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VILLE DE PARIS. — SEPTIEME ARRONDISSEMENT. — X" 25. QUARTIER STE-AVOYE.
vendant un sou meilleur marché que tous ses confrères, un vin dontvenaient s’enivrer le peuple et les officiers, les ouvriers et les grandsseigneurs, il attira la foule et lit une fortune considérable. Son désinté-ressement, sa loyauté, les scènes plaisantes qui se passaient dans sa guin-guette , excitèrent l’enthousiasme et la reconnaissance des Parisiens ;les voitures armoriées, les équipages stationnaient à sa porte ; on retenaitdes salons huit jours à l’avance, on allait dîner chez lui seulement poul-ie voir, l’entendre. Dès lors tout se fit à la Ramponneau, on dansait àla Ramponneau, on chantait à la Ramponneau, on buvait à la Rampon-neau ; bagues, épingles, tabatières, éventails, coiffures, tout était à laRamponneau. — Ramponneau avait encore d’autres moyens pour aclia-lander sa guinguette : doué d’une de ces faces et de ces rotondités qui rap-pelaient sur-le-champ que Bacchus était son patron, son seul aspect eûtdonné l’envie de consommer sa marchandise , et, buveur intrépide , ileût au besoin tenu tête à toute sa clientelle. Ramponneau a été célèbrependant longtemps : il a frayé avec toutes les notabilités dansantes, man-geantes et buvantes du boulevard du Temple : Taconet, qui a laissé dessouvenirs au théâtre comme acteur et comme auteur, allait souvent à laguinguette de Ramponneau. Les auteurs du temps qui travaillaient pourles petits spectacles allaient chercher des inspirations dans ce cabaret ;Dorvigny, qui se disait le fils de Louis XV et qui n’en était pas plus fierpour cela, y allait composer ses romans et ses comédies.
Au u° 88 est l’estaminet du Caveau et le rendez-vous du Cirque, oiifurent arrêtés le 8 février 1845 plus de deux cents malfaiteurs et rece-leurs, qui se réunissaient dans ces deux tapis francs.
Le boulevard du Temple a eu dans ces derniers temps deux niais cé-lèbres, Bobèche et Galimafré ; Bobèche était malin, caustique, et sous saveste rouge, son chapeau gris à cornes, ila souvent dit de grosses vérités;il a joui de tous les privilèges accordés aux supériorités, il a été jouerchez les grands seigneurs, chez les ministres, chez les banquiers ; onavait Bobèche comme on aurait un grand acteur. Galimafré a tenu unrang honorable parmi les paillasses ; c’était ce qu’on appelle on niaisbalourd -. Bobèche était populaire, Galimafré populacier.
Sur le boulevard du Temple demeurait Ribié, ancien directeur despectacle, dont la vie fut si aventureuse ; Ribié qui disait : « Si demainil n’y avait plus dans Paris que cinq sous d’argent monnayé, je feraisune affiche, et je répondrais de mettre six blancs dans ma poche. » Cecomédien est mort aux îles dans un état voisin de l’indigence, après avoirfait sa fortune cinq ou six fois dans sa vie.
Rue de Vendôme, n°6, était la communauté des filies du Sauveur,institution fondée en 1701 par une dame Desbordes, pour procurer unasile de repentir à des femmes de mauvaise vie. Cetle communauté futétablie dans le principe dans la rue du Temple, près de la rue Portefoin ;mais, s’y trouvant trop à l’étroit, elle fit l’acquisition d’une maison beau-coup plus commode rue de Vendôme. Dans les derniers temps, les reli-gieuses hospitalières de St-Thomas de Villeneuve dirigeaient cet éta-blissement , qui a été supprimé en 1790 ; il ne reste plus rien de l’égliseni du couvent, dont l’emplacement est occupé par une maison particu-lière. — Attenant cette communauté était le jeu de paume du ci-devantcomte d’Artois, le plus beau jeu de paume de Paris, dont la façade don-nait sur le boulevard.
SEPTIÈME ARRONDISSEMENT.
Les limites de cet arrondissement sont : les rues de la Corderie et deBretagne n” impairs, la rue Vieille-du-Temple n“ impairs jusqu’à lala rue de Paradis, la rue des Francs-Bourgeois au Marais n"' impairs,partie de la rue Neuve-Ste-Catherine n os impairs, la rue Culture-Ste-Catherine n°‘ impairs, la rue St-Antoine n' n pairs, la rue delà Tixe-randerie n'” pairs , la place de l’Hôtel-de-Ville n'” impairs, le quaiPelletier, le quai de Gèvres, la place du Châtelet n os pairs, la rue St-Jacques-la-Boucherie n°’ impairs, la rue des Arcis et la rue St-Martinn“ s impairs, la rue Grenier-St-Lazare et la rue Michel-le-Comte n"‘ im-pairs , la rue du Temple n°* pairs jusqu’à la rue de la Corderie.
*r° 25. QUARTIER STE-AVOYE.
Ci-devant section de la Réunion , et ensuite section de la rue lieaubourg.
Les limites de ce quartier sont ; la rue du Cimelière-St-Nicolasn ÜS impairs, la rue Chapon n°' impairs, la rue Ste-Avoye n°‘ impairs,la rue Bar-du-Bee n” s impairs, la rue de la Verrerie n”' pairs, la rueSt-Martin n os pairs jusqu’à la rue du Cimetière-St-Nieolas. — Su-perficie 200,000 m. carrés, équivalant à 0,006 de îa superficie totalede Paris.
L’église St-Merri, située rue St-Martin, entre les n*" 2 et 4, est leseul édifice remarquable de ce quartier.
Cette église doit son origine à une chapelle connue dès le vi c siècle,sur l’emplacement de laquelle le chapitre de Notre-Dame fonda unecollégiale en 1010. Elle fut reconstruite vers 1520, telle qu’elle est au-jourd’hui , et terminée seulement vers l’an 1612 : c’est un édifice d’unearchitecture élégante et riche en ornements, auquel on a fait d’impor-tantes réparations en 1S36. Une ceinture de nombreuses chapelles l’en-toure , et quelques-unes se font encore remarquer par les beaux vitraux,exécutés par Pinaigrier. Le maître-aulel est isolé, et fait en forme detombeau antique ; on assure qu’il renferme en dessous la châsse de saintMerri. Les chapelles des croisées sont ornées de colonnes corinthiennessupportant des frontons triangulaires. La chapelle de la Communion ,éclairée par trois lanternes, a été reconstruite en 1754. L’église est ornéede plusieurs tableaux de Coypel, Belle, Vouet, C. Vanloo, et de quel-ques artistes modernes. On y voit aussi de remarquables peintures surbois exécutées au xvi e siècle. Pendant la révolution, l’église St-Merri aété transformée en temple du commerce.— Les principaux personnagesenterrés dans cette église sont : le savant Raoul de Presles ; le marquisde Pomponne ; Je poète Chapelain, etc., etc.
Derrière le chevet de St-Merri est l’hôtel des Consuls, où les juges -du tribunal de commerce de Paris tinrent leur siège depuis 1570 jusqu’àla fondation de la bourse.
Le ministre Suger habitait en 1140 près de St-Merri. La traditionne nous a conservé aucun autre renseignement sur l’emplacement de samaison ; il est probable que ce n’était pas un palais.
VARIÉTÉS HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES.
Rue de Montmorency demeurait, en 1749, le poète Gresset,chez M n, ° Thiroux de Lailly, qui habitait cette rue, laquelle portait alorsle nom de Courteau-Villain.
C’est aussi rue de Montmorency, et dans l’hôtel de ce nom, quemourut le poëte Théophile Viaud, inhumé à St-Nicolas des Champs en1626.
Rue Michel-le-Comte était le Jeu de paume de la Fontaine, oùJacques Avenet avait établi, en 1632, un théâtre où se jouaient descomédies et des farces. Les habitants des rues Michel-le-Comte et Gre-riier-St-Lazare s’étant plaints au parlement du grand nombre de car-rosses qui obstruaient ces rues, de l’insolence des pages et des laquais,et des vols qu’y commettaient les filous attirés par ce théâtre, le théâtrefut fermé en 1633. Eu 1660 les comédiens de l’hôtel de Bourgogne seséparèrent en deux troupes ; l'une conserva son premier théâtre, l’autrese fixa rue de la Poterie, à l’hôtel d’Argent, puis rue Vieille-du-Temple,et ensuite rue Michel-le-Comte, où elle resta sous le nom de théâtre duMarais. A cette époque, il fut enjoint aux comédiens de l’hôtel de Bour-gogne et à ceux du Marais d’ouvrir la porte de leur théâtre à une heureaprès midi, et de commencer à deux heures précises leurs représentations,pour que le spectacle fût fini avant quatre heures et demie : on dînaitalors à midi, il n’y avait point de lanternes à Paris, on y voyait peude carrosses, beaucoup de boue et de voleurs. En 1673 le théâtre de larue Michel-le-Comte fut démoli, et la troupe du Marais vint s’établir rueMazarine, en face la rue Guénégaud.
Au n° 20 demeurait Dubois de Crancé, député à la convention na-tionale , ministre de la guerre en remplacement de Bernadotte. Répu-blicain sincère, lors de l’épuration de la société des jacobins, il voulait