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VILLE l>E PARIS. — SIXIEME ARRONDISSEMENT. — N° 21. QUARTIER DE LA PORTE ST-DENIS.
vint se fixer rue Mazarine, en face de la rue Guéuégaud. Le 21 oc-tobre 1680, les trois troupes furent réunies à ce dernier théâtre, quifuttransféré rue des Fossés-St-Germain des Prés, dont l’ouverture eut lieule 18 avril 1689.
La première représentation gratis se donna en 1660 à l’hôtel deBourgogne, à l’occasion de la paix des Pyrénées. Ce grand événement,qui terminait la guerre par le mariage de Louis XIV, produisit unevive sensation, que le cardinal Mazarin porta jusqu’à l’enthousiasme,en ouvrant au peuple l’hôtel de Bourgogne. Par un surcroît de galan-terie sans exemple, ce fut une pièce nouvelle, le Stilicon de ThomasCorneille, qui lit les honneurs de cette représentation gratis, dontle journaliste-poëte Loret rend compte de cette manière dans sa Musehistorique, du 21 janvier 1660:
Floridor et ses compagnonsSans être invités, ni sermonsQue par la véritable joieQue dans le-cœur la paix envoie,
Pour réjouir grands et petits,
Jeudi récitèrent gratis,
Une de leurs pièces nouvellesDes plus graves et des plus belles,
Qu’ils firent suivre d’un balletfiai, divertissant et follet;
Contribuant de bonne grâceAux plaisirs de la populace,
Par cette générosité,
Autrement libéralité,
Qui fut une évidente marqueDe leur zèle pour le monarque.
En 1659, (les comédiens italiens que le cardinal de Mazarin avaitfaitvenir s’installèrent à l’hôtel de Bourgogne. Us ne jouaient guère quedes farces fort gaies, dont Scaramouche, Arlequin, Mezetiu, Pantalon,Casandre, Isabelle et Colombine étaient les principaux personnages. Lescomédiens italiens alternaient avec des comédiens français d’un grandmérite, parmi lesquels nous citerons Floridor, Baron père, la Béjart,Brécourt et sa femme, et surtout la fameuse CLampmêlé et son mari.C’est à l’hôtel de Bourgogne que furent représentés les premiers chefs-d’œuvre du grand Corneille, depuis le Cid jusqu’à la Mort de Pompée;c’est là que furent applaudis tous ceux de Racine, depuis Andromaquejusqu’à Phèdre, dans l’intervalle de 1667 à 1677. Des comédiens ita-liens, qui avaient le titre de comédiens du roi, prirent possession del’hôtel de Bourgogne en 1682 ; ils ne représentaient que de mauvaiscanevas, des scènes détachées ou arrangées.
Après la réunion de tous les comédiens français au théâtre Guénégauden 1680, les comédiens italiens exploitèrent alors seuls le théâtre de l’hôtelde Bourgogne, où ils jouèrent jusqu’en 1697, époque où le roi fit fermerleur théâtre pour avoir joué la Fausse Prude, pièce où était désignée,dit-on, M'“ e de Maiutenon. L’hôtel de Bourgogne fut fermé dix-neuf ans ;il rouvrit le 1 er juin 1716, et on y vit une nouvelle troupe de comé-diens italiens. En 1762, on y réunit l’Opéra-Comique, et le répertoire,qui comprenait déjà des pièces françaises de Marivaux, Delisle, Ste-Foix, etc., s’enrichit des ouvrages de Sedaine, Favart, Monvel, etc.,embellis par la musique de Philidor, Monsigny, Grétry, Dalayrac, etc.En 1779, on supprima les comédies italiennes, et l’on renvoya les co-médiens italiens. Les derniers ouvrages représentés à ce théâtre furentdes drames de Mercier, des vaudevilles de Piis et Barré, de petites co-médies de Desforges, Florian, etc. Le théâtre de l’hôtel de Bourgognefut fermé en 1783, et les comédiens, alors fort improprement nommésitaliens, quittèrent l’hôtel qu’ils avaient occupé soixante-sept ans, etportèrent leur nom et leurs talents à la salle Favart. La salle de l’hôtelde Bourgogne fut détruite, et sur son emplacement fut élevée en 1784,la halle aux cuirs, qui offrait naguère encore des traces de loges et d’es-caliers.
C’est depuis cette époque que les représentations gratis ont été misesau nombre des réjouissances publiques.
La rue St-Jacques-l’Hôpital doit son nom à une église fondée,suivant Fauehet, par Charlemagne, qui avait une grande dévotion à cetapôtre. Sous le régime de Philippe le Long, plusieurs bourgeois de
Paris firent de grandes donations pour établir en cet endroit un hôpital,destiné à recevoir les pèlerins qui passaient par Paris pour aller à St-Jacques de Compostelle ou qui en reviendraient, ainsi que les pauvrespassants. Lors de l’établissement de l’hôtel des Invalides, les revenus del’hôpital St-Jacques furent affectés à cet établissement. L’église, sup-primée en 1790, sert aujourd’hui de magasins.
Rue St-Denis, n" 277, était l’église St-Sauveur, démolie en 1787,et dont la révolution fit suspendre les travaux de reconstruction. Col-letet, mauvais poète qui n’est plus connu que par les vers de Boileau,a été enterré dans cette église, ainsi que les célèbres farceurs GautierGarguille, Gros-Guillaume, Turlupin et Guillot-Gorju ; Raimond Pois-son, qui a créé l’emploi des Crispins; Jacques Vergier, auteur de Con-tes agréables , etc.
Rue Pavée-St-Sauveur, n u 3, est une vieille tour du xni e siècle,haute de 28"’, qui paraît être l’unique débris du célèbre hôtel de Bour-gogne ; quelques auteurs pensent qu’elle faisait partie du mur d’enceinteconstruit sous Philippe Auguste.
A la jonction des rues de la Grande et de la Petite Trumderie, étaitune petite place dans le milieu de laquelle se trouvait uu puits qui avaitreçu le nom de Puits d'amour , à l’occasion de la fin malheureuse d’unejeune personne qui s’y précipita et s’y noya, se voyant trompée etabandonnée par son amant. Environ trois cents ans après, un jeunehomme, désespéré par les rigueurs de sa maîtresse, se jeta dans ce puits ;mais il eut le bonheur de survivre à celle chute, et sa maîtresse vaincuepar cet acte de désespoir se laissa fléchir et lui donna sa main. Pourmarquer sa reconnaissance envers ce puits, il le fit refaire à neuf.— L’au-teur cl es Evénements nocturnes, ditSte-Foix, prétend qu’un missionnaire,prêchant à St-Jacques-l’Hôpital, s’éleva avec tant de force et de zèlecontre les rendez-vous qu’on se domiait tous les soirs à ce puits ; contreles chansons qu’on y chantait ; contre les danses lascives qu’on y exé-cutait ; contre les serments qu’on s’y faisait comme sur un autel, des’aimer toujours, et contre tout ce qui s’ensuivait, que les pères etmères, les dévots et les dévotes s’v transportèrent à l’instant et le com-blèrent.
Les rues Mauconseil, des Deux-Portes-St-Sauveur et Tirehoubin(autrefois Tire-V..) étaient autrefois affectées aux filles publiques, etdes mieux fournies. La célèbre courtisane Hervieux habitait en 1770,rue Mauconseil ; la fameuse pourvoyeuse Gourban avait fondé dans larue des Deux-Portes un temple peuplé de jeunes et jolies courtisanescpii fut longtemps fréquenté parles roués de toutes les nations. L’anciennom de la rue Tireboudin était si déshonnête à prononcer, que lorsqueMarie Stuart demanda le nom de cette rue, on en changea la dernièresyllabe, et ce changement a subsisté. Ce n’est guère qu’après le xv“siècle’, qu’ou a pensé à bannir du dictionnaire des rues de Paris cesnoms qui nous paraissent aujourd’hui si grossiers.
SIXIÈME ARRONDISSEMENT.
Les limites de cet arrondissement sont : le mur d’enceinte de la bar-rière de Belleville à la barrière de Ménilmontant, la rue Ménilmontantn“ impairs, la rue des Fossés-du-Temple n“ pairs jusqu’à la rue desFilies-du-Calvaire, la rue des Filles-du-Caivaire n“ impairs, les rues deBretagne et de la Corderie n“ pairs, la rue du Temple n“ impairs, larue Michel-le-Comte et la rue Grenier-St-Lazare n" 1 pairs, la rue St-Martin et la rue des Arcis 11 “' impairs, la rue St-Jacques-la-Boucherien“ pairs, la rue St-Denis n us pairs, les boulevards St-Denis et St-Mar-tin n“ impairs, la rue du Faubourg du Temple n 09 impairs jusqu à labarrière de Belleville.
N° 21. QUARTIER DE LA PORTE ST-DENIS.
Ci-devant section des Amis de la Patrie, et ensuite section du Ponceau.
Les limites de ce quartier sont : le boulevard St-Denis n 09 impairs ,la rue St-Martin n™ impairs, la rue aux Ours n“ pairs, la rue St-Denisn” 9 pairs jusqu’à la porte St-Denis. — Superficie : 190,000 m. carrés ,équivalant à 0,006 de la superficie totale de Paris-