VILJLE DE PARIS. — SIXIEME ARRONDISSEMENT. — N° 24. QUARTIER DU TEMPLE.
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laissé de si grands souvenirs à l’Opéra, brillait dans le rôle de l’Enlèvementd’Europe. Les entr’actes étaient toujours remplis par des équilibrâtes,des joueurs de tambours de basque, des tourneuses qui faisaient deschoses étonnantes de courage et d’adresse. De là l’origine de ce mot : C*estcomme chez Nicolet, de plus fort en plus fort, Çn acteur qui jouait si bienles savetiers que Préville disait qu’il serait déplacé dans les cordonniers,Taconet, l’acteur chéri du public et l’auteur le plus gai et le plus fécond deson temps, a laissé un nom célèbre à ce théâtre. La parodie, la circonstance,inspirèrent souvent sa muse joyeuse ; lorsque la iille d’un chaudronnier,qui s’était fait passer à Paris pour une dame de condition du Bourbon-nais , fut chansonuée sous le titre de la Bourbonnaise , Taconet fit de lafameuse chanson une petite pièce très-amusante qui attira la foule chezNicolet. Taconet ne se contentait pas de faire nombre de pièces bouffon-nes pour les rôles qui allaient à sa taille ; il composa aussi pour sonthéâtre quelques ouvrages d’un genre gracieux, tels que les Aveux in-discrets , le Baiser donné et rendu , qui n’auraient point été déplacés surune scène plus élevée. Il n’est pas indifférent de donner une idée de cequ’étaient alors les coulisses et les cafés du boulevard du Temple. « Quesi les auteurs actuels se trouvaient reportés comme par enchantementdans les coulisses et les cafés du boulevard du Temple de ce temps-là,dit Brazier, ils ouvriraient de grands yeux et resteraient béants !... Le caféde la Gaieté ressemblait plutôt à un estaminet de la rue Guérin-Bois-seau qu’au café d’un théâtre. Une salle immense , un billard dans unechambre au fond , des tables vermoulues, des tabourets cassés, quatremauvais quinquets qui fumaient au lieu d’éclairer; voilà ce qu’étaientcertains cafés du boulevard du Temple. « Quant au théâtre de Nicolet,voici comment il est caractérisé dans VAlmanach des spectacles de 1791,p. 182 : « Ce spectacle est d’un genre tout à fait étranger aux autres;on y allait autrefois pour y jouir d’une liberté qu’on ne trouvait nullepart ailleurs. On y chantait, on y riait, on y faisait une connaissance...et quelquefois plus encore, sans que personne y trouvât à redire ; chacuny était aussi libre que dans sa chambre à coucher. Aujourd’hui, labonne compagnie commence à changer un peu le ton de ce spectacle. «Après la mort de Nicolet, le théâtre des grands danseurs du roi prit,vers 1792, le nom de théâtre de la Gaieté. Ribié, qui avait débuté parêtre marchand de contremarques à la porte de Nicolet, prit la directionde ce théâtre en 1795 , et lui donna le nom de théâtre d’Emulation,qu’il abandonna quelque temps après, pour lui redonner le nom de laGaieté. Forcé d’abandonner cette direction à Cofm-Rosny en 1799, il lareprit en 1805 et était sur le point de l’abandonner de nouveau, lorsqueMartainville releva sa fortune en composant de société avec lui le fa-meux Pied de mouton , où le niais Dumesnil était délirant de bêtise.En 1808 Bourguignon succéda à Ribié dans l’exploitation de ce théâtre.U démolit le vieux bâtiment noir et enfumé, ancien berceau de la Gaieté,et le remplaça par une salle élégante, à trois rangs de loges, dont l’inau-guration eut lieu en 1808. M. Guilbert de Pixérécourt obtint le privilègede ce théâtre en 1825, qu’il céda à Bernard Léon en 1835. Le 23 fé-vrier de cette année , pendant une répétition générale de l’Enfant deParis , le feu prit à une décoration , et en moins d’un quart d’heure lethéâtre fut réduit en cendres. Neuf mois après, le 19 novembre, la salle,reconstruite entièrement en fer, fut ouverte à la foule des curieux quiassiégeaient ses portes. On lit aujourd’hui sur la façade :
THEATRE DE LA GAIETÉ
Réédifié en fer la meme année.BouCLOT architecte.
Incendié le 21 février i835.
Fondé en 1670Par J.-JÎ. Nicolet.
Reconstruit 180S.
DRAME. MELODRAME.
VAUDEVILLE. FOLIE.
Le théâtre des Folies dramatiques, situé boulevard du Temple,n° 74. Ce théâtre a été construit en 1830 sur l’emplacement de l’ancienAmbigu comique, incendié le 14 juillet 1827, et inauguré le 22 janvier
1831, par un prologue en vaudeville intitulé les Fous dramatiques , etpar le mélodrame des Quatre Parties du monde. Parmi les comédiensqui y ont tour à tour attiré la foule, nous citerons Frédéric Lemaître,dans Robert Macaire , et Philippe dans les Aventures de M. Jovial.
Le Cirque olympique, situé boulevard du Temple, n os 76-82, a étébâti sur un terrain où il y avait autrefois des fantoccini chinois , uneménagerie d’animaux et un théâtre de petits comédiens français. En1780, un Anglais nommé Astley établit rue du Faubourg du Temple unmanège où il venait tous les ans faire des exercices d’équitation. En1783, Astley s’associa avec Franconi père, qui l’année suivante restaseul pour exploiter cet établissement. En 1802 Franconi transporta cetétablissement sur l’ancien terrain des Capucines, où il resta jusqu’en1806, époque où le projet de construction de la rue de la Paix nécessitala démolition des bâtiments des Capucines et du cirque. Les frères Fran-coni ayant succédé à leur père, obtinrent alors l’autorisation de faireconstruire rue du Mont-Thabor, un cirque et un théâtre, où ils donnèrentdes représentations jusqu’en 1816, époque où ils firent construire, Fau-bourg du Temple, sur l’emplacement où était précédemment le manèged’Astley, un vaste et beau cirque, où ils jouèrent pour la première foisle 8 février 1817. Dans la nuit du 15 au 16 mars 1826, un incendiedont rien ne puf arrêter les effets , détruisit le cirque et le théâtre defond en comble. Le produit des représentations données par tous lesthéâtres au bénéfice des frères Franconi, et celui des souscriptions ou-vertes en leur faveur, les mirent à même de réparer le désastre dont ilsavaient été victimes. Us abandonnèrent toutefois le Faubourg du Tem-ple, et choisirent sur le boulevard de ce nom un emplacement favorable,entre l’ancien Ambigu et l’hôtel Foulon, où ils firent édifier le nouveaucirque qui existe aujourd’hui, dont l’ouverture eut lieu le 31 mars1827. Le terrain qu’occupe le Cirque olympique a la forme d’un rec-tangle de 49 m. 91 c. de longueur, sur 29 m. 23 c. de largeur; lafaçade principale est sur le boulevard du Temple. L’édifice est complè-tement isolé par deux larges passages, fermés aux deux bouts par desgrilles en fer.
Le faubourg du Temple était autrefois un lieu rempli de jardins ethabité par des courtilliers ou jardiniers, d’où lui est venu le nom de Cour-tille, qu’il partageait avec beaucoup d’autres localités, comme la Cour-tille St-Martin et la Courtille Barbette , assez voisines l’une de l’autre.Ces cotirtilles ou jardins champêtres étaient ordinairement plantées devignes qui produisaient du vin que l’on consommait habituellement surles lieux, parce que, ainsi que de nos jours, il y était moins cher quedans l’intérieur de Paris : dès le xv e siècle , on disait proverbialementet l’on dit encore dans le xix c siècle : Allons boire du vin à la Courtille.— C’est à la Courtille et dans toute la longueur de la rue du Faubourgdu Temple que se termine à Paris, d’une manière peu édifiante, le mardigras, dans la matinée du mercredi des Cendres. Quand toute la ville s’estbien promenée pendant trois jours, quand tout Paris, depuis le riche dandyqui mange la fortune de son père, jusqu’à l’ouvrier, qui a mis son dernierdrap de lit au mont-de-piété, se sont bien livrés à toutes les joies qui sontà leur portée, les uns et les autres se rendent à la Courtille la nuit mêmedu mardi gras ; les uns pour y danser et boire, les autres y viennent lematin pour y jouir de l’ivresse du peuple. Au point du jour, ce peu-ple, fatigué de plaisirs, moitié couvert de haillons, moitié couvert d’ha-bits de fête, après avoir bu jusqu’à sa dernière goutte de vin, après avoirmangé son dernier morceau de pain, abandonne le grand salon pour ren-trer triste à sa maison en se dirigeant vers la rue du Faubourg du Temple;c’est ce qu’on appelle la descente de la Courtille. C’est une mêlée, unbruit, une cohue immenses : les beaux jeunes gens de la ville et les bellespetites-maîtresses, encore toutes pâles et tout en désordre du festin et dubal de la nuit, accourent et se rangent sur le chemin pour voir tout lepeuple descendre ; ceux qui passent insultent ceux qui regardent passer ;les uns et les autres se disent mille injures, et dans leurs reproches,dans leurs injures, dans leurs dédains les uns et les autres ont raison.
La Courtille tenait jadis le premier rang parmi les lieux consacrés à ladébauche et à l’ivrognerie; elle dut son nom au fameux Jean Rampon-neau, marchand de vin dont la réputation commença à la Courtille, etqui, en 1760 , transporta son établissement dans la rue Blanche. En