VILLE DE PARIS. — CINQUIÈME ARRONDISSEMENT.
N 8 18. QUARTIER DE LA PORTE ST-MARTIN.
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homme célèbre fut, par ordre de la cour, embaumée et envoyée, dit-on,à Rome en signe de triomphe. Charles IX en personne alla voir lecorps de l’amiral et ceux de Briquemaut et Cavagnes, pendus en Grèvecomme complices de l’amiral et exposés à Montfaucon.
Au nombre des autres individus fameux suppliciés à Montfaucondont l’histoire nous a conservé les noms, on trouve un Laurent Garnier,pendu à ce gibet par arrêt du parlement, pour avoir tué un collecteurdes failles. Après qu’il eut resté pendu un an et demi, sa mémoire futréhabilitée d’une manière assez singulière pour devoir être rapportée.Il fut détaché à la sollicitation de son frère. Son corps fut mis dans uncercueil et porté, avec tout l’appareil des pompes funèbres, par les ruesde Paris. De chaque côté douze hommes velus de deuil marchaient enprocession, torches et cierges en main. La marche était précédée parquatre crieurs, portant sur leurs dos les armoiries du défunt, faisantretentir leurs cloches, et criant par intervalle : « Bonnes gens dites vospatenostres pour l’àme de feu Laurent Garnier, en son vivant demeu-rant à Provins , qu’on a nouvellement trouvé mort sous un chêne :dites vos patenostres ; que Dieu bonne merci lui fasse. » Etienne Pas-quier remarque que tous ceux qui se sont mêlés de la construction desfourches de Montfaucon ont eu du malheur.
Parmi les supplices autrefois en usage il en est dont la barbarierévolte l’imagination, tels que celui d’enterrer vifs les criminels. Ce sup-plice était infligé sous le gibet de Montfaucon; les comptes de la pré-vôté de Paris mentionnent de semblables exécutions dans les années1440 et 1447. Une femme appelée Perrette Mauger, accusée de vol etde recel d’objets volés, ayant été reconnue coupable, fut condamnée àsouffrir mort et à esire enfouye toute vive devuant le gibet, ce quifut exécuté en 1460.
Toutes les exécutions se faisaient à Montfaucon avant qu’il fût per-mis de les faire dans les villes. Les patients y allaient à pied. On faisaitune pause d’environ une demi-heure dans la cour des Filles-Dieu , oùl’on mettait sur une table du pain et du vin, dont le patient pouvait user.
Une erreur populaire, adoptée par plusieurs auteurs, assigne l’inau-guration du gibet de Montfaucon au supplice d’Enguerrand de Marigny,pendu le 13 novembre 1314 au gibet que lui-même, dit-on, avait faitconstruire. Cette erreur a été refutée par M. de Lavillegille, dans sonécrit sur les anciennes fourches patibulaires de Montfaucon (in-8,1836), où il cite deux actes de 1233 et 1249, où il est fait mention dugibet de Montfaucon, dont il est aussi parlé dans le roman de Berte auxgrands pies 3 composé en 1270 ou 1274.
Depuis longtemps le gibet de Montfaucon n’existe plus. On désigneaujourd’hui sous ce nom un emplacement situé au delà de la barrière dela Villette couvert par une voirie où se font les opérations d’équarrissageet le dépôt des immondices de Paris ; véritable lieu d’horreurs et dedégoût, dont les habitants des faubourgs St-Denis et St-Martin ainsi queceux de la commune de la Villette demandent depuis longtemps et avecraison la translation à une plus grande distance de Paris.
Rue de Bondy, n° 48, au coin de la rue de Lancry, un artificieritalien, nommé Torré, ouvrit eu 1764 un vaste théâtre sur lequel ildonnait des pantomimes où les feux d’artifice jouaient un grand rôle.L’une de ces pièces, les Forges de Vulcain , eut le privilège d’attirer lafoule en 1766. Deux ans après, Torré obtint le privilège de donner desbals et des fêtes foraines, où des bouffons jouaient des farces et chan-taient des ariettes italiennes. En 1769 ce théâtre fut reconstruit et reçutle nom de Wauxhall d’été. En 1782, ce Wauxhall, connu sous le nomdes Fêtes de Tempe , avait une vogue merveilleuse. C’était une espèce debourse de l’amour où se concluaient les marchés de galanterie, et où seproduisaient les effets commerciables en ce genre; ceux qui cher-chaient ou qui avaient des offres à faire y trouvaient des vendeurs et desacquéreurs de toute espèce. C’est là que le prince de Soubise fit l’acqui-sition d’une fort jolie fille, nièce de M lle Lanv, qui fut longtemps samaîtresse.
A côté du théâtre de Torré un sieur de l’Ecluse fit bâtir, eu 1779,un petit théâtre en bois, qui ouvrit le 12 avril par le Jugement deParis, et auquel l’Ecluse donna le nom de Théâtre des Variétés-Amu-santes. Plus tard ce théâtre ne put se soutenir et fut démoli. Vers 1789
de nouveaux administrateurs firent reconstruire une jolie salle, petite etcommode, qui reçut le nom de Théâtre français comique et lyrique :on y jouait la comédie, l’opéra et des drames, dont quelques-uns obtin-rent du succès ; mais sa destinée était d’attirer la foule par de grandesniaiseries : les Battus payent l’amende, où le célèbre Volanges jouaitJeannot, eut un succès prodigieux. Le 7 novembre 1797 Beffroy deRiguy, plus connu sous le nom du Cousin Jacques, y lit représenterNicodème dans la lune, qui eut de 1790 à 1793 trois cent soixante-treize représentations; ce fut Juillet, devenu depuis une des gloires dei’Opéra-Comique, qui créa le rôle de Nicodème. Vers 1795 ou 1796ce théâtre prit le nom de théâtre des Jeunes-Artistes. Désaugiers ydébuta et y donna ses premières pièces, et Lepeintre aîné, aujourd’huiun de nos meilleurs comédiens, s’y fit remarquer dans les rôles d’Arle-quin. Parmi les autres comédiens qui depuis se firent un nom nousciterons encoreMonrose, Lepeiutre jeune, Lafond, notre célèbre violon-niste, qui débuta dans le rôle de la Ruse d’amour, M'"' Toly, M“ ,e Vau-trin, M 11 " Galathée, M. Elomire, etc., etc. Marlainville y fit jouer lesAssemblées primaires et le Concert de la rue Feydeau, elBrazier y fitreprésenter Caroline de Lichtjield et la Jardinière de Vincennes. Lsthéâtre des Jeunes-Artistes fut supprimé par le décret du 9 août 1807,et transformé en une maison particulière, où sont établis aujourd’hui lesateliers de M. Jecker, fabricant d'instruments de malhématiques.
Rue du Faubourg St-Martin, n" 59, était I’hôtet, dc Tiulet,l’un des plus grands terrains bâtis au centre de Paris. — Il a successi-vement servi de demeure au président du Tillet et à ses successeurs, àl’entreprise des pompes funèbres, et à l’établissement des Dames-Blan-ches ; il réunissait naguère l’église catholique française, un roulage etun grand nombre de locataires.
Au n° 78 est la caserne St-Martin, qui rappelle un des épisodes lesplus sanglants de la révolution de 1830. Le 28 juillet un détachementde gendarmerie qui occupait le carré St-Martin avait à combattre unemasse compacte de citoyens armés et guidés par plusieurs élèves del’école polytechnique,.Ce détachement, voyant l’impossibilité de tenirplus longtemps, témoigne l’intention de se rendre et de fraterniser ;on acquiesce à son désir et on reconduit ces militaires à leur caserne, oùils promettaient de livrer toutes leurs armes ; mais à peine sont-ils en-trés dans leur quartier qu’ils se saisissent de ces mêmes armes et fontun feu terrible sur ceux qui les avaient accompagnés. Ceux-ci, exaspéréspar l’indignation d’une si horrible trahison, envahissent la caserne, quiest prise et reprise plusieurs fois ; enfin, à onze heures du soir et aprèsun carnage affreux, les patriotes deviennent maîtres de la place, où ilsbrûlent tout ce qui avait appartenu à leurs agresseurs.
Au n° 188 demeurait et est mort en 1817 le compositeur de musx-que Monsigny.
Au n“ 92 demeurait en 1831 le célèbre économiste J.-IUrr. Say.
Au n° 150 était le monastère des Kécor.j i rs , dont Marie de Mé-dicis posa la première pierre en 1614, et dont l’église renfermait lemausolée de M""’ de Créqui, femme du duc de Sully, ministre deHenri IV, et celui du duc de Roquelaure, connu par ses bons mots. Lecouvent et l’église de Récollets ont été supprimés en 1790, et affectésà l’hospice des Incurables hommes, consacré aux vieillards indigentsaffectés d’infirmités graves et incurables (414 lits).
C’est par la rue du Faubourg St-Martin que les souverains despuissances coalisées contre la France firent leur entrée dans Paris le 31mars 1814. A la tête d’une immense colonne de quarante mille hommesde toutes armes, et précédés seulement de quelques escadrons, marchaientl’empereur Alexandre , le roi de Prusse, le grand-duc Constantin et leprince Schwartzemberg. Aussitôt que ce cortège fut entré, une petitecavalcade de seize à dix-huit royalistes se porta à leur rencontre pourindiquer la route. Parmi eux figuraient MM. Sosthène de Larochefou-cauld, d’Hautefort, de Theil, de Crisnoy, de Choiseul-Praslin (César),Maubreuil, qui avait attaché à la queue de son cheval la croix de laLégion d’honneur, de Vauvineux , auxquels se réunirent plus loin lesducs de Mouchy et de Fitz-James, MM. deKergorlay, Maurice d’Adhc-