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VILLE DE PARIS*
SIXIÈME ARRONDISSEMENT. — N w 22. QUARTIER ST-MARTIN DES CHAMPS.
jusqu’en face de la rue Grenier-St-Lazare, et Charles V en face la rueNeuve-St-Denis.
La rue Ste-Appoline était limitée d’un côté par le mur de la qua-trième enceinte de Paris , qui suivait la ligne de cette rue jusqu’à la rueSt-Denis, où était une porte fortifiée nommée bastille St-Denis, qui s’é-tendait jusqu’à la rue Neuve-St-Denis. La porte St-Denis de l’enceintede Philippe Auguste, démolie en 1535, était rue St-Denis, en face l’im-passe des Peintres. La porte de la seconde enceinte était rue St-Denis,aux environs de la rue de la Ferronnerie.
N° 22. QUARTIER ST-MARTIN DES CHAMPS.
Ci-devant section des Gravilliers-
Les limites de cet arrondissement sont : le boulevard St-Martin n ospairs, la rue du Temple n us impairs, la rue Chapon et la rue du Cime-tière-St-Nicolasn 09 pairs, la rue St-Martin n 09 pairs jusqu’au boulevard.
Parmi les souvenirs et établissements dignes de remarque qu’offre cequartier, on cite :
L’église St-Nicolas des Champs, située rue St-Martin, n° 200.Tout porte à croire que cette église occupe l’emplacement d’un ancienoratoire élevé en l'honneur de saint Jean l’Evangéliste, qui prit plus tardle nom de St-Nicolas parce que le roi Robert aurait bâti une nouvellechapelle sous l’invocation de ce saint sur les ruines de l’oratoire deSt-Jean, saccagé par les dévastateurs de la première abbaye de St-Mar-tin des Champs. Le premier document historique sur l’existence de lachapelle St-Nicolas, est une bulle du pape Calixte III, du mois de no-vembre 1119. Leux autres bulles de H 42 et 1147, font aussi mentiondelà chapelle St-Nicolas, dans le territoire de l’abbaye de St-Martindes Champs; ce n’est toutefois qu’en 1184 que cette chapelle prit lenom d y ecclesia s et fut desservie par un prêtre nommé par le prieur del’abbaye St-Martin. Mais, dès la fin de xn e siècle, c’était déjà uneéglise paroissiale complètement indépendante de tout autre cure. Char-les V, par son édit de 1374, ayant ordonné que les faubourgs fussentregardés comme partie intégrante delà ville, St-Nicolas, dont le surnomdes Champs n’était plus depuis longtemps qu’un souvenir de son an-cienne position dans la campagne, devint paroisse de Paris ; mais, avantcette époque, une partie de la circonscription paroissiale était dans l’in-térieur de la ville : le livre de taille de l’année 1292 marque pour la pa-roisse St-Nicolas : « Les rues qui estoient dedenz les murs, telles quecelles de Symon Frouque, de la Plastrière, des Etuves, des Jugléeurs,de Biau-Bourc, du Temple, de Quiquempoist, la rue où l’on cuit lesoës. » En ce temps, la ville proprement dite finissait du côté du nord, enlongeant la rue St-Martin, à la hauteur de la rue actuelle Grenier-St-Lazare, et par conséquent l’église St-Nicolas était hors des murs.Mais en 1383, sous Charles VII, une nouvelle enceinte recula cettelimite jusqu’au delà de St-Martin des Champs, et, à dater de cetteépoque, St-Nicolas et toute sa paroisse se trouvèrent dans la ville.C’est alors que ce territoire se couvrit presque entièrement d’habita-tions, et que l’ancienne église devint absolument insuffisante. L’abbéLebeuf dit qu’il paraît que, vers l’année 1420, le vieux édifice fut dé-moli, et qu’on en rebâtit un autre. Postérieurement àlafinduxv esiècle, l’église St-Nicolas fut élargie, en sorte que le lieu où avaient été leschapelles devint la seconde aile, et les chapelles furent rebâties à côté;une crypte ou voûte souterraine existe sous cette ancienne église. En1560, le territoire de la paroisse s’étant couvert d’un grand nombre denouvelles maisons, on prit la détermination de faire à l’église de nou-veaux agrandissements qui commencèrent en 1575 ; à l’ancienne nef enogive de xv e siècle, l’architecte fonda des arcades à plein cintre, quisurpassèrent de quelques pieds l’élévation des premières, Le portail quis’élève rue St-Martin est la partie la plus ancienne de l’édifice ; celuiplacé au centre du bas côté méridional est d’une architecture differente,il fait partie de l’agrandissement définitif de l’église. —La grande salledu presbytère de l’église est remarquable par ses boiseries sculptées etpar les portraits incrustés aux panneaux de tous les curés de cette églisedepuis 1605.
A l’époque de la révolution, l’église St-Nicolas des Champs reçut
différentes destinations; elle a été rendue au culte le 4 octobre 1795.Le'grand maître-autel est décoré d’une ordonnance corinthienne, avecattique surmonté d’un fronton ; il est orné d’un tableau en deux parties,de Youet, représentant l’Assomption de la Vierge ; les deux anges ado-rateurs, en stuc, sont de Sarraziu.
Plusieurs personnages distingués ont été inhumés dans cette église ;tels sont Guillaume Budé, Pierre Gassendi, les historiens Henri et Ha-drien de Valois, M 11 * de Scudéry, le poète Yiaud, etc., etc.
L’abhaye de St-Martin des Champs , rue St-Martin, n° 208,dont les bâtiments sont occupés aujourd’hui par le conservatoire desarts et métiers. On ne connaît pas bien précisément l’origine de ce mo-nastère que quelques auteurs font remonter au vi e siècle. Il paraît cer-tain qu’à une époque fort éloignée il y avait des chanoines de la règlede St-Augustin, et que les rois de la troisième race y avaient un palaisde temps immémorial. Robert le Pieux, fils de Hugues Capet y tenaitsa cour vers la fin diCx® siècle. Henri I er , son fils, affectionnait aussi cepalais, qu’il fit rebâtir vers le milieu du xi* siècle. Philippe I er , son suc-cesseur, donna cette maison à l’ordre de Cluny en 1079, époque où lemonastère de St-Martin fut converti en prieuré dépendant de cette cé-lèbre abbaye. En 1130, l’abbaye de St-Martin fut entourée de murs etfortifiée; on la reconstruisit ou on la répara en 1273. Le cloître, com-mencé en 1702, fut achevé en 1720, elle grand dortoir fut achevé en1742; enfin on ne cessa de l’embellir de 1775 à 1780. —L’église, leréfectoire et les bâtiments de cet ancien monastère peuvent figurer parmiles monuments les plus remarquables d’une ville qui en compte un sigrand nombre. L’église, fermée au culte depuis la suppression des mo-nastères, se compose d’une nef et d’une abside. La nef, qui est du xiv*siècle, étonne par la hardiesse de sa construction, la grandeur des dimen-sions, la beauté de l’appareil. Après la nef de St-Germain des Prés,l’abside est le plus ancien monument religieux de Paris ; c’en est undes plus beaux, et pour les antiquaires c’est sans contredit le plus in-téressant édifice de Paris et l’un des plus curieux de la France. Toutesles formes possibles et applicables à des baies s’y remarquent : quoiqued’époque romane, les ouvertures offrent des ogives, des cintres non-seulements parfaits, mais surbaissés. Les voûtes sont portées sur des co-lonnes cylindriques, plates, prismatiques et taillées à pans, à section detambour en ogive simple et même en ogive à contre-courbe. Les basessont d’une rare fermeté de moulures, les chapiteaux sont sculptés avecénergie et grâce tout à la fois. La grande archivolte qui donne dans lanef est brisée en une multitude de zigzags continus, exemple unique àParis et rare en France.— Le réfectoire, bâti par Pierre de Montreuil, estdigne de l’architecte qui a bâti la sainte Chapelle de Paris ; les bâtimentsaffectés aujourd'hui au conservatoire des arts et métiers, furent élevéssur les dessins de le Tellier en 1702 ; un beau jardin se déploie devantleurs trois façades, et une grille de fer le sépare de la grande place quiexiste entre les deux halles du marché couvert achevé en 1817.
L’enclos St-Martin des Champs était un lieu privilégié où les ouvrierspouvaient travailler pour leur compte , sans avoir été reçus maîtresclans les communautés des arts qu'ils exerçaient ; le prieur et les moi-nes de St-Martin y avaient leur champ clos. Ce fut là que, le 29 dé-cembre 1386, en vertu de l'autorisation du parlement, se donna uncombat fameux entre Jacques Legris, écuyer, et Jean Carrouges, che-valier; combat où le vaincu, déclaré coupable par la barbare jurispru-dence du temps, fut dans la suite reconnu innocent. Le clos ou coultureSt-Martin s’étendait, dit Sauvai, depuis le rempart jusqu’à la rue Gre-nier-St-Lazare et celle de Micliel-le-Comte, entre la rue St-Martin et larue du Temple ; ce fut dans cette coulture que, par ordonnance du con-seil du roi de 1418, les corps du connétable d’Armagnac, du chan-celier de Marie, et autres, massacrés par les chefs des Bourguignons fri-rent enterrés.
Le Conservatoire des arts et métiers, rue St-Martin, n° 208.Cet établissement, fondé en 1795, sur la proposition de M. Grégoire,ancien évêque de Blois, à qui les arts et les institutions scientifiquesdoivent tant de reconnaissance, renferme les modèles des machines, ou-tils et appareils propres à tous les arts industriels et à l’agriculture.Cette vaste collection, qui n’a point d’égale en Europe, où l’histoire des