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Les quarante-huit quartiers de Paris : biographie historique et anecdotique des rues, des palais, des hôtels et des maisons de Paris / par Girault de Saint-Fargeau
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VILLE DE PARIS. QUATRIEME ARRONDISSEMENT.

N* 13. QUARTIER DES MARCHÉS.

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Le mardi de lannée 1511, les enfants sans-souci jouèrent aux Halles unepièce satirique dirigée contre le pape Jules II.

Depuis la destruction du cimetière jusquen 1813, la place des Inno-cents était garnie, dans certains jours spécialement affectés à la ventede divers objets, de quatre à cinq cents parasols peints en rouge, de4 à 5 m. de diamètre, formant chacun une boutique sous laquelle onvendait de la lingerie de hasard. Dans la partie de cette place qui porte' encore aujourdhui le nom de. rue aux Fers, il se tenait le matin un petitmarché de fleurs. Le marché des Innocents forme aujourdhui unevaste place de forme parallélogramme entourée dune galerie légèrese placent les marchands de légumes et de fruits en détail. Au centrede cette place sélève une des plus belles fontaines de Paris et lun desmonuments précieux de cette capitale, construite en 1551, sur les des-sins de Pierre Lescot ; elle est ornée de bas-reliefs et de figures dunegrande beauté, dus au ciseau du célèbre Jean Goujon. Ce monument a13 m. 65 c. de hauteur. Il se compose dun grand bassin carré, élevéau-dessus du sol de trois gradins ; au milieu de cebassin est un soubas-sement carré, qui supporte une construction quadrangulaire, percée surchaque face dune arcade dont les côtés sont ornés de pilastres corin-hieus cannelés. Entre les pilastres on voit une figure de naïade ; len-tablement, riche en ornements, est surmonté dun attique décoré debas-reliefs ; au-dessus de lattique est un fronton ; entre les quatrefrontons sélève une coupole recouverte en cuivre. Aux quatre anglesdu soubassement sont quatre figures de lions en plomb, et aux quatrefaçades quatre bassins en plomb et en saillie, destinés à recevoir leseaux supérieures.

Le quartier des Halles fut un de ceux lon se battit avec le plusde courage le 28 juillet 1830..La perte fut grande du côté des ci-toyens, dont le courage ne put résister au nombre des troupes quilsavaient à combattre ; mais, une colonne de patriotes étant arrivée à pro-pos, ou se rendit maître du champ de bataille. Cest que le jeuneSébire planta létendard national sur la fontaine des Innocents : mal-heureusement ce brave eut les deux jambes fracassées par une balle tiréepresque à bout portant. Près de lentrée du marché, du côté de larue de la Tonnellerie, les yeux sarrêtaient naguère sur une petite en-ceinte entourée de grilles ; au milieu était une colonne ornée de cou-ronnes dimmortelles fréquemment renouvelées. Cest que sonttombés et ont été inhumés soixante-dix combattants de juillet, dontles dépouilles mortelles ont été transportées sous la colonne de juilleten 1841.

VARIÉTÉS HISTORIQUES ET RIOGRAPHIQUES.

Dans la rue aux Fers était en 1763 le bureau de la communautédes crieurs de vieux fers, communauté établie en corps de jurande versle milieu du vu' siècle. Linstitution des crieurs est, comme on le voit,fort ancienne ; cest une des plus importantes de ces siècles reculés : caralors les marchands parisiens, pour débiter leurs denrées et leurs mar-chandises, navaient point les ressources de ceux du siècle actuel.Nayant ni journaux, ni affiches, ni écriteaux pour faire connaître cequils avaient à vendre et les nouveautés qui venaient de leur arriver,ils possédaient quun seul moyen de publicité, cétait de faire crierpar la ville les avis quils voulaient communiquer au public. Ce moyen,tout bourgeois lemployait pour avertir ses concitoyens de ce quil avaitintérêt à leur transmettre. Ainsi on criait les denrées, les décès, lesinvitations aux obsèques, les effets perdus, et une foule de choses pourlesquelles les petites et les grandes affiches suffisent aujourdhui. On liten effet dans une ordonnance de Charles VI de lan 1415 : « Aurontles dis crieurs pour crier corps, confrairies, huilles, oiugnons, pois,fèves, choses estranges, comme enfans, mules, chevaulx et toutes autreschoses qui appartiendront à crier en ladicte ville, tant par nuit que parjour, réserve, bûche et foing, v sols parisis, et pour crier vinaigre etverjus xvj deniers parisis. Et se cest aucune personne destat trespasséquil faille crier deux fois, ilz auront virj solz parisis. Et querrerout lesrobes et manteaulx, sarges et chapperons qui appartiendront à quérirpour les obsèques et funérailles, etc.»

Ce besoin de faire crier les avis dintérêt particulier avait donné lieu

à létablissement de la corporation des crieurs, et à ce quon appelait lescriages de Paris. Indépendamment des crieurs jurés, tons les objets depremière nécessité , tels que fruits, jardinages , lait, falourdes , co-trets, etc., etc., étaient colportés par la ville, et annoncés par un criparticulier, qui retentissait à chaque instant du jour dans les quartiers,et formait une publicité bruyante dont les dernières clameurs cessaientavec les cris des porteurs de falots, qui conduisaient le soir à leur de-meure les bourgeois attardés.

Rue St-Denis, entre les n 71 et 75, était la place Gastine, qui dutson nom à Philippe de Gastine, riche marchand de Paris, condamné pararrêt du parlement, avec son beau-frère Nicolas Croquet, pour avoir as-semblé secrètement ses coreligionnaires dans sa maison, ils célébraientleur culte. Ses biens furent confisqués, sa maison rasée, et sur le terrainquelle occupait on éleva une croix de pierre sur laquelle on avait re-présenté le triomphe du saint sacrement et les Pères de lEglise, a Lacroix de Gastines, dit une relation contemporaine insérée dans les Ar-chives curieuses de lhistoire de France (t. vu, p. 475), estoit une hautepyramide de pierre, ayant un crucifix au sommet, dorée et diaprée,avec un récit en lettres dor, sur le milieu, de ce que dessus, et desvers latins, le tout si confusément et obliquement déduit, que plusieursestimoyent que le composeur de ces vers et inscriptions (on dit que ces-tait Estieune Jodelle, poète françois, homme sans religion, et qui neutonc autre Dieu que le ventre), sestoit mocqué des catholiques et deshuguenots... Toutes les pièces de la pyramide furent transportées aucimetière Sainct-Innocent, le tout est demeuré debout, au grand prou-fit des prestres de ce lieu auxquels les biens vindrent en dormant, cestenuict-. » Cette translation ne sopéra pas toutefois sans obstacle: lapopulace sy opposa ouvertement; mais celte sédition fut promptementapaisée par le supplice duu vendeur doranges , qui fut pendu à unefenêtre de la maison la plus proche du lieu il avait été pris.

Place Ste-Opportune, n° 8, était léglise de ce nom, suppriméeen 1790, et démolie peu de temps après. Cette église renfermait uneespèce de cul de basse-fosse, des filles dévotes semprisonnaient vo-lontairement et faisaient vœu de nen sortir jamais. Le 5 octobre 1403,Agnès du Rochier, fdle dun riche marchand de Paris, qui demeuraitrue Thibautodé, se fit recluse dans cette église à lâge de dix-huit ans,et mourut dans sa cellule à quatre-vingt-dix-huit ans. On voit en-core quelques restes des murs du cloître Ste-Opportune et lancienpuits, rue de la Tabletterie, n° 9. Lentrée de léglise était rue delAiguillerie.

Rue de la Ferronnerie, et presque au coin de la rue de la Poterie,Henri IV fut assassiné par Ravaillac le 14 mai 1610 : « Il était sortidu Louvre en carrosse pour aller à larsenal, accompagné du duc deMontbazon, du duc dEpernon, du maréchal de Lavardiu, et nétait ac-compagné que duu petit nombre de gentilshommes à cheval et quelquesvalets de pied. Les portières étaient ouvertes de chaque côté, parce quilfaisait beau temps et que le roi voulait voir les préparatifs quon faisaitdans la ville à loccasion du couronnement de la reine. Son carrosse, enentrant de la rue St-Honoré dans celle de la Ferronnerie, trouva duncôté un chariot chargé de vin et de lautre un chargé de foin, lesquelsfaisant embarras, il fut contraint de sarrêter, à cause que la rue étaitfort étroite par les boutiques bâties contre la muraille du cimetière desInnocents. Lun des valets de pied savança pour détourner cet embar-ras, lorsquun nommé Ravaillac, qui avait eu le temps de remarquer lecôté était le roi, monta sur la roue du carrosse, et dun couteau tran-chant des deux côtés lui porta un coup entre la seconde et la troisièmecôte, un peu au-dessus du cœur, qui a fait que le roi sécria : Je suisblessé; mais lassassin, sans seffrayer, redoubla et frappa un second conpdans le cœur, dont le roi est mort sans avoir pu jeter quun grand sou-pir : ce second coup fut suivi dun troisième, qui ne porta que dans lamanche du duc de Montbazon. Lassassin fut arrêté sur la place, et lecarrosse reprit le chemin du LomreÇJournal de l'Etoile sous Henri IV,t. iv, p. 35).

On remarque, rue St-Honoré, n° 3, un buste de ce monarque et unetable en marbre noir sur laquelle on a gravé en lettres dor cette ins-cription

II