VILLE DE PARIS. — DEUXIEME ARRONDISSEMENT. — N” o. QUARTIER DU PALAIS-ROYAL.
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monument consacré à Molière, et inauguré le 15 janvier 1844. — Surle soubassement s’élève un ordre corinthien accouplé, au centre duquelest une niche circulaire ornée dans sa partie supérieure d’une clef por-tant une table de marbre où est inscrit le monogramme de 1844. Unriche entablement dont la frise est ornée de mascarons et de branchesde laurier, surmonté d’un fronton circulaire, au centre duquel est assisun génie qui couronne le poète, termine ce petit monument. Les lignesdes faces latérales viennent se raccorder à celle de la façade principale,qui forme, pour ainsi dire, le frontispice au-devant duquel s’élève lepiédestal en marbre blanc, portant la figure de Molière. Cette figure esteii bronze et assise dans un fauteuil. — Au-dessous et de chaque côtédu piédestal sont deux figures dont le regard se dirige vers le poète ;elles portent chacune une légende où se trouvent inscrites, par ordrechronologique, toutes les pièces de Molière. L’une est la muse grave,l’antre la muse enjouée, double expression du talent comique de Mo-lière. Un bassin octogone est au bas, et reçoit l’eau qui jaillit de troistètes de lion.
Le monument a 16 m. de haut sur 6 m. 50 c. de large; il a été com-posé par M. Yisconti, architecte: la statue de Molière est de M. Seuraîné, et les deux muses, de M. Pradier. — Deux bornes, placées à 2 m.de distance au-devant du bassin, sont destinées au service des porteursd’eau, afin que la vasque ne reçoive aucune atteinte.
Au n° 34 est la maison où est mort Molière. On sait que, s’étanttrouvé mal pendant la quatrième représentation du Malade imaginaire,il fut porté chez lui dans sa chaise, du Palais-Royal à sa maison. Uninstant après son arrivée, il lui prit une forte toux, et après avoir crachébeaucoup de sang il demanda de la lumière. Baron, qui ne l’avait pasquitté, voyant le sang qu’il venait de rendre, descendit pour dire à lafemme de Molière de monter. Molière resta assisté de deux sœurs religieu-ses qui venaient ordinairement quêter pendant le carême et auxquelles ildonnait l’hospitalité. Elles lui donnèrent à ce dernier moment de la vietous les secours édifiants qu’on pouvait attendre de leur charité. QuandBaron et la femme de Molière remontèrent, ils le trouvèrent mort. C’é-tait le vendredi 17 février 1673, à dix heures du soir. Molière avaitcinquante et un ans un mois et deux ou trois jours. Le curé de St-Eus-taclie, sa paroisse, lui refusa la sépulture ecclésiastique. Toutefois ilfut décidé qu’on accorderait un peu de terre, mais que le corps s’enirait directement, et sans être présenté à l’église. Le 21 février au soir,le corps, accompagné de deux ecclésiastiques, fut porté au cimetièreSt-Joseph , rue Montmartre. Deux cents personnes environ suivaient,tenant chacune un flambeau ; il ne se chanta aucun chant funèbre. Dansla journée même des obsèques, la foule, toujours fanatique, s’était as-semblée autour de la maison mortuaire avec des apparences hostiles : onla dissipa en lui jetant de l’argent.
On a placé sur la façade principale de cette maison, à l’origine dusecond étage, un très-beau cadre en marbre blanc, au milieu duquel onlit, sur un fond noir, écrit en lettres d’or :
MOLIÈRE EST MORT DANS CETTE MAISON,
LE 17 FÉVRIER 1673,
A l’agb DE CINQUANTE ET UN ANS.
Cette inscription est surmontée du millésime 1844, encadrée dans unecouronne de laurier.
VARIETES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES.
Le Palais-Royal. La renommée du Palais-Royal est universelle ;c’est le premier endroit où se rendent l’habitant de la province ou l’é-tranger à leur arrivée dans la capitale. Tout ce qui n’a point à Parisune existence régulière vient se fondre et faire nombre parmi le public ispécial du Palais-Royal, qui fréquente de préférence l’allée dite de laRotonde : l’observateur y reconnaît pêle-mêle les étrangers de tous lespays, les voyageurs de tous les départements, les célibataires, les étu-diants, les réfugiés, les officiers en congé ou à demi-solde, les intrigants,les agitateurs politiques, enfin, quiconque attend du hasard et d’unerencontre heureuse un repas, une entrée au spectacle ou une soiréeagréable. On imagine facilement de quelles rencontres imprévues et hi- !
zarres la Rotonde doit être le théâtre. Combien de fois, sous l’empire elmême sous la restauration, n’a-t-on pas vu des frères d’armes, l’un re-venant d’Espagne et l’autre de la Russie, se retrouver à la Rotonde, ets’y presser les mains en roulant des larmes dans leurs paupières ! Nouspourrions citer les noms de deux personnes qui, au moment de se sépa-rer à Pondichéry, se donnèrent rendez-vous à trois ans de là, jour etheure fixes, à la Rotonde, et eurent le bonheur, au jour et à l’heureindiqués, de se précipiter dans les bras l’un de l’autre. On part pourfaire le tour du monde, et l’on se retrouve à la Rotonde. Que de milliersde gens, si on la supprimait, resteraient souvent la bouche béante aumoment d’indiquer un rendez-vous! — Le rendez-vous annuel des co-médiens, qui viennent à Paris après l’expiration de l’année théâtrale,durant la quinzaine de Pâques, rendez-vous qui était jadis au café Tou-chard, rue de l’Arbre-Sec, est maintenant dans le jardin du Palais-Royal, dans l’allée à droite, en entrant par le perron, dans le bas etvis-à-vis du café de Foy : c’est là qu’ils tiennent leurs assises, et c’est làaussi que, en dépit de tous leurs efforts pour se parer d’allures fraîcheset élégantes, on retrouve encore chez eux le type primitif, celui queScarron a pris sur le fait, celui que Lesage a peint avec tant de verve etde bonheur. À leur arrivée à Paris, ils choisissent bravement ce qu’il ya de plus beau dans leur garde-robe pour se Montrer à leurs camaradeset donner une brillante opinion de leur position. On les reconnaît tousd’abord à ces toilettes étranges; l’un porte une polonaise fourrée à bran-debourgs sans tenir compte du soleil de mai ; celui-ci a choisi les couleursles plus tendres, c’est son costume des amours élégants ; celui-là a revêtusa redingote des jeunes officiers et un pantalon militaire; tous ont unecoquetterie bizarre que, de la meilleure foi du monde, ils prennent pourdu goût et dont ils n’aperçoivent pas les travers. Us se saluent, s’ap-pellent à haute voix, courent bruyamment, forment debout ou assis desgroupes qui régnent tyranniquement dans les allées, et dans lesquelschacun expose ses aflaires avec une franchise dont personne ne douteraitsans le maudit accent qui trahit l’origine de presque tous les orateurs.Les femmes ne se montrent presque pas dans ces groupes, où on ne lesaperçoit que de loin eu loin. Quelques-unes tiennent leur cour sur la pre-mière rangée de chaises et sont entourées d’hommages dont elles pa-raissent assez vaines, quoiqu’elles sachent à quoi s’en tenir. À l'heuredu dîner, les comédiens s’éloignent un à un de ce centre d’attraction ;les dames restent seules un peu désappointées, mais une heure après lerepas elles ont le plaisir de voir revenir leurs adorateurs. — Cette grèvedes comédiens, qui se tient tous les ans à Paris dans le jardin du Palais-Royal, dure environ six semaines; le premier mois est joyeux et abon-dant : c’est le mois des avances ; l’iudigence, l’oisiveté et la faim rendentlongs et amers les quinze derniers jours.
Les Galeries du Palais-Royal. — Les galeries du Palais-Royalforment le plus maguifique bazar du monde. Elles sont garnies de bouti-ques brillantes où l’on trouve rassemblé tout ce que l’on peut inventer deplus recherché pour le luxe, la sensualité et les plaisirs. L’étranger, arri-vant à Paris, peut en quelques heures y trouver tout ce qu’il faut pour mon-ter complètement sa maison dans le dernier goût : les magasins y sont rem-plis des étoffes el des vêtements les plus nouveaux, d’argenterie, de bijoux,de modes, de chefs-d’œuvre d’horlogerie, de tableaux, de porcelaines, etd’une innombrable multitude d’autres objets de luxe en tout genre ; desbureaux de change de monnaies facilitent à l’étranger les moyens d’es-compter le papier-monnaie de toutes les places de l’Europe; les pâtissierset les confiseurs y sollicitent les friands par leurs excellentes pâtisse-ries et leurs délicieuses sucreries ; chez les marchands de comestiblessont rassemblées les gourmandises de tous les climats ; les cafés sontsans contredit les plus brillants, les mieux fournis et les plus fréquentésdu monde entier.
Le club de Boston ou des Américains fut établi au Palais-Royal en1785 ; il s’en établit ensuite plusieurs autres sous les noms de club desOrcades, 'club des Etrangers, club delà Société olympique, etc. Toutesces sociétés furent dissoutes par ordonnance en 1789.
Bonneville, auteur de VEsprit des religions, fonda en 1789, au cir-que du Palais-Royal, le club du Cercle social ou Bouche de fer, quiexerça à cette époque une grande influence sur les événements.