VILLE DE PARIS. — SEPTIEME ARRONDISSEMENT. — N" 27. QUARTIER DU MARCHE ST-JEAN.
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Au n° 10 demeurait en 1757 le garde des sceaux de Machault, qui,pour provoquer des révélations de Damiensj, assassin de Louis XV,eut l’infamie de torturer lui-même ce malheureux en lui brûlant lesjambes avec des pincettes rougies au feu , eu présence du chancelierMaupeou et du ministre des affaires étrangères Rouillié. Beccaria, dansson livre des Délits et des peines, ne cite que deux exemples de jugesqui oui aimé à faire couler le sang . en Angleterre, c’est Jeffreys ; enFrance, de Machault. De tels hommes, dit-il, n’étaient pas nés pour lamagistrature ; la nature les fit pour être bourreaux.
Au n° 14 demeurait en 1815 le procureur général Bellart, qui dé-ploya le zèle le plus impitoyable dans les procès du maréchal Ney, deM. de Lavalette, et dans la conspiration dite de la Rochelle. — Dans leprocès du maréchal Ney , si ce brave des braves ne fut pas sauvé, onpeut en attribuer la cause au talent extraordinaire que déploya M. Bel-lart contre lui. Il fut véritablement prodigieux dans l’attaque ; argu-ments'pressants, style brillant et vif, mouvements éloquents, énergie,impatience, fureur , il épuisa toutes les ressources de l’art; telle étaitmême son ardeur immodérée dans la poursuite, qu’il alla jusqu’à indi-gner un journaliste bien connu dans ce temps-là pour la violence de sesopinions royalistes et la causticité mordante de son esprit : « Malheu-reux! s’écria celui -ci, et de manière à être entendu par plus de centpersonnes qui étaient à côté de lui, laisse-le donc cuire , tu le mange-ras après. » Jamais paroles sorties d’une bouche qui aurait voté dansle sens de la condamnation ne peignirent mieux l’âpreté virulente del’accusation et l’époque sinistre où se commentaient de pareilleshorreurs.
Rue des Quatre-Fils, n° 22, habitait M U1C Dudeffant. Lorsqu’elleeut passé l’âge de la galanterie, elle fit longtemps le charme des conver-sations d’un cercle qui se tenait chez elle, et qui devint le rendez-vousde ce qu’il y avait de plus illustre à Paris : étrangers, grands seigneurs,ministres, femmes aimables, hommes d’esprit de toutes les conditions,tenaient à honneur d’y être admis : d’AIembert, Montesquieu, Voltaire,Walpole, Pont deVeyle, etc., etc., faisaient partie de cette société.H J,c de Lespinasse, l’amie et l’obligée de M"* Dudeffant, fut d’abord leprincipal ornement de cette réunion. Mais une querelle survint entreles deux amies, à la suite de laquelle M Uc de Lespinasse prit un mo-deste appartement où elle fut suivie par tous les amis de d’Alembert.—La mémoire de M ,u * Dudeffant n’a point à se louer, toutefois, de la pu-blication de sa correspondance avec Horace Walpole. Avant cette publi-cation, on savait que cette dame avait beaucoup d’esprit, mais on igno-rait, en grande partie du moins , les défauts de son caractère; aprèsavoir Iules lettres de M me Dudeffant, on se félicite d’avoir échappé aumalheur de la connaître.
Aun ü 8 habitaient le prince Jui.es de Polignac et le duc de Rivière,qui furent arrêtés dans cet hôtel le 4 mars 1804, lors de la conspirationde Georges Cadoudal.
Rue de Bretagne, n° 39, est le marché des Eafants-Rouges, éta-bli en 1628 près de l’hospice des Enfants-Rouges , fondé en 1554 parMarguerite de Navarre, sœur de François I er , pour de pauvres pe-tits enfants orphelins , et sur l’emplacement duquel on a percé la rueMolav.
Au n° 2 est I’hotel de Tallard, bâti sur les dessins de Bulet ; l’es-calier est un des plus beaux de Paris.
Rue de l’Homme-Armé était 1 ’hôtel de Jacques Coeur, décoré deses armes, qui existait encore il y a peu d’années.
N° 27. QUARTIER DU MARCHÉ ST-JEAN.
Ci-devant section des Droits-de-l’Homme, et ensuite section du Roi-de-Sicile .
Les limites de ce quartier sont : la rue du Coq-St-Jean n ÜS pairs, lame de la Tixeranderie n os pairs, la rue St-Antoine n ÜS impairs jusqu’àla rue Culture-Ste-Catherine, la rue Culture-Ste-Catkerine n os impairs,la rue Neuve-Ste-Catlierine et la rue des Francs-Bourgeois n ÜS impairs,la rue Ste-Croix-de-la-Bretonnerie n° 8 impairs, la rue Bar-du-Bec n oa
pairs, la me de la Verrerie n°* pairs jusqu’à la rue du Coq-St-Jean. —Superficie 210,000 m. carrés, équivalant à 0,006 de la superficie totalede Paris.
On remarque dans ce quartier :
L’église des luthériens, anciennement des Carmes-BiUettes, situéerue des Billettes, n° 16, et dont voici l’origine. Sous Philippe le Bel, unriche juif, nommé Jonathas, fut accusé d’avoir mutiléetfait bouillir unehostie consacrée, condamné à mort pour ce fait et brûlé en place deGrève en 1302, et ses biens qui étaient immenses furent confisqués.Sur une partie de sa maison, un bourgeois de Paris fit construire une■chapelle que l’on nomma chapelle des Miracles, et sur Remplacementde laquelle on construisit plus tard un couvent de Carmes et une église ;on fêtait encore en 1788 dans l’église St-Jean en Grève, l’anniversaire dela mort du malheureux juif Jonathas par une procession solennelle.
Le couvent des Carmes-Billettes fut supprimé en 1790. L’église, aprèsavoir été longtemps fermée, fut donnée en 1812 aux protestants de laconfession d’Augsbourg. L’historien Papire Masson a été enterré dans l’é-glise des Billettes, qui possède aussi le cœur de l’historien Mezeray,mort en 1683.
La prison de la Force, située rue Pavée au Marais, n° 22, et rueduRoi-de-Sicile, n” 2. En 1265, Charles, roi de Naples et de Sicile, avaitdans la rue de ce nom un hôtel dont le duc d’Alençon fit l’acquisition en1292. Cet hôtel fut cédé en 1389 au roi Charles VI. Les rois de Na-varre, le comte de Tancarville, le cardinal de Meudon et le cardinal deBiragues en furent ensuite propriétaires ; ces derniers le firent rebâtirau xvi e siècle. Eu 1583, le duc de Roquelaure en fit l’acquisition et lerevendit au comte de St-Paul, dont cet hôtel prit le nom. Il passa succes-sivement au comte de Bouthilier, à M. de Chavigny et ensuite au ducde la Force, dont il a retenu le nom jusqu’à nos jours ; le bureau dessaisies réelles, du vingtième et ensuite la ferme des cartes y furentétablis.
Sous le règne de Louis XVI, des réclamations pressantes s’élevèrentde tous côtés en faveur des prisonniers de Paris. On demanda pour euxun peu de pitié, et en même temps l’abandon des geôles féodales où ils souf-fraient tant. Ces réclamations, appuyées par le ministre Necker, furententendues, et le 30 août 1780 une déclaration du roi ordonna l’établis-sement d’une prison à l’hôtel de la Force., la suppression du Fort-l’E-vêque et du Petit-Châtelet. On mit deux années à transformer cel hôtelen geôle, et les détenus n’y furent transférés qu’au mois de janvier1782. Cette prison était alors divisée en six départements : le premier,destiné au concierge et aux employés subalternes; le deuxième aux pri-sonniers retenus pour n’avoir pas payé les mois de nourrice de leurs en-fants; letroisièmeaux débiteurs civils; le quatrième aux prisonniers de po-lice ; le cinquième aux femmes, et le sixième au dépôt de mendicité. Cesdivisions ont éprouvé depuis bien des changements.—L’hôtel de Briennefut aussi converti en prison vers la même époque, et appelé la Petite-Force , par opposition à la Grande-Force, dont on vient de parler. Cesdeux prisons, qui dans l’origine ne communiquaient pas entre elles, bienque contiguës, n’en forment plus qu’une seule aujourd’hui. La Petite-Force avait été destinée aux filles publiques, lorsqu’on supprima laprison St-Martin en 1785 ; elle ne changea de destination que peu detemps avant 1830.
La prison de la Force fut une de celles qui renfermaient le plus de dé-tenus à l’époque des massacres de septembre, qui y durèrent-pendantcinq jours ; 159 hommes et une femme y ont été égorgés. Le 3 septem-bre, la princesse de Lamhalle parut devant le simulacre de tribunal deshommes couverts de sang, ivres de vin et plus encore de férocité. Aprèsun simulacre d’interrogatoire, on lui ordonne de jurer haine au roi, àlareine et àla royauté. «Ce serment n’est pas dans mon cœur, répondit-elle. »Aussitôt elle est entraînée vers le guichet et massacrée ; on lui coupe latète et les seins, on lui arrache le cœur, et les tigres qui venaient de lamutiler placent sa tête au bout d’une pique et vont la montrer au Tem -pie à Louis XVI et à sa famille. « Tout ce que la férocité peut pro -duire de plus horrible et de plus froidement cruel, dit Mercier (1), fa t
(i) Le Nouveau Paris, t. i, p. m.