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Les quarante-huit quartiers de Paris : biographie historique et anecdotique des rues, des palais, des hôtels et des maisons de Paris / par Girault de Saint-Fargeau
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VILJLE DE PARIS. SIXIEME ARRONDISSEMENT. N° 24. QUARTIER DU TEMPLE.

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laissé de si grands souvenirs à lOpéra, brillait dans le rôle de lEnlèvementdEurope. Les entractes étaient toujours remplis par des équilibrâtes,des joueurs de tambours de basque, des tourneuses qui faisaient deschoses étonnantes de courage et dadresse. De lorigine de ce mot : C*estcomme chez Nicolet, de plus fort en plus fort, Çn acteur qui jouait si bienles savetiers que Préville disait quil serait déplacé dans les cordonniers,Taconet, lacteur chéri du public et lauteur le plus gai et le plus fécond deson temps, a laissé un nom célèbre à ce théâtre. La parodie, la circonstance,inspirèrent souvent sa muse joyeuse ; lorsque la iille dun chaudronnier,qui sétait fait passer à Paris pour une dame de condition du Bourbon-nais , fut chansonuée sous le titre de la Bourbonnaise , Taconet fit de lafameuse chanson une petite pièce très-amusante qui attira la foule chezNicolet. Taconet ne se contentait pas de faire nombre de pièces bouffon-nes pour les rôles qui allaient à sa taille ; il composa aussi pour sonthéâtre quelques ouvrages dun genre gracieux, tels que les Aveux in-discrets , le Baiser donné et rendu , qui nauraient point été déplacés surune scène plus élevée. Il nest pas indifférent de donner une idée de cequétaient alors les coulisses et les cafés du boulevard du Temple. « Quesi les auteurs actuels se trouvaient reportés comme par enchantementdans les coulisses et les cafés du boulevard du Temple de ce temps-,dit Brazier, ils ouvriraient de grands yeux et resteraient béants !... Le caféde la Gaieté ressemblait plutôt à un estaminet de la rue Guérin-Bois-seau quau café dun théâtre. Une salle immense , un billard dans unechambre au fond , des tables vermoulues, des tabourets cassés, quatremauvais quinquets qui fumaient au lieu déclairer; voilà ce quétaientcertains cafés du boulevard du Temple. « Quant au théâtre de Nicolet,voici comment il est caractérisé dans VAlmanach des spectacles de 1791,p. 182 : « Ce spectacle est dun genre tout à fait étranger aux autres;on y allait autrefois pour y jouir dune liberté quon ne trouvait nullepart ailleurs. On y chantait, on y riait, on y faisait une connaissance...et quelquefois plus encore, sans que personne y trouvât à redire ; chacuny était aussi libre que dans sa chambre à coucher. Aujourdhui, labonne compagnie commence à changer un peu le ton de ce spectacle. «Après la mort de Nicolet, le théâtre des grands danseurs du roi prit,vers 1792, le nom de théâtre de la Gaieté. Ribié, qui avait débuté parêtre marchand de contremarques à la porte de Nicolet, prit la directionde ce théâtre en 1795 , et lui donna le nom de théâtre dEmulation,quil abandonna quelque temps après, pour lui redonner le nom de laGaieté. Forcé dabandonner cette direction à Cofm-Rosny en 1799, il lareprit en 1805 et était sur le point de labandonner de nouveau, lorsqueMartainville releva sa fortune en composant de société avec lui le fa-meux Pied de mouton , le niais Dumesnil était délirant de bêtise.En 1808 Bourguignon succéda à Ribié dans lexploitation de ce théâtre.U démolit le vieux bâtiment noir et enfumé, ancien berceau de la Gaieté,et le remplaça par une salle élégante, à trois rangs de loges, dont linau-guration eut lieu en 1808. M. Guilbert de Pixérécourt obtint le privilègede ce théâtre en 1825, quil céda à Bernard Léon en 1835. Le 23 fé-vrier de cette année , pendant une répétition générale de lEnfant deParis , le feu prit à une décoration , et en moins dun quart dheure lethéâtre fut réduit en cendres. Neuf mois après, le 19 novembre, la salle,reconstruite entièrement en fer, fut ouverte à la foule des curieux quiassiégeaient ses portes. On lit aujourdhui sur la façade :

THEATRE DE LA GAIETÉ

Réédifié en fer la meme année.BouCLOT architecte.

Incendié le 21 février i835.

Fondé en 1670Par J.-. Nicolet.

Reconstruit 180S.

DRAME. MELODRAME.

VAUDEVILLE. FOLIE.

Le théâtre des Folies dramatiques, situé boulevard du Temple,n° 74. Ce théâtre a été construit en 1830 sur lemplacement de lancienAmbigu comique, incendié le 14 juillet 1827, et inauguré le 22 janvier

1831, par un prologue en vaudeville intitulé les Fous dramatiques , etpar le mélodrame des Quatre Parties du monde. Parmi les comédiensqui y ont tour à tour attiré la foule, nous citerons Frédéric Lemaître,dans Robert Macaire , et Philippe dans les Aventures de M. Jovial.

Le Cirque olympique, situé boulevard du Temple, n os 76-82, a étébâti sur un terrain il y avait autrefois des fantoccini chinois , uneménagerie danimaux et un théâtre de petits comédiens français. En1780, un Anglais nommé Astley établit rue du Faubourg du Temple unmanège il venait tous les ans faire des exercices déquitation. En1783, Astley sassocia avec Franconi père, qui lannée suivante restaseul pour exploiter cet établissement. En 1802 Franconi transporta cetétablissement sur lancien terrain des Capucines, il resta jusquen1806, époque le projet de construction de la rue de la Paix nécessitala démolition des bâtiments des Capucines et du cirque. Les frères Fran-coni ayant succédé à leur père, obtinrent alors lautorisation de faireconstruire rue du Mont-Thabor, un cirque et un théâtre, ils donnèrentdes représentations jusquen 1816, époque ils firent construire, Fau-bourg du Temple, sur lemplacement était précédemment le manègedAstley, un vaste et beau cirque, ils jouèrent pour la première foisle 8 février 1817. Dans la nuit du 15 au 16 mars 1826, un incendiedont rien ne puf arrêter les effets , détruisit le cirque et le théâtre defond en comble. Le produit des représentations données par tous lesthéâtres au bénéfice des frères Franconi, et celui des souscriptions ou-vertes en leur faveur, les mirent à même de réparer le désastre dont ilsavaient été victimes. Us abandonnèrent toutefois le Faubourg du Tem-ple, et choisirent sur le boulevard de ce nom un emplacement favorable,entre lancien Ambigu et lhôtel Foulon, ils firent édifier le nouveaucirque qui existe aujourdhui, dont louverture eut lieu le 31 mars1827. Le terrain quoccupe le Cirque olympique a la forme dun rec-tangle de 49 m. 91 c. de longueur, sur 29 m. 23 c. de largeur; lafaçade principale est sur le boulevard du Temple. Lédifice est complè-tement isolé par deux larges passages, fermés aux deux bouts par desgrilles en fer.

Le faubourg du Temple était autrefois un lieu rempli de jardins ethabité par des courtilliers ou jardiniers, d lui est venu le nom de Cour-tille, quil partageait avec beaucoup dautres localités, comme la Cour-tille St-Martin et la Courtille Barbette , assez voisines lune de lautre.Ces cotirtilles ou jardins champêtres étaient ordinairement plantées devignes qui produisaient du vin que lon consommait habituellement surles lieux, parce que, ainsi que de nos jours, il y était moins cher quedans lintérieur de Paris : dès le xv e siècle , on disait proverbialementet lon dit encore dans le xix c siècle : Allons boire du vin à la Courtille. Cest à la Courtille et dans toute la longueur de la rue du Faubourgdu Temple que se termine à Paris, dune manière peu édifiante, le mardigras, dans la matinée du mercredi des Cendres. Quand toute la ville sestbien promenée pendant trois jours, quand tout Paris, depuis le riche dandyqui mange la fortune de son père, jusquà louvrier, qui a mis son dernierdrap de lit au mont-de-piété, se sont bien livrés à toutes les joies qui sontà leur portée, les uns et les autres se rendent à la Courtille la nuit mêmedu mardi gras ; les uns pour y danser et boire, les autres y viennent lematin pour y jouir de livresse du peuple. Au point du jour, ce peu-ple, fatigué de plaisirs, moitié couvert de haillons, moitié couvert dha-bits de fête, après avoir bu jusquà sa dernière goutte de vin, après avoirmangé son dernier morceau de pain, abandonne le grand salon pour ren-trer triste à sa maison en se dirigeant vers la rue du Faubourg du Temple;cest ce quon appelle la descente de la Courtille. Cest une mêlée, unbruit, une cohue immenses : les beaux jeunes gens de la ville et les bellespetites-maîtresses, encore toutes pâles et tout en désordre du festin et dubal de la nuit, accourent et se rangent sur le chemin pour voir tout lepeuple descendre ; ceux qui passent insultent ceux qui regardent passer ;les uns et les autres se disent mille injures, et dans leurs reproches,dans leurs injures, dans leurs dédains les uns et les autres ont raison.

La Courtille tenait jadis le premier rang parmi les lieux consacrés à ladébauche et à livrognerie; elle dut son nom au fameux Jean Rampon-neau, marchand de vin dont la réputation commença à la Courtille, etqui, en 1760 , transporta son établissement dans la rue Blanche. En