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VILLE DE PARIS. — SEPTIEME ARRONDISSEMENT.
N ü 26. QUARTIER DU MONT-DE-PIETE.
etablissement occupe l’ancien Palais-Cardinal, construit en 1712 , parArmand Gaston, cardinal de Rohan ; c’est une dépendance de l’hôtel deSoubise, où , au commencement de 1791, Tallien fonda le club de lasociété fraternelle, dont il était le principal orateur; c’était le club leplus nombreux qui existât alors ; on y comptait plus de huit cents as-sociés.
L’imprimerie royale était dans le principe au Louvre, puis à l’hôtelde Toulouse, où est actuellement la Banque de France ; elle a été trans-férée en 1809 dans le local qu’elle occupe aujourd’hui. Cet établisse-ment, dont la fondation est due à François I er , passe pour être ce qu’ily a de plus complet et de mieux entendu en ce genre. Il possède cin-quante-six corps de caractères orientaux qui comprennent toutes lesécritures connues des peuples de l’Asie, anciens et modernes ; seizecorps de caractères des peuples de l’Europe qui n’emploient point lescaractères latins dont nous nous servons ; et quarante-six corps completsde ces derniers, de diverses formes et de différentes dimensions. Toutesles fontes réunies pèsent au moins quatre cent mille kilogrammes.
Les imprimeurs de Paris sont autorisés à faire composer et imprimerà l’imprimerie royale la partie des ouvrages qu’ils auraient entrepris ,dans laquelle il se trouverait des caractères orientaux, ou quelques-unsdes signes particuliers qui existent dans la typographie de cet établisse-ment.
Les personnes qui désirent visiter l’imprimerie y sont admises lesjeudis, sur l’autorisation du directeur.
Au coin de la rue de Poitou et de celle de l’Echaudé est la plus an-cienne fontaine du quartier. Elle fut élevée en 1671, et a pris son nomd’un pâté de maisons en forme de triangle, qui donne sur trois rues, etqu’on appelait Echaudé. Le monument représente un plan octogoneorné de moulures, et divisé en compartiments ; la partie supérieure estsurmontée d’un vase.
VARIÉTÉS HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES.
Rue d’Anjou au Marais, n°20, était I’hôtel Bertin, dit des partiescasuelles , où on a longtemps joué la comédie bourgeoise derrière unparavent ; tout y était pêle-mêle, les grands seigneurs et les comédiens, laGuimard et le prince de Soubise, l’évêque d’Orléans et M !le Raucourt,Marmontel et Cailhava, Lemière et le marquis de. Bièvre.
Rue du Chaume, n os 19 et 21, était le couvent be la Merci. En1348, Arnoul de Braque, bourgeois de Paris, fonda un hôpital et unechapelle auprès d’une porte ou plutôt d’une poterne de Paris , situéeentre la porte du Temple et la porte Barbette, à l’endroit qui fait aujour-d’hui le coin des rues du Chaume et deBraque.En 1613, la reine Mariede Médicis plaça dans cette maison les religieux de la Merci. La vieillechapelle du xiv e siècle et les bâtiments de l’ancien hôpital devenu cou-vent furent abattus au xvm e siècle, et sur leur emplacement le monas-tère des Pères de la Merci fut rebâti à neuf, sur lès plans de l’architecteCottard. L’église renfermait le tombeau du maréchal de Thémines ; lemaître-autel était orné des deux statues de Pierre Nolasque et de St-Raymond , fondateurs de l’ordre de la Merci, pur Michel Auguièr. —Le couvent de la Merci ou de Notre-Dame de la rédemption des captifs,fut supprimé en 1790, et démoli peu de temps après. La voûte del’église a été abattue , mais on a couservé les murs qui la soutenaient,ainsi qu’une partie du grand portail ; cette nef sans toiture sert main-tenant de magasin à charbon.
La salle de ce couvent qui servait de réfectoire aux religieux fut con-vertie en une petite salle de spectacle par Cabanis et un autre amateurdu théâtre, où eux-mêmes montaient des parties et jouaient fort agréa-blement la comédie; c’est sur ce théâtre, appelé théâtre de la rue duChaume, que Lagrenée fit ses premiers débuts comme auteur et commeacteur.
Rue Vieille-du-Temple. Au-dessous du vaste égout que l’on vitsi longtemps dans cette rue, les comédiens de l’hôtel d’Argent, se trou-vant trop à l’étroit rue de la Poterie-des-Àrcis, établirent, au commen-cement du règne de Louis XIII, dans un jeu de paume de la rue Vieille-du-Temple, un théâtre qui prit le nom de théâtre du Marais. A cette
époque, les jeux de paume qui étaient en vogue pouvaient être à peu defrais transformés en théâtres : uue estrade élevée à l’une de leurs extré-mités formait le théâtre proprement dit, sur lequel deux ou trois châssisde chaque côté, comme coulisses, représentaient, tant bien que mal, lelieu de la scène ; presque toujours le changement de décoration se bor-nait à la toile du fond. Une galerie élevée sur les parties latérales dujeu de paume formait les loges ; le parterre occupait tout l’espace quis’étendait au-dessous de ces galeries : on y était debout sur les dalles enpierres qui pavent ordinairement les jeux de paume ; les places les plusrecherchées par les élégants étaient sur des banquettes rangées le longdes coulisses sur le théâtre. ■— Dans le principe, le théâtre du Maraiseut de la peine à se soutenir, à cause de la position éloignée du centrede Paris, dans un temps surtout où les rues étaient boueuses, mal éclai-rées et infestées de filous. Cependant le talent des acteurs finit par yattirer l’élite des pièces alors en vogue, et le public surmonta la diffi-culté de ses abords. La troupe du Marais subsista jusqu’à la mort deMolière, en 1673, époque où les meilleurs acteurs de sa troupe se réu-nirent aux comédiens français de l’hôtel de Bourgogne, avec lesquels ilsfurent s’établir dans un jeu de paume de la rue Mazarine, où la troupedébuta, en 1673, par la première représentation de Le'odamie, tragédiede M lle Bernard.
C’est dans la rue Vieille-du-Temple que le duc d’Orléans fut assas-siné le 20 novembre i 407. Il avait soupe avec la reine qui habitait dansla même rue, près de la porte Barbette; le repas s’était prolongé gaie-ment, lorsqu’un valet de chambre du roi vint le prévenir de se rendreauprès du roi qui avait à lui parler. Le duc se fit amener sa mule, etsortit accompagné seulement de deux écuyers montés sur le même che-val et de quatre ou cinq valets de pied portant des flambeaux. A peineétait-il à cent pas de l’hôtel de la Reine, que dix-huit ou vingt hommesarmés, qui étaient embusqués devant une hôtellerie nommée l’Image-Notre-Dame, s’élancèrent sur lui tout à coup. Le cheval des deuxécuyers eut peur et les emporta au loin. Les assassins tombèrent sur leduc d’Orléans en criant : « A la mort! à la mort! » Bientôt le ducfut renversé de sa mule. Il se releva sur ses genoux ; mais tous à la foisfrappèrent sur lui à grands coups de hache, de masses et d’épées. Unjeune page essaya de le défendre et fut aussitôt abattu ; un autre futblessé grièvement et n’eut que le temps de se réfugier dans une bou-tique de la rue des Rosiers. En un instaut tout fut achevé, et un hommede taille élevée, vêtu d’un chaperon, rouge qui lui descendait sur lesyeux, dit à haute voix: « Eteignez tout, et allons-nous-en; il estmort ! » Les assassins montèrent alors sur des chevaux préparés à laporte de la maison Notre-Dame, et s’enfuirent par la rue des Blancs-Manteaux, hâtant le train et criant : « Au feu ! au feu !» — Le bruitavait attiré aux fenêtres les gens de l’hôtel du maréchal de Rieux ; unécuyer descendit et trouva le malheureux duc étendu sur le pavé, mortet tout mutilé ; la tête était ouverte par deux effroyables blessures; lamain gauche avait été coupée ; le bras droit ne tenait plus que par unlambeau. Le corps fut transporté le lendemain à l’église des Blancs-Manteaux.
La porte Barbette était située rue Vieille-du-Temple, un peu au-dessous de l’endroit où débouchent dans cette rue les rues de Paradis etdes Francs-Bourgeois.
Au n° 51 est l’ancien hôtel des Ambassadeurs de Hollande, bâti surles dessins de Cottard, et remarquable par ses décorations intérieures.Sur la porte d’entrée du côté de la cour, on voit un bas-relief de Rey-naudin représentant Rémus et Romulus allaités par une louve. Le pla-fond de l’escalier, peint par Poerson, représentait l’Aurore. Youet avaitpeint le plafond de la seconde antichambre, Vien le plafond du salon, etCorneille avait peint l’histoire de Psyché au plafond et dans neuf ta-bleaux de la galerie.
Rue du Grand-Chantier. Amédée VII, comte de Savoie , possé-dait en 1388 un hôtel d’une grande étendue formant deux habitationsséparées qui se prolongeaient jusqu’à la rue de l’EchelIe-du-Temple(Vieilles-Haudriettes), et dont l’un s’appelait l’hôtel de Savoie, et l'autrele petit hôtel de Savoie.