VILLE DE PARtS.
HUITIÈME ARRONDISSEMENT.
N° 31. QUARTIER DU FAUBOURG ST-ANTOINE.
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fut voté en 1816 par les deux chambres, sur la demande de M. de Cha-teaubriand.
La place de la porte St-Antoine ou de la Bastille. Cette place aété formée sur une partie de l’emplacement qu’occupaient les fossés dela Bastille et la porte St-Antoine. Elle servit aux executions du 21prairial an u au 25 du même mois, époque où l’instrument de supplicefut transféré à la barrière du Trône, dite alors barrière renversée; quatre-vingt-dix-sept victimes y furent exécutées dans l’espace de cinq jours.
Le 10 juillet 1791, les restes mortels de Voltaire, transférés de l’ab-baye de Sellières à Romilly, furent déposés à leur arrivée à Paris surla place de la Bastille, au milieu d’un bosquet factice de myrtes, de roseset de lauriers. Le cercueil fut placé à l’endroit même qu’avait occupé latour où fut la prison de Voltaire. Avec des pierres provenant de la dé-molition de cette forteresse , on avait formé un rocher sur le sommetet autour duquel on voyait diverses figures allégoriques et cette ins-cription :
REÇOIS EX CE LIEUOC t’enchaixa LE DESPOTISME,
VOLTAIRE,
LES HOMMAGES QUE TE REXD LA PATRIE.
Le lendemain , 11 juillet, le corps de Voltaire fut enlevé à deuxheures après midi, et transféré avec solennité au Panthéon, en suivantles boulevards. Arrivé en face de l’Opéra, qui occupait alors le théâtrede la Porte-St-Martin , le cortège s’arrêta devant cet édifice , dont lafaçade était décorée de festons, de guirlandes de feuillage, et de draperiesretroussées par des guirlandes de fleurs. Sur un autel antique était lebuste de Voltaire, au-dessous duquel on lisait : Temple de la Gloire, etles titres des deux opéras Pandore et Samson, dont il était l’auteur.Des acteurs en habits de caractère, vinrent déposer sur le buste des cou-ronnes et chantèrent un hymne à sa gloire. Le même hommage futrendu aux mânes de cet immortel écrivain par les acteurs de l’Odéon.
La porte St-Antoixe, construite sous Henri II afin de renfermer laforteresse de la Bastille dans Paris, avait été décorée de sculptures parJean Goujon ; restaurée et agrandie en 1670 , elle fut démolie en 1777pour faciliter la circulation du quartier alors comme aujourd’hui l’undes plus populeux de Paris.
La colonne de Juillet s’élève au centre de la place dé la Bastille,sur l’emplacement où l’on eut le projet sous l’empire de construire lafontaine de l’Eléphant. Ce monument funéraire a été élevé par ordon-nance royale du 6 juillet 1831, eu l’honneur des victimes des troisjournées. La colonne a depuis sa base jusqu’au sommet 82 m. 33 c. dehauteur ; elle est toute en bronze, ainsi que l’escalier intérieur, forméde deux cent cinq marches. Le piédestal, dont le fond est couvert d’unrang de cannelures, est décoré sur ses quatre faces d’une manière diffé-rente : sur la face principale se détache en ronde bosse un lion placé surun zodiaque, qui représente la force populaire et le signe astronomiquede juillet ; au-dessus, sur une large table, on lit cette inscripiton gravéeen creux et dorée :
A LA GLOIREDES CITOYENS FRANÇAISqui s’armèrent ET COMBATTIRENTPOUR LA DÉFENSE DES LIBERTÉS PUBLIQUES,
DANS LES MÉMORABLES JOURNÉESDES 27, 28 ET 29 JUILLET 1830.
Sur la surface postérieure figurent les armes de la ville de Paris, etsur une table parallèle à la précédente , cette inscription :
LOI DU 13 DÉCEMBRE 1830.
Art. i5.
Un monument sera consacré à la mémoire des événements de Juillet.
LOI du 9 mars 1833.
Art. 2 .
Ce monument sera érigé sur la place de la Bastille.
Les deux faces latérales, qui sont semblables, portent encadrées dansdes guirlandes les dates des 27, 28, 29 juillet, sous lesquelles sont pla-cées des couronnes de laurier et des palmes triomphales.
Les moulures du piédestal sont partout couvertes de riches ornementsciselés. Aux quatre angles sont placés des coqs gaulois.
Le fût de la colonne, partie uni, partie orné, est terminé par des cau-nelures en haut et en bas ; des bracelets ornés séparent en trois partiesl’espace intermédiaire; ces bracelets, au nombre de quatre, sont ornésde tètes de lion, dont la gueule ouverte donne du jour et de l’air àl’intérieur ; entre les têtes sont des boucliers, portant en chiffres saillautset dorés les dates 27, 28, 29 juillet 1830 : le reste du bracelet est cou-vert d’un rinceau d’ornements ; chacune des trois parties unies, de 5 m.de hauteur, représentant une des journées, est divisée en six colonnes,comprenant vingt-huit noms : ce qui fait cent soixante-huit entre cha-que bracelet et cinq cent quatre pour la totalité.
Le chapiteau, la plus grande pièce de fonte qui ait encore été coulée,pèse dix mille cinq cents kilogrammes à lui seul, et ses dimensions sontvraiment colossales, car il a, par le haut, 5 m. de face; sa hauteur estde 2 m. 70 c.; ses ornements consistent, par le bas , dans un rang depetites feuilles , surmonté d’une corbeille autour de laquelle s’élèventquatre grandes feuilles formant les angles de la pièce ; de la corbeillesortent des caulicoles qui vont caresser et supporter le tailloir, ainsique des palmettes qui s’élèvent à droite et à gauche d’une tête de liondouble de nature qui forme la rosace du chapiteau ; par-dessus le tout,les pieds appuyés sur les feuilles du bas , et la tête sous la gueule dulion, quatre enfants, de 1 m. 50 c. de hauteur , soutiennent, sur leursb) as, des guirlandes de fruits et de fleurs. Le chapiteau est couronnéd’une balustrade à jour. Sur le milieu s’élève une lanterne, surmontéed’une statue dorée représentant le Génie de la Liberté , ayant brisé lesfers du despotisme, et portant par le monde le flambeau de la civilisa-tion : sur sa tète brille une étoile.
La colonne de Juillet est élevée sur deux soubassements en marbreblanc; le premier est circulaire, et sur sa corniche unie se détachentvingt-quatre têtes de lion, dont la gueule ouverte sert à l’écoulement deseaux du ciel ; le deuxième, qui est carré et porté sur un socle en granitpoli, est orné de moulures et de cadres au milieu desquels sont des mé-daillons de bronze représentant les attributs de la Justice, de la Charte,de la Force et de la Liberté : ceux des angles représentent des croix deJuillet. Autour de ces soubassements s’élève une grille en fonte de fer,ayant l’apparence d’une balustrade séparée en vingt-quatre parties pardes pilastres et surmontée d’un rinceau représentant des fers de lance.
La porte qui conduit à la colonne donne aussi accès à une galerie cir-culaire dallée en marbre blanc parsemé d’étoiles et de croix noires ; cettegalerie est éclairée par des grilles placées sur le premier soubassementet par des fenêtres garnies de vitraux colorés au travers desquels onaperçoit la grande voûte ogive du canal St-Martin.
Ce passage sert en quelque sorte de vestibule à deux caveaux funè-bres, dans lesquels on arrive par quatre portes cintrées ; autour de cesportes en bronze découpé à jour, s’ajustent des pilastres et des cornichessculptées et surmontées chacune de trois couronnes de branches de chêneet de cyprès. Dans chaque caveau on a construit un vaste sarcophage de14 m. de long sur 2 m. de large et 1 m. de profondeur , dans lequelsont déposés vingt-cinq cercueils contenant chacun les restes de douzedes combattants.
VARIÉTÉS HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES.
Le faubourg St-Antoine était autrefois un des endroits privilégiésde Paris , où les ouvriers et artisans pouvaient travailler pour leurcompte, sans avoir été reçus maîtres dans les communautés des artsqu’ils exerçaient. Les autres lieux privilégiés étaient le cloître et le par-vis Notre-Dame, la cour St-Benoît, l’enclos St-Denis de la Châtre,celui de St-Germain des Prés, celui de St-Jean de Latrao , la rue deLourcine, l’enclos St-Martin des Champs, la cour de la Trinité, la courdu Temple, les galeries du Louvre, l’hôtel des Gobelins, les maisons despeintres et sculpteurs de l’académie, les palais et hôtels des princes dusang, et les collèges de l’université.
Rue du Faubourg St-Antoine était une vaste maison occupée en1788 par Réveillon, propriétaire d’une grande fabrique royale de pa-piers peints ou travaillaient trois à quatre cents ouvriers. Lors des pre*