris, et que les chevaux deMarly ont été placés sur des piédestaux construits d’après les dessinsde David. La convention avait aussi décrété que la statue de J.-J.Rousseau, en bronze, serait placée aux Champs-Elysées ; ce monumentfut mis au concours, mais il ne fut jamais exécuté.
Les Champs-Elysées ont souvent été le théâtre d’événements politi-ques que l’histoire a enregistrés. C’était là que se réunissaient, au commen-cement de la révolution, les corps d’artisans pour réclamer l’abolitiondes entraves au libre exercice des arts et métiers. C’est aux Champs-Elysées que se réunirent, le 5 octobre 1789, ces milliers de femmes dupeuple qui, sous la conduite du fameux Maillard, se portèrent à Ver-sailles. — A l’occasion de la fédération générale du 14 juillet 1790, laville de Paris y donna, le 18 du même mois, une fête brillante auxfédérés de tous les départements. — A l’époque de l’acceptation de laconstitution de 1791, la ville de Paris donna aux Champs-Elysées uneautre fête pour célébrer cet événement. — Le 30 juillet 1792, une rixesanglante s’engagea entre le bataillon des fédérés marseillais et lesgardes nationaux du bataillon des Filles-St-Thomas, qui furent mis enfuite et dont le commandant fut tué sur la place. Cette affaire fut leprélude de la célèbre journée du 10 août. Ce jour-là, une des faussespatrouilles organisées par la cour et par le commandant Mandat seprésenta aux Champs-Elysées, où se trouvait la garde nationale, sur la-quelle cette fausse patrouille lit feu. U en résultat un combat, à la suiteduquel plusieurs royalistes furent pris et conduits au corps de garde desFeuillants : six d’entre eux, au nombre desquels était le journaliste Su-leau, furent mis à mort par un tribunal populaire.— Après la mort deMarat, les jacobins et les Cordeliers lui élevèrent aux Champs-Elysées,en commun avec Lepelletier, un tombeau de verdure qui lut dévasténuitamment par les royalistes, restauré par un décret de la conventiondu 11 brumaire an n, et totalement détruit lors de la réaction thermi-dorienne par la jeunesse dorée.
Sous le règne de Napoléon, les Champs-Elysées furent aussi destinésaux grandes fêtes publiques. — Aux mauvais jours de 1814 et 1815,cette promenade devint le bivouac exclusif des Anglais, qui la dévastè-rent tellement qu’on fut obligé de la replanter en partie en 1818 et 1819.
C’est aux Champs-Elysées et dans les carrés adjacents à l’avenue deNeuilly qu’ont lieu les réjouissances publiques. Dans tout le cours del’année c’est le lieu de rendez-vous ou de passage des promeneurs quiparcourent l’avenue dans toute sa longueur ou qui se rendent au bois deBoulogne. Là se montrent eu passant, en courant, les amateurs de beauxchevaux et d’élégants équipages. Là se réunissent sur divers points lesplus forts joueurs de boule, de ballon, de paume. Les ouvriers y viennentjouer aux quilles et à d’autres jeux les dimanches et les lundis. On yvoit en tous temps des cafés, des estaminets, des restaurants, des sallesde danses et de concerts, des jeux d’escarpolette, des dynamomètres,des balances, où l’on peut constater les forces de son poignet et le poidsde son corps. On y rencontre des escamoteurs, des physiciens, des ba-ladins et des charlatans de toute espèce ; on y entend une musiqueenragée, des chanteurs français, allemands et italiens. — Par un soleilde printemps, toute l’histoire de Paris passe aux Champs-Elysées sousles yeux de l’observateur. Sur les bas côtés de la promenade, pendantque la foule plébéienne se presse autour de quelques bateleurs, on voit sepromener le grave bourgeois, quelques jeunes femmes malades, quelquesvieillards qu’on réchauffe sous celte favorable influence, et les enfants
qui se disputent les voitures traînées par les chèvres. Mais sur le milieude la chaussée, c’est le monde opulent qui court avec une rapiditéimage fidèle de ses destinées. D’abord on voit défiler les équipages di-plomatiques, que suivent ordinairement ceux de la banque ; puis vien-nent les attelages fringants, les élégants cavaliers, les antiques et lourdséquipages ; les voitures de place numérotées, de toutes les formes et detoutes les dimensions, qui roulent la moyenne propriété, qu’on n’a pasencore déshéritée de sa part du soleil. Dans quelques carrosses vieux etsans valets se promènent des souffrances et des regrets. Les omnibus,ces tyrans de la voie publique, transportent les individus de toutesles classes que réclament le plaisir, le travail ou les affaires. La char-rette ne s’émeut pas du luxe qui l’entoure ; la carriole du campagnard,orgueilleuse comme on l’est au village, ne cède point sa part à la voiturearmoriée. Enfin les tilburys, les briskas conduisent le plus joyeuse-ment du monde des jeunes gens, dont les Champs-Elysées et le bois deBoulogne ne sont fort souvent que la première étape du château deleurs pères à la prison de Clicliy.
C’est aux Champs-Elysées qu’a lieu la promenade dite de Longchamps,dont l’origine remonte au temps où les Parisiens allaient eu foule pen-dant les mercredi, jeudi et vendredi de la semaine sainte, entendre leschants religieux des fdles de l’abbaye de Longchamps. Plus tard, lesvoix mélodieuses des acteurs et des actrices de l’Opéra, qui venaientchanter aux ténèbres, y attirèrent un concours immense de spectateurs.L’abbaye de Longchamps disparut en 1790, et la promenade fut inter-rompue pendant tout le cours de la révolution ; mais elle reprit unenouvelle activité à l’avénement au trône de Napoléon; elle attire encorede nos jours la foule, selon que le temps est plus ou moins favorable,
Cette belle promenade est pleine de périodes brillantes et de curieusesanecdotes, entre lesquelles nous choisirons la suivante : « Un soird’une belle journée d’été, Martin de l’Opéra-Comique, Lafont le cé-bre violoniste et la belle M mc B..., après avoir fait plusieurs tours dansla principale allée, s’arrêtèrent devant un pauvre vieil aveugle quijouait du violon depuis deux heures sans avoir reçu la moindre aumône :les trois artistes prirent en pitié leur infortuné confrère. Lafôpt lui em-prunta son violon et accompagna Martin, qui chanta ses plus beaux airs.La foule accourut, et M“" B... fit la recette, qui fut assez abondantepour que le vieillard fut à l’abri du besoin pour le reste de ses jours. »
Les Champs-Elysées, qui faisaient autrefois partie du domaine de lacouronne, furent réunis au domaine national en 1792. Us ont été con-cédés à titre de propriété à la ville de Paris en 1828, ainsi que la placede la Concorde. Enl838 et 1839, la ville y afait établir cinq fontaines,et a concédé pour trente-six années à plusieurs particuliers dix empla-cements, à la charge d’y construire des pavillons qui ont été exécutésd’après les plans fournis par l’administration. 11 y a en outre une vasterotonde construite pour un panorama, et un magnifique cirque occupépendant l’été par le Cirque olympique.
Place de la Concorde. Elle est située entre le jardin des Tuile-ries , le pont de la Concorde , le Cours-la-Reine , les Champs-Elyséeset la rue Royale-St-Honoré. La partie gauche de cette place, à partir dupont de la Concorde jusqu’à la rue Royale, est seule du quartier desChamps-Elysées, et il n’y a qu’une série de numéros pairs, de 4 à 10, quisont sur la paroisse de la Madeleine. La partie droite est du quartierdes Tuileries.
Cette place, considérée sous le rapport de l’architecture monumenta-tale, et comparée à celles dont nous aurons occasion de parler, est peut-être moins une place proprement dite, qu’un vaste emplacement quisépare dans un sens le jardin des Tuileries des Champs-Elysées, et dansun autre le faubourg St-Honoré du faubourg Sl-Germain. En 1748, laville de Paris ayant décidé de faire élever une statue équestre àLouis XV, on choisit l’esplanade entourée de fossés qui séparait alors lesChamps-Elysées du jardin des Tuileries pour l’édification de ce monu-ment. Cet emplacement était, à la fin du xvT siècle, hors de l’enceinte dede Paris ; on y pénétrait par le pont tournant du jardin des Tuileries, laporte St-Honoré, la porte de la Conférence et les Champs-Elysées; en 1748il servait de magasin aux marbres, situé alors où est aujourd’hui l’abreu-voir ; deux grands égouts découverts en traversaient les deux extrémi-