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VILLE DE PARIS. — PREMIER ARRONDISSEMENT. — N° 2. QUARTIER DES CHAMPS-ELYSEES.
dans un état voisin de la misère, ayant été obligé de vendre sa biblio-thèque pour vivre !
Au n° 89 est le jardin Mabille, où affluent dans la belle saison leslions et les lorrettes qui tiennent un rang intermédiaire entre les habi-tués du Ranelagh et ceux de la Grande-Chaumière.
Rue d’Angoulême, n° 2, est un hôtel que le comte d’Artois a faitbâtir pour M lle Contât, qui l’a habité jusqu’à l’époque de son mariageavec M. de Parny. En 1809, le comle Mareschalchi, chargé d’affaireset ministre des affaires étrangères du royaume d’Italie, a demeuré danscet hôtel pendant tout le cours de son séjour à Paris. Il y donna (en1809) à l’empereur Napoléon, une des plus magnifiques fêtes de l’em-pire, où l’on en donnait de si belles. Le bal masqué, qui le disputait enmagnificence aux plus admirables bals de Venise, fut ouvert par unquadrille dansé sur une toile à carreaux figurant un jeux d’échecs :M n,e de Barras et M me la duchesse de Bassano étaient les deux reines ;les seize pions étaient figurés par seize jeunes femmes, parmi lesquelleson remarquait la reine de Naples, la princesse de Neufchâtel, la du-chesse d’Àbrantès, M me Regnauld de Sl-Jean-d’Angely, M' 1 '* Duchâtel,la duchesse de Rovigo, M lle Colbert,'la princesse de Ponte-Corvo,M me de Couizy, et plusieurs autres ; les rois, les cavaliers, les tours etles faces étaient représentés par MM. de Beausset, de Brigode, Anatoleet Eugène de Montesquiou, de Septeuil, Jules et Ernest de Canouville,Fritz Portalès, de Ponte, etc.— M. de Flahaut, un des beaux de l’empire(le mot lion n’était pas encore employé), habitait cet hôtel en 1843.
Rue neuve de Berry, n° 12, demeurait en 1831 la comtesse deGenlis dont on connaît le goût pour les déménagements, et à la-quelle M. d’Ormensenne demandait un jour très-sérieusement : « Oùlogez-vous cette semaine, madame? » Fille d’un gentilhomme de pro-vince ruiné, elle vint à Paris à l’âge de seize ans, où une jolie figure,une bonne éducation et un talent remarquable sur la harpe la lancèrentdans le monde. Par l’entremise de sa tante , M Q,e de Montesson, épousedu duc d’Orléans, M n,e de Genlis devint gouverneur-gouvernantedes enfants du duc de Chartres, charge qui prêta à mille quolibets ou-trageants : la correspondance de Grimm et les Mémoires de Bachau-mont sont remplis d’anecdotes où elle est traitée avec une sévérité quesa qualité de femme nous interdit de rapporter. Nous citerons seulementles vers suivants, dont on multiplia des copies à cette époque :
Aujourd’hui prude, hier galante,
Tour à tour folle et docteur,
Genlis, douce gouvernante,
Deviendra dur gouverneur.
Et toujours femme charmante,
Saura remplir son destin:
On peut Lien être pédante,
Sans cesser d’être c....
Lorsque le duc de Chartres l’instilua gouverneur des princes ses en-fants, et qu’il fut suivant l’usage prendre les ordres du roi à cetégard. Louis XVI lui dit : « J’ai un dauphin ; Madame pourrait êtregrosse, le comte d’Artois a plusieurs princes... vous pouvez faire ceque'vous voudrez, » et lui tourna le dos.—Madame ne fut pas grosse ;les fils du comte d’Artois fureDt évincés de la couronne, et l’élève dela gouvernante est monté sur le trône.
Quai de Billy, n° 4, est la pompe a feu dite de Chaillot, machinehydraulique à vapeur , construite par MM. Perier frères ; elle ali-mente d’eau tout le quartier nord-ouest de Paris.
Au n° 6 habitait en l’an xii Georges Cadoudal , qui y cacha pen-dant quelque temps le comte Armand de Polignac. C’est aussi danscette maison que Pichegru et le général Moreau se réunirent à GeorgesCadoudal, pour concerter le renversement du gouvernement consulaire.
Au n° 22 est le depot des marbres indigènes et exotiques desti-nés à l’exécution des travaux ordonnés par le gouvernement.
Au n° 30 était la manufacture royale des tapis de la couronne,connue sous le nom de la Savonnerie, parce que le local où elle futétablie était jadis affecté à une savonnerie. Cette manufacture , qui futpendant longtemps un des établissements industriels les plus importantsde Paris, fut établie pour imiter les tapis de Perse, sous le règne de
Henri IV, en faveur de Pierre Dupont, qui en avait conçu l’idée et quien eut la direction , et auquel Simon Lourdet succéda en 1626 ; l’un etl’autre réussirent, si parfaitement dans la fabrication des tapis de pied,qu’ils obtinrent des lettres de noblesse. Sous le ministère Colbert, lamanufacture de la Savonnerie reçut une nouvelle organisation. Aban-donnée ensuite momentanément, elle reprit une nouvelle activité en1713, époque où le duc d’Antin en fit restaurer les bâtiments. Cettemanufacture a été réunie récemment à la manufacture royale de tapis-serie des Gobelins.
Attenant la manufacture de la Savonnerie était une chapelle sousl’invocation de St-Nicolas , sur la porte de laquelle on lisait l’inscrip-tion suivante, qui indique l’objet de cette pieuse fondation :
La trés-angnste Marie de Médicis,mère du roi Louis XIII,
pour avoir , par sa vharitable magnificence, des couronnesau ciel comme en la terre, par ses mérites , a éiahlice lieu de charité, pour y être reçus, alimentés,entretenus et instruits, les enfants tirés des liôj îtanxdes pauvres enfermés; le tout a la gloire de Dieu,l’an de grâce i6i5.
Lors des massacres de la Sl-Barthélemy un amas immense de corpsmorts fut enseveli dans la Seine, qui en rejeta dix-huit cents sur lequai de Billy (alors quai des Bons-Hommes), où le prévôt des mar-chands les fit couvrir à la hâte d’un peu de terre.
Sur les hauteurs qui s’élèvent au-dessus du quai de Billy était U*couvent des Bons-Hommes. Au xiv e siècle les ducs de Bretagnq possé-daient une maison de plaisance sur l’emplacement même de l’ancienvillage deNijon , dont elle avait conservé le nom. En 1496 celte mai-son, à laquelle avait été réuni l’hôtel de Ceusy et les terrains environ-nants, contenant sept arpents entourés de murs, fut destinée par lareine Anne de Bretagne, femme de Charles VIII, à l’établissement d’uncouvent de minimes, appelés communément les Bons Hommes , parcequ’à la cour de Louis XI on donnait le nom de bon homme à saintFrançois de Paule, fondateur des minimes : ce fut le premier couventque cet ordre posséda dans les environs de Paris. La reine y fit bâtirune église sous le nom de Noire-Dame de Tontes-Grâces, qui ne futentièrement achevée que sous le règne de François I er . Cette église,bâtie dans une belle position, sur une terrasse élevée , renfermait plu-sieurs tombes remarquables, parmi lesquelles était celle de Françoise de"Veyne, veuve du chancelier Duprat, et celle du maréchal deRantzau.Le fronton du portail était orné de trois figures dont les attitudes n’é-taient rien moins que pieuses. Le monastère des Bons-Hommes étaitdans une des plus belles positions des environs de Paris ; les jardins ,d’où l’on jouissait d’une vue magnifique, étaient bien plantés et dis-posés en terrasses, qui s’étendaient jusqu’au bord de la Seine; ilsétaient renommés par l’abondance et par la qualité des fruits qu’ilsproduisaient. Le monastère des Bons-Hommes fut supprimé en 1790 etvendu comme propriété nationale ; une partie des vastes bâtiments futaffectée à une filature de coton; le surplus a été démoli. Le mur d’en-ceinte, depuis la barrière de Frankliu et le mur qu’on longe à droite .un peu après le pont d’Iéna, en allant à la barrière de Passy , formaitdu côté de l’est, et du côté de la rivière, la clôture du monastère, dontl’emplacement se trouve en dehors des murs de Paris.
Çhaillot. On désigne sous ce nom un village très-ancien, qui exis-tait déjà du temps des rois de la première race sous le nom de Nhnio,dont plus tard on a fait Nijon. Chaillot, cité pour la première fois dansun acte du xi c siècle, porta successivement les noms de Caleio y Callevio ,Challoio , Challoel , ChaiUiau et enfin Chaillot. Ce village fut de bonneheure érigé en paroisse ; en 1097 la cure était à la nomination du prieurde St-Martin-des-Champs. A différentes époques, il s’y établit plusieurscommunautés religieuses, dont les plus célèbres furent les minimes,connus sous le nom de Bons-Hommes de Chaillot, et les religieuses dela Visitation de Ste-Marie.
Chaillot était une seigneurie avec haute, moyenne et basse justice,qui fit retour au domaine de la couronne en 1450, et dont Louis XIdisposa en 1472 en faveur de Philippe de Comines. Plus tard la haute