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VILLE DE PARIS. — DEUXIÈME ARRONDISSEMENT. — N° 7. QUARTIER FEYDEAU.
Juillet, si naturel sur la scène, si honnête, si bourru, si brusquementbonhomme dans ses relations sociales ; Chenard, gai à soixante anscomme il l’avait été à trente ; Martin, qui hasardait rarement sa voixprécieuse dans la discussion; Nicolo, mort jeune épuisé d’amour et demélodie ; le gai et spirituel Brazier ; la mère Gontier, bonne, naturelle,faisant en scène le signe de la croix avant de chanter un air dont elle sedéfiait ; M me Belmont, spirituelle autant que M u,e Gavaudan. Eufin Gon-tier, Ponchard, Chérubini, Elleviou, Darboville, Nanteuil, Etienne,Capelie, Bertou, Carie Vernet, Talma, Bouilly, Boïeldieu, Picard,Alexandre Duval, Picot, Aubert, Hérold, Chollet, Vicentini, Planard,Panseron, Fétis, Scribe, etc., et M mcs Rigaud (M llc Palar), Pradber(M Ue Môre), Régnault, Boulanger, Duret, Jenny Colon, Desbrosses, ettant d’autres... Jours de ces réunions délicieuses, qu’ètes-vpus deve-nus? Mais ou sont les neiges d’autan? »
Un péristyle de six colonnes ioniques forme la façade du théâtre del’Opéra-Comique : les proportions en sont mâles, et l’artiste s’est abstenud’y introduire aucun ornement de sculpture. Un acrotère lisse couronnele dessus de l’entablement, et les joints horizontaux de l’appareil sont laseule richesse qui décore le mur du fond, percé de baies carrées au rez-de-chaussée, et cintrées en arcades au premier étage. La place sur la-quelle donne cette façade est régulièrement bâtie.
Le théâtre royal Italien , situé rue Marsollier. Ce théâtre, quiporta dans l’origine le nom de salle Ventadour, a été construit pouri’Opéra-Comique quand le théâtre Feydeau dut être détruit. L’Opéra-Comique occupa cette salle peu de temps ; il la quitta pour la salle de laBourse, qu’il abandonna pour aller définitivement fixer son domicile àl’ancienne salle Favart, sur le boulevard des Italiens. La salle Ventadourservit ensuite à des concerts historiques, à des bals ; un théâtre nautiquey fut installé, et ne s’y soutint pas longtemps. Plus tard, la jeune litté-rature fit de grands efforts pour y fonder un théâtre dit de la Renaissance,alimenté par des pièces de sa fabrique, qui n’attirèrent pas longtemps lafoule. La salle Ventadour est aujourd’hui affectée aux représentations desacteurs italiens depuis le 1 e *' octobre jusqu’au 31 mars.
La façade principale de ce théâtre présente une rangée de neuf arcadescouronnées par un altique. Un portique formé par ces arcades conduit àun vestibule d’où l’on monte au théâtre, qui est de forme semi-circulaire.
Le théâtre des Variétés, situé boulevard Montmartre, n os 5 et 7.En 1806, les acteurs des Variétés, ayant été forcés de quitter le théâtreMontansier au Palais-Royal, se réfugièrent au théâtre de la Cité, pen-dant qu’on leur construisait sur le boulevard Montmartre la salle où ilssont encore aujourd’hui. Ce théâtre s’ouvrit, le 24 juin 1807, par unprologue de MM. Désaugiers, Moreau et Francis, intitulé le Panoramade Momus. Dès les premiers jours la foule se porta aux Variétés; etdepuis lors ce théâtre a presque constamment joui d’une vogue sanségale. Au nombre des acteurs qui ont le plus contribué aux plaisirs dupublic, les principaux sont : Brunet, Tiercelin, Potier, Vernet, Le-peintre aîné, Bosquier, Gavaudan, Frédéric Lemaître, Odry, Arnal,M“ e * Vautrin, Elomire, Pauline, Cuisot, Jenny Vertpré, etc., etc. Pres-que tous les auteurs dramatiques en réputation ont contribué à la dota-tion du nombreux répertoire de ce théâtre. — La façade de ce théâtreest décorée de deux rangées de colonnes d’ordre dorique et ionique, cou-ronnées d’un fronton. Le rez-de-chaussée présente un vestibule dans le-quel sont deux escaliers conduisant aux premières loges et au foyer. Lasalle est à peu près circulaire.
Le théâtre du Vaudeville, situé place de la Bourse. En 1826,M. Bérard, ancien directeur du Vaudeville, qui avait obtenu du ministrede l’intérieur Corbière le privilège d’un nouveau théâtre, avec l’autori-sation de le bâtir là où il voudrait, s’associa avec M. Langlois, riche ca-pitaliste, possesseur d’une partie des bâtiments du passage Feydeau. Surune partie de l’emplacement de ce passage, ils firent construire une joliesalle de spectacle, flanquée à droite et à gauche de fort belles maisonsavec des boutiques élégantes. La salle et les dépendances ont coûté troismillions quatre cent soixante-sept mille francs ; le tout a été revendu, en1833, un million cent mille francs. Le théâtre prit le nom de théâtredes Nouveautés; l’ouverture eut lieu, le 1 er mars 1827, par Quinze et
Vingt ans, vaudeville en deux actes. Après une alternative de quelquesbeaux jours auxquels succédèrent un plus grand nombre de mauvais, lethéâtre des Nouveautés fut fermé le 15 février 1832. Au mois de sep-tembre de la même année, l’Opéra-Comique, qui venait de déserter lasalle Ventadour, vint débuter au théâtre de la place de la Bourse, où ilenregistra plusieurs beaux succès. Lors du retour de ce spectacle à lasalle Favart, l’Opéra-Comique a cédé la place au théâtre du Vaudeville.(Voyez page précédente.)
La fontaine Richelieu, située place Richelieu, à l’endroit où étaitla salle de spectacle construite, eu 1793, par M lle Montansier, et dé-molie après l’assassinat du duc de Berry, en 1820. Elle se composed’un vaste bassin de pierre de forme circulaire, avec un piédestal ornéde bas - reliefs en bronze, supportant un bassin de bronze garni degueules qui rejettent l’eau, au centre duquel sont quatre figures de bronzegroupées ensemble, représentant la Seine, la Saône, la Loire et la Ga-ronne, supportant uue vasque d’où sort le jet principal dont l’eau des-cend en plusieurs filets dans le premier bassin.
La fontaine d’Antin, construite, en 1712, carrefour Gaillon, entreles rues de la Michodière et Port-Mahon. Elle est décorée de deux co-lonnes d’ordre dorique, dont l’attique est chargé de sculpture.
VARIETES HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES.
Rue Neuve St-Augustin. A l’endroit où débouche aujourd’hui larue d’Antin était l’entrée de l’hôtel de Richelieu, ci-devant hôtel d’An-tin, construit sur les dessins de Pierre Levée, eu 1707, pour un fameux; agent d’affaires nommé la Cour des Chiens. Cet hôtel fut acheté en 1713! par le duc d’Antin. En 1737 il devint la propriété du maréchal de Riche-| lieu, qui v fit faire de nombreux embellissements. Les jardins s’étendaientj jusqu’au boulevard, et l’on voit encore au coin de la rue Louis-le-Grandi la façade semi-circulaire d’une maison qui faisait partie de ce fameuxpavillon de Hanovre, théâtre ordinaire des orgies du maréchal de Ri-chelieu. On sait que cet atroce libertin, imbu d’un orgueil nobiliaire quile rendait capable de la plus froide cruauté envers qui n’était pas de sacaste, fit enfermer à Bicêtre une femme du peuple qui se plaignait queson mari avait été battu jusqu’à mort d’homme par les gens du due deRichelieu. Une autre fois il fit incarcérer au Fort-l’Evêque un de ses va-lets de chambre à qui une jolie ouvrière avait donné sur lui la préfé-rence, et fit mettre pour six mois cette fille à l’hôpital, pour la punir,disait-il, de préférer un valet à un grand seigneur. A seize ans, il avaitdéveloppé, dans une intrigue avec l’infortunée dame Michelin, une atro-cité froide et monstrueuse à cet âge. Cependant, le croirait-on? Riche-lieu avait un tel charme pour se faire aimer, que la plupart des femmesqu’il a séduites lui sont restées constamment dévouées.—Le maréchal deRichelieu épousa dans la chapelle de cet hôtel le 15 février 1780, à l’âgede quatre-vingt-quatre ans, M me de Rooth qui n’en avait que vingt, età cette occasion il chassa tous les roués, tous les entremetteurs et toutesles coquines dont il avait été entouré jusqu’alors ; il est mort dans sonhôtel en 1788, à l’âge de quatre-vingt-douze ans. On sait qu’il eut unfils digne de lui dans le duc de Fronsac, qui n’ayant pu séduire par sonor et ses caresses une jeune personne qui vivait avec sa mère, dans ledélire de sa passion effrénée se rendit coupable de trois crimes à la foisdans une même nuit : l’incendie, le rapt et le viol !...
Pendant la révolution, l’hôtel de Richelieu fut loué à des entrepre-neurs de fêtes publiques. Ce fut le premier local où l’on donna des balsaprès la terreur ; on le nommai^ alors le bal des Victimes, nom qu’il par-tageait avec le bal Thélusson, et avec le bal qui avait lieu au Théâtre-Français , dont les acteurs étaient alors presque tous en prison ou dispersés.Sur l’emplacement du pavillon de Hanovre, le frère du comédien Juilletétablit en 1797 le premier jardin café où l’on donna des bals et des con-certs, qui deux ans après fut éclipsé par Frascati. — On a conservé lesouvenir d’une fête donnée au pavillon de Hanovre en 1798» en com-mémoration de la fédération du 14 juillet. Les femmes les plus belles etles plus riches de Paris s’y rendirent couvertes de diamants : on remar-quait surtout parmi elles mesdames Tallien et Beauharnais déjà mariée