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Les quarante-huit quartiers de Paris : biographie historique et anecdotique des rues, des palais, des hôtels et des maisons de Paris / par Girault de Saint-Fargeau
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' 88 VILLE DE PARIS. CINQUIEME ARRONDISSEMENT. N° 19. QUARTIER DE BONNE-NOUVELLE.

mai* et dautres. Un nommé Morin, agent du comte dArtois, conduisaitune douzaine de misérables en haillons, qui offraient des di*apeauxblancs, des cocardes blanches et des proclamations aux passants, quecet ignoble spectacle forçait de détourner les yeux!...

A lextrémité du faubourg St-Martin commence la commune deBelieville, sétait retiré Favart, un des auteurs les plus féconds et lesplus distingués de lOpéra-Comique ; cest quil séteignit paisi-blement dans les bras de ses enfants le 12 mai 1792, à lâge de quatre-vingt-deux ans, et cest aussi quil repose. Favart était fils dunpâtissier, chansonnier amateur, qui mettait la morale et la grammaire encouplets ; cest à lui quon doit linvention des échaudés, et ce maîtreAdam du four ne manqua pas comme M. Jovial, de faire une chanson-dessus.

Rue des Marais-du-Temple, n°....,est la demeure de lexécuteurdes hautes œuvres ; elle est protégée par une grille en fer, et lon y en-tre par une petite porte au milieu de laquelle se trouve une bouche entôle, semblable à une boîte aux lettres, lon dépose les missives que leprocureur général envoie à lexécuteur pour le prévenir que lon va re-courir à son ministère.

Rue de Lancry, M. Génart a fait bâtir en -1832 une assez joliesalle de spectacle. Cest que M lle Plessis commença à attirer lattentiondu public par ses talents précoces.

N° 19. QUARTIER DE BQNNE-NODVELI.E.

Ci-devant section Bonne-Nouvelle.

Les limites de ce quartier sont ; le boulevard Bonne-Nouvelle n°* im-pairs, la rue Poissonnière et la rue du Petit-Carreau n OB pairs, la rueThévenot n M pairs, la rue St-Denis n 08 impairs jusquà la porte St-De-nis. Superficie 150,000 m. carrés, équivalant à 0 l,, ,044 de la super-ficie totale de Paris.

On cite parmi ce quil y a de plus remarquable dans ce quartier :

Léglise Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, rue Beauregard, n° 2i.Cette église a été bâtie sur lemplacement dune chapelle dédiée à saintLouis et à sainte Barbe, construite en 1551, et rasée en 1593, pendant lestroubles de la Ligue, pour construire les fortifications lors du siège deParis par Henri IV. En 1624 une nouvelle église fut construite pourremplacer cette chapelle sous linvocation de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle ; elle a été remplacée elle-même par léglise actuelle, presqueentièrement reconstruite sous le gouvernement dit de la restauration. Leportail, dordre dorique, ne présente quune lourde masse. Lintérieurest composé de trois nefs non voûtées, séparées par des colonnes ioni-ques.

VARIÉTÉS HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES.

Rue des Filles-Dieu était le couvent de ce nom, fondé en 1226 prèsde St-Lazare pour y retirer des pécheresses qui toute leur 'vie avaientabusé de leurs corps , et transféré près de la porte St-Denis dans unhôpital fondé en 1316. Le couvent des Filles-Dieu a été démoli en 1798,et sur 1emplacement des bâtiments et des jardins ou a construit le pas-sage du Caire et percé la me de ce nom. Le couvent des Filles-Dieuétait un lieu de station pour les criminels que lon exécutait à Montfau-con. Le patient partait ordinairement du Châtelet, accompagné de sonconfesseur, dun lieutenant criminel, du procureur du roi, etc., etc., etdun certain nombre de sergents du Châtelet et darchers. Il était nu-lète; quelquefois on le liait, mais ce nétait pas un usage constammentsuivi. Lorsque le cortège était arrivé devant lentrée du couvent desFilles-Dieu, on introduisait le condamné dans la cour, et on lamenaitau pied dun crucefix de bois adossé à léglise du couvent et abrité par undais. laumonier du monastère, après avoir récité quelques prièresà son intention, lui donnait de leau bénite et lui faisait baiser unecroix ; les religieuses lui apportaient ensuite un verre de vin et trois mor-ceaux de pain. Cette cérémonie terminée, on se remettait en marchedans le même ordre; on faisait faire encore une nouvelle halte au patient

devant une croix de pierre élevée proche du gibet ; il y était exhortéune dernière fois par le religieux qui lassistait; puis le bourreau sem-parait de lui.

La rue et le passage du Caire occupent lemplacement du couventdes Filles-Dieu, supprimé et démoli à lépoque de la révolution. Unecompagnie se constitua alors, et décida quune rue allant de la rueBourbon-Villeneuve à la rue St-Denis serait percée sur lemplacementdes anciens jardins des Filles-Dieu, et que des passages vitrés, dont lu-sage commençait alors à se répandre à Paris, seraient construits sur lesruines du couvent. Linauguration de ce quartier eut lieu eu 1798, année Bonaparte venait dentrer au Caire ; la compagnie, voulant perpétuerla mémoire de ce beau fait darmes, donna à la rue et aux passages lenom du Caire, quils conservent encore aujourdhui. Lentrée prin-cipale du passage donnant sur la place du Caire est décorée, on pourraitdire défigurée, par des mascarons en pierre offrant de bizarres figuresde sphinx.

La cour des Miracles a sa principale entrée rue de Damiette, prèsde la place du Caire. On désignait autrefois sous le nom de cour des mi-racles, les repaires des mendiants et des filous, parce quen y entrant ilsdéposaient le costume de leurs rôles, et offraient chaque soir le miracledune guérison parfaite. Ces cours des miracles étaient nombreuses dansParis; les principales étaient la cour du Roi-François, rue St-Denis,n" 328 ; la cour Ste-Catherine, rue St-Denis , n° 313 ; la cour Brisset,rue de la Mortellerie, entre les rues Pernelle et de Longpont; la courGentier, rue des Coquilles ; la cour de la Jussienne, rue de la Jussiemie,n° 23; la cour et passage du Marché-St-Honoré, entre les rues St-Ni-caise, St-Honoré et de lEclielle ; la cour des Miracles, rue du Bac, n° 63 ;le passage et cour des Miracles, rue des Tournelles, n° 26, et cul-de-sacde Jean-Beausire, n" 21. La plus fameuse de toutes ces cours, cellequi porte encore le nom de cour des Miracles, a son entrée dans la rueNeuve-St-Sauveur, et est située, ainsi que nous le disons ci-desssus,entre le cul-de-sac de lEtoile et les rues de Damiette et des Forges. Voicila description que nous en a laissée Sauvai : « Elle consiste en une placedune grandeur très-considérable, et en un très-grand cul-de-sac puant,boueux, irrégulier, qui nest point pavé. Autrefois il confinait aux der-nières extrémités de Paris; à présent (sous le règne de Louis XIV) il estsitué dans lun des quartiers des plus mal bâtis , des plus sales et desplus reculés de la ville, entre la rue Montorgueil, le couvent des Filles-Dieu et la rue Neuve-St-Sauveur, comme-dans un autre monde. Pour yvenir, il se faut souvent égarer dans de petites rues vilaines, puantes,détournées ; pour y entrer, il faut descendre une assez longue pente,tortue, raboteuse, inégale ; de toutes parts on ny voit que logis bas,enfoncés, obscurs, difformes, faits de terre et de boue. » Les huissiers niles autres gens de police ne pouvaient y pénétrer sans y recevoir des in-jures et même sans danger pour leur vie. «< On sy nourrissait de bri-gandages; on sy engraissait dans loisiveté, dans la gourmandise, et danstoutes sortes' de vices et de crimes :, sans aucun souci de lavenir,chacun jouissait à son aise du présent, et mangeait le soir avec plaisir cequavec bien de la peine et souvent avec bien des coups il avait gagnédans tout le jour : car on y appelait gagner ce quailleurs on appelaitdérober ; et cétait une des lois fondamentales de la cour des Miracles dene rien garder pour le lendemain. Chacun y vivait dans une grande li-cence ; personne ny avait ni foi ni loi ; on ny connaissait ni baptême,ni mariage, ni sacrement. Il est vrai quen apparence ils semblaient re-connaître un Dieu le Père, quils avaient volé dans quelque église, ettous les jours ils venaient adresser des espèces de prières. Des femmes etdes filles, les moins laides, se prostituaient pour deux liards, les autrespour un double (deux deniers), la plupart pour rien. Plusieurs donnaientde largent à ceux qui avaient fait des enfants à leurs compagnes, afinden avoir comme elles, pour exciter la compassion et obtenir des au-mônes. Cette bande de voleurs avait quelques lois, et un chef suprêmequi avait le titre de coesre. Tous ces brigands gueusaient dans les quar-tiers que le coesre leur assignait ; ils contrefaisaient les soldats estro-piés, ou bien montraient au public leurs membres couverts dulcèresfactices ; souvent ils se plaignaient de malheurs imaginaires, ou bienamusaient la foule pour aider leurs camarades à couper des bourses,