Buch 
Les quarante-huit quartiers de Paris : biographie historique et anecdotique des rues, des palais, des hôtels et des maisons de Paris / par Girault de Saint-Fargeau
Entstehung
Seite
87
JPEG-Download
 

VILLE DE PARIS. CINQUIÈME ARRONDISSEMENT.

N 8 18. QUARTIER DE LA PORTE ST-MARTIN.

87

homme célèbre fut, par ordre de la cour, embaumée et envoyée, dit-on,à Rome en signe de triomphe. Charles IX en personne alla voir lecorps de lamiral et ceux de Briquemaut et Cavagnes, pendus en Grèvecomme complices de lamiral et exposés à Montfaucon.

Au nombre des autres individus fameux suppliciés à Montfaucondont lhistoire nous a conservé les noms, on trouve un Laurent Garnier,pendu à ce gibet par arrêt du parlement, pour avoir tué un collecteurdes failles. Après quil eut resté pendu un an et demi, sa mémoire futréhabilitée dune manière assez singulière pour devoir être rapportée.Il fut détaché à la sollicitation de son frère. Son corps fut mis dans uncercueil et porté, avec tout lappareil des pompes funèbres, par les ruesde Paris. De chaque côté douze hommes velus de deuil marchaient enprocession, torches et cierges en main. La marche était précédée parquatre crieurs, portant sur leurs dos les armoiries du défunt, faisantretentir leurs cloches, et criant par intervalle : « Bonnes gens dites vospatenostres pour làme de feu Laurent Garnier, en son vivant demeu-rant à Provins , quon a nouvellement trouvé mort sous un chêne :dites vos patenostres ; que Dieu bonne merci lui fasse. » Etienne Pas-quier remarque que tous ceux qui se sont mêlés de la construction desfourches de Montfaucon ont eu du malheur.

Parmi les supplices autrefois en usage il en est dont la barbarierévolte limagination, tels que celui denterrer vifs les criminels. Ce sup-plice était infligé sous le gibet de Montfaucon; les comptes de la pré-vôté de Paris mentionnent de semblables exécutions dans les années1440 et 1447. Une femme appelée Perrette Mauger, accusée de vol etde recel dobjets volés, ayant été reconnue coupable, fut condamnée àsouffrir mort et à esire enfouye toute vive devuant le gibet, ce quifut exécuté en 1460.

Toutes les exécutions se faisaient à Montfaucon avant quil fût per-mis de les faire dans les villes. Les patients y allaient à pied. On faisaitune pause denviron une demi-heure dans la cour des Filles-Dieu ,lon mettait sur une table du pain et du vin, dont le patient pouvait user.

Une erreur populaire, adoptée par plusieurs auteurs, assigne linau-guration du gibet de Montfaucon au supplice dEnguerrand de Marigny,pendu le 13 novembre 1314 au gibet que lui-même, dit-on, avait faitconstruire. Cette erreur a été refutée par M. de Lavillegille, dans sonécrit sur les anciennes fourches patibulaires de Montfaucon (in-8,1836), il cite deux actes de 1233 et 1249, il est fait mention dugibet de Montfaucon, dont il est aussi parlé dans le roman de Berte auxgrands pies 3 composé en 1270 ou 1274.

Depuis longtemps le gibet de Montfaucon nexiste plus. On désigneaujourdhui sous ce nom un emplacement situé au delà de la barrière dela Villette couvert par une voirie se font les opérations déquarrissageet le dépôt des immondices de Paris ; véritable lieu dhorreurs et dedégoût, dont les habitants des faubourgs St-Denis et St-Martin ainsi queceux de la commune de la Villette demandent depuis longtemps et avecraison la translation à une plus grande distance de Paris.

Rue de Bondy, n° 48, au coin de la rue de Lancry, un artificieritalien, nommé Torré, ouvrit eu 1764 un vaste théâtre sur lequel ildonnait des pantomimes les feux dartifice jouaient un grand rôle.Lune de ces pièces, les Forges de Vulcain , eut le privilège dattirer lafoule en 1766. Deux ans après, Torré obtint le privilège de donner desbals et des fêtes foraines, des bouffons jouaient des farces et chan-taient des ariettes italiennes. En 1769 ce théâtre fut reconstruit et reçutle nom de Wauxhall dété. En 1782, ce Wauxhall, connu sous le nomdes Fêtes de Tempe , avait une vogue merveilleuse. Cétait une espèce debourse de lamour se concluaient les marchés de galanterie, et seproduisaient les effets commerciables en ce genre; ceux qui cher-chaient ou qui avaient des offres à faire y trouvaient des vendeurs et desacquéreurs de toute espèce. Cest que le prince de Soubise fit lacqui-sition dune fort jolie fille, nièce de M lle Lanv, qui fut longtemps samaîtresse.

A côté du théâtre de Torré un sieur de lEcluse fit bâtir, eu 1779,un petit théâtre en bois, qui ouvrit le 12 avril par le Jugement deParis, et auquel lEcluse donna le nom de Théâtre des Variétés-Amu-santes. Plus tard ce théâtre ne put se soutenir et fut démoli. Vers 1789

de nouveaux administrateurs firent reconstruire une jolie salle, petite etcommode, qui reçut le nom de Théâtre français comique et lyrique :on y jouait la comédie, lopéra et des drames, dont quelques-uns obtin-rent du succès ; mais sa destinée était dattirer la foule par de grandesniaiseries : les Battus payent lamende, le célèbre Volanges jouaitJeannot, eut un succès prodigieux. Le 7 novembre 1797 Beffroy deRiguy, plus connu sous le nom du Cousin Jacques, y lit représenterNicodème dans la lune, qui eut de 1790 à 1793 trois cent soixante-treize représentations; ce fut Juillet, devenu depuis une des gloires deiOpéra-Comique, qui créa le rôle de Nicodème. Vers 1795 ou 1796ce théâtre prit le nom de théâtre des Jeunes-Artistes. Désaugiers ydébuta et y donna ses premières pièces, et Lepeintre aîné, aujourdhuiun de nos meilleurs comédiens, sy fit remarquer dans les rôles dArle-quin. Parmi les autres comédiens qui depuis se firent un nom nousciterons encoreMonrose, Lepeiutre jeune, Lafond, notre célèbre violon-niste, qui débuta dans le rôle de la Ruse damour, M'"' Toly, M ,e Vau-trin, M 11 " Galathée, M. Elomire, etc., etc. Marlainville y fit jouer lesAssemblées primaires et le Concert de la rue Feydeau, elBrazier y fitreprésenter Caroline de Lichtjield et la Jardinière de Vincennes. Lsthéâtre des Jeunes-Artistes fut supprimé par le décret du 9 août 1807,et transformé en une maison particulière, sont établis aujourdhui lesateliers de M. Jecker, fabricant d'instruments de malhématiques.

Rue du Faubourg St-Martin, n" 59, était Ihôtet, dc Tiulet,lun des plus grands terrains bâtis au centre de Paris. Il a successi-vement servi de demeure au président du Tillet et à ses successeurs, àlentreprise des pompes funèbres, et à létablissement des Dames-Blan-ches ; il réunissait naguère léglise catholique française, un roulage etun grand nombre de locataires.

Au n° 78 est la caserne St-Martin, qui rappelle un des épisodes lesplus sanglants de la révolution de 1830. Le 28 juillet un détachementde gendarmerie qui occupait le carré St-Martin avait à combattre unemasse compacte de citoyens armés et guidés par plusieurs élèves delécole polytechnique,.Ce détachement, voyant limpossibilité de tenirplus longtemps, témoigne lintention de se rendre et de fraterniser ;on acquiesce à son désir et on reconduit ces militaires à leur caserne,ils promettaient de livrer toutes leurs armes ; mais à peine sont-ils en-trés dans leur quartier quils se saisissent de ces mêmes armes et fontun feu terrible sur ceux qui les avaient accompagnés. Ceux-ci, exaspéréspar lindignation dune si horrible trahison, envahissent la caserne, quiest prise et reprise plusieurs fois ; enfin, à onze heures du soir et aprèsun carnage affreux, les patriotes deviennent maîtres de la place, ilsbrûlent tout ce qui avait appartenu à leurs agresseurs.

Au n° 188 demeurait et est mort en 1817 le compositeur de musx-que Monsigny.

Au n 92 demeurait en 1831 le célèbre économiste J.-IUrr. Say.

Au n° 150 était le monastère des Kécor.j i rs , dont Marie de-dicis posa la première pierre en 1614, et dont léglise renfermait lemausolée de M"" de Créqui, femme du duc de Sully, ministre deHenri IV, et celui du duc de Roquelaure, connu par ses bons mots. Lecouvent et léglise de Récollets ont été supprimés en 1790, et affectésà lhospice des Incurables hommes, consacré aux vieillards indigentsaffectés dinfirmités graves et incurables (414 lits).

Cest par la rue du Faubourg St-Martin que les souverains despuissances coalisées contre la France firent leur entrée dans Paris le 31mars 1814. A la tête dune immense colonne de quarante mille hommesde toutes armes, et précédés seulement de quelques escadrons, marchaientlempereur Alexandre , le roi de Prusse, le grand-duc Constantin et leprince Schwartzemberg. Aussitôt que ce cortège fut entré, une petitecavalcade de seize à dix-huit royalistes se porta à leur rencontre pourindiquer la route. Parmi eux figuraient MM. Sosthène de Larochefou-cauld, dHautefort, de Theil, de Crisnoy, de Choiseul-Praslin (César),Maubreuil, qui avait attaché à la queue de son cheval la croix de laLégion dhonneur, de Vauvineux , auxquels se réunirent plus loin lesducs de Mouchy et de Fitz-James, MM. deKergorlay, Maurice dAdhc-