VILLE DE PARIS. — SIXIEME ARRONDISSEMENT.
N° 22. QUARTIER ST-MARTIN DES CHAMPS.
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découvertes de l’esprit humain e^t écrite parmi les instruments de tous lesarts, de toutes les professions, occupe les vastes salles de l’ancien prieuréde St-Martin. Il serait impossible de trouver une collection plus com-plète, plus utile aux arts, à l’industrie, mieux distribuée, plus riche enmodèles, et cpii fût plus honorable pour ceux qui en ont conçu l’établis-sement, et qui l’ont amélioré.
Le conservatoire des arts et métiers est ouvert au public les diman-ches et jeudis, de dix heures à quatre heures ; les étrangers y sont ad-mis les autres jours , 'de midi à quatre heures , sur la présentation deleur passe-port.
Une bibliothèque, composée exclusivement d’ouvrages relatifs auxsciences et aux arts, fait partie- de ce précieux dépôt.
Une ordonnance royale du 24 novembre 1819 a établi au conserva-toire des cours publics et gratuits de géométrie et mécanique, de chi-mie industrielle et d’économie politique, etc. U y a aussi des cours deculture, de physique, de chimie agricole, et des écoles de dessin et degéométrie descriptive, où les élèves sont admis avec l’autorisation duministre, sur la demande des préfets des départements et sur celle desmaires de Paris.
L’église Ste-EIisabeth , située rue du Temple, entre les n ,,s 107 et109. Cette église dépendait autrefois de la communauté des clames deSte-EIisabeth, fondée en 1613 sur l’emplacement d’une maison appar-tenant à Jeanne de la Grange, située rue Neuve-St-Laurent. La reineMarie de Médicis, s’étant déclarée la protectrice spéciale et la fondatricede ce monastère, posa, le 14 avril 1628, la première pierre de l’égliseet de la maison, qui porta dès lors le titre de monastère royal. Les damesde Ste-EIisabeth appartenaient au tiers ordre de St-François ; elles sevouaient à l’instruction des jeunes demoiselles, qui étaient toujoursvêtues de noir. Ce couvent a été supprimé avec toutes les autres com-munautés religieuses en 1190. L’église fut affectée à un magasin à fa-rines de 1793 à 1803, époque où, par suite d’une nouvelle circonscrip-tion des paroisses de Paris, elle fut assignée pour église à une nouvelleparoisse formée du démembrement d’une partie de la paroisse St-Nicolas des Champs et de la paroisse St-Laurent. L’édifice resta long-temps tel qu’il était depuis sa construction; un seul collatéral, celui dedroite, accompagnait la nef, à gauche de laquelle se trouvait une grandechapelle carrée, qui servait de chœur aux religieuses. L’église ayant étéreconnue trop petite pour la population considérable de la paroisse, ons’occupa de son agrandissement en 1823 ; un second collatéral fut ajoutéà l’ancien, le chœur fut transformé en chapelle, les deux bas côtés sejoignirent derrière l’ancien chevet qui fut percé d’arcades, et une cha-pelle de la Vierge prolongea l’enceinte derrière le maître-autel isolé,qui se trouve ainsi placé au milieu de l’église. Tous ces travaux ont étéachevés en 1830.
La Synagogue des Israélites, située rue Notre-Dame de Nazareth,n" 17. La partie de cet édifice située sur la rue n’offre qu’un corps debâtiment composé d’un rez-de-chaussée, et recouvert d’une tevrase quisurmonte la porte d’entrée donnant sur une cour où s’élève l’édifice con-sacré au culte. Son élévation est déterminée par un porche formé dedeux colonnes d’ordre dorique, surmontées d’un entablement, au-dessous duquel est la porte qui donne entrée au temple : à droite et àgauche du porche sont deux petites portes conduisant aux galeries supé-rieures, spécialement destinées aux femmes. L’intérieur du temple secompose d’une grande salle entourée de colonnes d’ordre dorique, sup-portant une galerie supérieure, éclairée au moyen de grandes baies àplomb des entre-colonnements, et fermées par des grillages en bois. Lavoûte est à plein cintre et percée de dix ouvertures ou lanternes ; eu facede la porte, et à l’extrémité du temple, s’élève le tabernacle, entouréd’une balustrade, et décoré de deux colonnes corinthiennes, dont l’en-tablement supporte les tables de Moïse ; entre ces deux colonnes estplacé le Pentateuque, écrit sur des rouleaux en parchemin, et renfermédans une armoire fermée par un rideau. A droite et à gauche du taber-nacle sont deux tribunes destinées aux membres du consistoire centralet du consistoire départemental. Le teïba, ou autel, est placé au centrede l’édifice; on y arrive par trois marches : à l’extrémité, et vis-à-vis letabernacle, est un chandelier à neuf branches. — Le reste de la nef, la
partie comprise entre les colonnes, et le dessous de la galerie supérieure,sont garnis de banquettes en bois, divisées en stalles numérotées, aunombre d’environ cinq cents. — Le service commence, les jours de fêteet de sabbat, à sept heures et demie du matin; et le soir, en toute sai-son, une heure avant le coucher du soleil. Pendant les cérémonies dusoir, le temple est éclairé par trente et une lampes, en forme de lyre an-tique, supendues entre chaque enlre-colonnement, et par six lustres sup-portant des bougies.
Les Madelonnettes, situées rue Fontaine-du-Temple, n° 14. Cettemaison religieuse doit son origine à Robert de Montrv, marchand deParis, qui, ayant rencontré, en 1618, deux filles publiques qui lui témoi-gnèrent le désir de mener une vie régulière, les retira dans sa maison,près de la Croix-Rouge. Quelques-autres filles de la même espèce ayantsuivi l’exemple des deux premières, Robert de Montry pourvut à leurnourriture, jusqu’à ce que la sœur du cardinal de Gondy acheta unemaison rue des Fontaines pour les y placer, et leur légua cent un millesix cents livres. Louis XIII leur accorda une rente perpétuelle de troismille livres. — Avant la révolution, le couvent des Madelonnettes étaitune maison de réclusion pour les filles débauchées. En 1793, il fut con-verti en prison publique. C’est aux Madelonnettes que furent détenusl’abbé Barthélemy, St-Prix, Dazincourt, Vanhove, Fleury et les autresacteurs de la comédie française ; l’ex-ministre de la marine Fleurieux, legénéral Lanoue, Boulainvilliers, etc.
En 1795, ce même couvent fut destiné à renfermer les femmes pré-venues de délits, et cette destination lui fut conservée jusqu’en 1830, oùle peuple ouvrit les portes à deux battants et amnistia ces pauvres vic-times de la dépravation et de la misère.
Rien ne ressemble moins à une prison que les Madelonnettes. C’esten apparence un hôtel entre cour et jardin, un hôtel avec un vestibulecharmant, où l’on s’imaginerait rencontrer toutes les commodités de lavie. Cette prison ne manque pas de régularité dans sa distribution ; sesdeux grandes cours sont plantées de tilleuls. — La cour des prévenus,la seule qui soit pavée, est eucadrée sur trois faces par des bâtimentsélevés qui portent le caractère du xvii e siècle. Au rez-de-chaussée desbâtiments régnent de deux côtés des arcades semblables à celles de laplace royale, où les prisonniers peuvent se réfugier quand il pleut. Lemilieu de la cour est occupé par une grande fontaine. — La cour descondamnés est moins agréable et plus solidement fermée.
L’église a été entièrement démolie, à l’exception d’une arcade donnantsur la rue des Fontaines. Cette église, bâtie en 1680, n’avait de remar-quable qu’une chapelle exactement semblable à celle de Notre-Damede Lorette, qui existe près de la ville de ce nom dans la Marche d’An-cône. Dévastés cryptes, qui servaient de caveau de sépulture pour lesreligieuses du couvent, avaient été pratiquées au-dessous de l’édifice ;un petit bénitier de pierre, incrusté dans le mur, subsiste encore sous lapremière arche de cette église souterraine.
VARIÉTÉS HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES.
Rue du Temple était autrefois le bureau des Brouettes , espècede voiture à deux roues traînée par un homme et dans laquelle une seulepersonne pouvait se placer. Les places où stationnaient ces brouettes(qu’on nommait vulgairement vinaigrettes) étaient : le Pont St-Michel,le Pont-Marie, la rue de Venise, la place du Palais-Royal, la croix duTralioir, la barrière des Sergents, la rue de l’Echelle, la rue Richelieu,la rue Montmartre, la rue des Bons-Enfants, la rue des Petits-Champs,le portail St-Eustache, la place Ste-Opportune, la rue des Gravilliers, larue Michei-le-Comte, la place Baudoyeret la rue du Temple.—Il paraîtqu’on n’était pas très en sûreté dans cette espèce de véhicule, car ilétait recommandé, en cas d’insulte du brouetteur, de s’adresser au bu-reau, ou chez le commissaire du quartier, ou même d’appeler la garde.
Au n° 117, à l’endroit où se trouve une espèce de hangar couvert,qui sert de magasin, était l’église des Pères de Nazareth, monastère fondéen 1630 par le chancelier Séguier, et supprimé en 1790. Vers la findu xvii* siècle ces religieux avaient commencé la construction de cettebelle et grande église , qui resta inachevée faute de moyens jusqu’en