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VILLE DE PARIS. — TROISIEME ARRONDISSEMENT. — N" 11. QUARTIER ST-EUSTACHE,
1637, sous le règne de Louis XIII ; c’est un morceau prodigieux, admi-rable d’architecture, admirable de forme, admirable par ses objets d’art.Immédiatement au-dessus de la galerie sont percées douze fenêtres cin-trées, garnies de vitraux précieux , représentant les Pères de l’Eglise;rieu n’est plus beau comme dessin, comme couleur : la majeure partieest du célèbre N. Pinagrier ; le reste est attribué à Désaugives et à Jeande Nogare. La nef est décorée de l’ancienne chaire à prêcher de l’églisemétropolitaine de Paris, arrivée là par suite des événements de la révo-lution. A la partie orientale , dans l’intérieur de l’église, est une crypteou chapelle souterraine dédiée à sainte Agnès. — Au chevet de l’égliseest la chapelle de la Vierge , ornée d’une statue en marbre blanc de lamère du Christ, placée au-dessus de l’autel ; elle a été exécutée par Pigalepour l’hôtel des Invalides. Les cotés sont ornés de grands bas-reliefs :la Présentation au temple, et Jésus-Christ prêchant dans le temple. Cetteéglise a été décorée en outre de deux autres bas-reliefs; l’un peint surmarbre blanc par Sauvage , et imitant le bronze, représente la Charité,la Moisson et la Vendange ; l’autre, eu simple pierre de liais, mais beau-coup plus précieux, offre Jésus-Christ au tombeau, par Daniel de Vol-terre.—Le buffet d’orgue, cjui provenait de l’ancienne abbaye St-Germain,a été remplacé en 1843 par un grand orgue reconstruit sur des propor-tions telles, que cet instrument était regardé comme le plus considérablequi existait eu Europe. Il conteuait six claviers complets, soixante-dix-huit registres, et environ six mille tuyaux ; il y avait dix-huit jeuxseulement pour les claviers de pédales, au nombre de deux. Une souffle-rie d’un nouveau système, des perfectionnements nombreux, faisaient decet orgue, qui a été incendié par accident en 1843, une des curiosités dela capitale. Ou s’occupe eu ce moment de la reconstruction de ce belinstrument.
Sous Louis XIII et au commencement du règne de Louis XIV, c’étaitun grand honneur d’être enterré dans les églises. St-Eustaehe paraît avoireu la vogue, car avant la révolution on y comptait près de cent pierrestumulaires. Parmi les plus célèbres personnages inhumés dans cetteéglise on cite : l’historien du Ilaillan ; les poètes Voiture et Benserade;le grammairien Vaugelas ; Lamothe-le-Vayer, le maréchal d’Aubussonde la Feuillade ; l’acteur Dominique, qui jouait les arlequins à la comédieitalienne ; le célèbre amiral de Tourville ; le grand Colbert, dont le mo-nument y a été replacé sous la restauration ; il est représenté à genouxsur un sarcophage de marbre noir, ayant devant lui un génie supportantun livre ouvert, et de chaque côté deux statues représentant la Religionet l’Abondance. On voit aussi dans celte église le tombeau du célèbreChevert, avec cette épitaphe :
Cl-git François Clu-vcrt, commandeur, grand-croix de l’ordre de Saint-Louis che-valier de l'Aigle hlanc de l’olognc, gouverneur de Givet et de Cliarlemont, lieutenantgémirai des armées du roi.
Sans aieux, sans fortune, sans ajipul, orphelin dès Tenfancc, il entra an service àl’âge de onze ans; il s’éleva, malgré l'envie, à forre de mérite; et chaque grade fut leprix d’une action d’éclat. Le seul titre de maréchal de France a manqué, non pas àsu gloire, mais a l’exemple de ceux qui le prendront pour modèle.
11 était nèà Verdun-sur-Meusele 2 février 1659 : il mourut à Paris le 24 janvier 1769.
Le corps de Mirabeau fut déposé dans cette église le 3 avril 1791, etl’éloge de cet orateur célèbre fut prononcé à St-Eustache par Cerutti ;mais le même soir il fut transféré dans la basilique de Ste-Geneviève,qui, en vertu d’un décret de l’assemblée nationale du 4 avril suivant,fut destinée à recevoir les cendres des grands hommes.
En 1793 la fête de la Raison fut célébrée d’une façon triviale danscette église, qui offrit à cette occasion le spectacle d’un grand cabaret.L’intérieur du chœur représentait un paysage décoré de chaumières, debouquets d’arbres, de rochers entre lesquels on avait pratiqué des sen-tiers conduisant à des bosquets mystérieux, où se réfugiaient de jeunesfilles poursuivies par leurs adorateurs. Autour du chœur étaient dresséesdes tables surchargées de bouteilles, de saucissons, de pâtés et de fruits.Les convives affluaient par toutes les portes, et quiconque se présentaitprenait part au festin. — C’est dans le charnier de St-Eustache que setenait le club des femmes, fondé par une jolie actrice nommée Lacombe,qui combattit avec courage à la journée du 10 août, et reçut une bles-sure au poignet. Elle présidait en bonnet rouge cette singulière société,qui fut dissoute par suite d’un discours prononcé aux Jacobins par Ro- ,
bespierre, qui fit sentir que cette sociélé de vraies sans-culottes, prêtaitau ridicule et aux propos malins.
Sous le directoire, les théopliilanthropes tenaient leurs séances àSt-Eustache, à des heures où le culte catholique n’était pas célébré.
A l’époque de la révolution de juillet, les corps de quarante-troisvictimes furent déposés dans les caveaux de cette église.
Le marché des Prouvaires, situé entre les rues des Prouvâmes,des Deux-Ecus et du Four-St-Honoré. Il consiste en quatre halles dis-posées au centre d’une vaste place. Il est spécialement destiné à la venteeu détail du gibier, de la volaille, de la viande de boucherie et du porcfrais.
L’hôtel des postes, situé rue Jean-Jacques-R.ousseau, n° 9. Au xVsiècle c’était une grande maison, qui avait pour enseigne l’image desaint Jacques, et que firent successivement reconstruire le duc d’Epernonet le contrôleur général d’Hervart. Le bâtiment actuel a été élevé parM. Fleurieu d’Armenonville et par le comte de Marville, son fils, quilui donnèrent le nom d’hôtel d’Armenonville. En 1757 cet hôtel futacheté par le roi, réparé et distribué convenablement pour y établir lesbureaux de l’administration générale des postes. Plus tard on a construitrue Coq-Héron, derrière l’hôtel d’Armenonville, un hôtel pour le direc-teur général des postes.
VARIÉTÉS HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES.
Rue de la Jussienne, n° 16, est I’hôtel Dotleix, qui porta plustard le nom d’HÔTEi, Dübarry, où demeurait en 1768 le sieur Perru-chot, régisseur général des armées du roi, directeur général du mono-pole des grains, flétri sous le nom de pacte de famine, dont le bureaucentral et la caisse étaient établis dans cet hôtel. Quatre intendants desfinances, Trudaine deMontigny, Boutin, Langlois etBoulongne, se par-tageaient les provinces et correspondaient avec les agents, les intendantsde chacune d’elles ; le lieutenant général de police s’était réservé l’ex-ploitation de la capitale, des environs et de la Brie ; le magasin généralétait à Corbeil, où l’on avait construit à cet effet de vastes magasins quiexistent encore.
Rue des Prouvaires. En 1476, Alphonse V, roi de Portugal, étantvenu en France pour y solliciter des secours contre le fils du roi d’Ara-gon, Louis XI le fit loger chez le bourgeois, dans un des hôtels les plusélégants de Paris situé rue des Prouvaires. — Cette rue était autrefoiscoupée par une espèce d’impasse ou de bâtiments en retraite, qui com-posaient l’hôtel de Longueuil, où René de Longueuil trouva (vers lemilieu du xvn” siècle) un ancien caveau dans lequel on découvrit qua-rante mille pièces d’or au coin de Charles IX, qui servirent à la cons-truction du château de Maisons.
Rue du Jour demeurait à l’époque de la révolution l’abbé PourART,curé de St-Eustache. Eu 1793, lorsque les membres du comité révolu-tionnaire de la section du Contrat-Social voulaient faire une orgie sansbourse délier, ils allaient trouver l’abbé Poupart, et le conduisaient à laRâpée ou dans une autre guinguette. Le curé, qui chérissait sa libertéet qui craignait beaucoup la mort, ne les refusait jamais, se prêtait àleur plaisanterie et payait partout. Cette complaisance lui procura l’a-vantage , inappréciable à cette époque, de mourir tranquillement dansson lit.
Aux n“ 21 et 23 était I’bôtel de Royaumont, bâti en 1613 parPli. Hurault, évêque de Chartres et abbé de Royaumont. Cet hôtel a étépendant deux ans le rendez-vous général des duellistes de Paris ; Fran-çois de Montmorency, comte de Boutteville, l’occupait alors, et lesbra-vaches'de la cour et de la ville s’y assemblaient les matins dans unesalle basse, où l’on trouvait toujours du pain et du vin sur une tabledressée exprès , et des ileurets pour escrimer. — Un des cabinets litté-raires les plus renommés de l’époque occupait cet hôtel en 1788.
Rue Jean-Jacques-Rousseau, n° 2 , demeurait vers la fin de savie l’illustre écrivain dont cette rue porte le nom, qu’il vint habiter à lafin de juin 1770. On ne peut lire sans intérêt le tableau qu’a tracé de