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Les quarante-huit quartiers de Paris : biographie historique et anecdotique des rues, des palais, des hôtels et des maisons de Paris / par Girault de Saint-Fargeau
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VILLE i)E PARIS. HUITIÈME ARRONDISSEMENT. N° 32. QUARTIER DES QUIXZE-V1NGTS.

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mières fermentations révolutionnaires, des ouvertures furent, dit-on,faites à ce fabricant pour lengager à soulever le faubourg à laide de sesouvriers. Ces offres ayant été rejetées, on jura de sen venger et on tintparole. Le 28 avril 1789 , sa maison fut envahie et livrée à un pillagegénéral; les glaces, les meubles furent brisés, le linge, largenterie volés,les caves enfoncées, et lorsquon ne trouva plus rien à détruire ou à em-porter, on mit le feu à la maison, qui fut en grande partie consuméepar les flammes.

La rue du Faubourg St-Antoine figure avec gloire dans les fastes de larévolution de juillet. Le 28, la colonne de troupes composée dinfanterie,de cavalerie et dartillerie, après avoir balayé par la mitraille et lamousqueterie les boulevards , prit position sur la place St-Antoine. Amidi les fusillades et les feux de peloton dirigés sur la rue du FaubourgSt-Antoine commencent et se succèdent sans interruption ; le canontonne de minute en minute; les hommes tombent de part et dautre.Les habitants non armés se retirent jusquau carrefour de Reuilly.les troupes reçoivent uu renfort dun bataillon et de deux pièces decanon venant de Vincennes. La fusillade fut vive un peu en avant de larue de Charonne. Trois officiers supérieurs furent tués vis-à-vis la mai-son portant les n 78, 80 et 82. Les artilleurs, exaspérés par la perte deces officiers, firent de suite feu sur cette maison avec une batterie de douzeet deux obusiers de vingt-quatre. Le premier coup de canon rasa au ni-veau des toits une grande mansarde : le second enleva le faite dune au-tre mansarde, et un troisième traversa un mur qui soutenait un gros corpsde cheminées. Les obus enfoncèrent les toits, les plafonds, et causèrent dansles appartements, par leur explosion, un ravage épouvantable. Les mai-sons qui forment le coin se trouve la fontaine sont restées criblées deballes, et il y eut beaucoup de victimes. La colonne nalla pas plus loin.Elle ne tarda pas à revenir sur la place de la Bastille, d elle prit laroute de la place de Grève par la rue St-Antoine. La fusillade et lacanonnade recommencèrent vers les cinq heures dans la rue du FaubourgSt-Antoine, et se prolongèrent pendant trois quarts dheure ; beaucoupde citoyens furent tués ou blessés dans cette rue. A six heures, la co-lonne de troupe revint sur la place de la Bastille, d elle se porta surles quais. Quelques compagnies du 50° et les lanciers furent envoyéspour défendre le pont dAusterlitz contre les habitants du faubourgSt-Marceau qui arrivaient ; linfanterie et les lanciers cédèrent le pas-sage; les citoyens du faubourg St-Marceau firent leur jonction avecceux du faubourg St-Antoine. Peu après, toutes les troupes sous lesordres du général St-Chamant passèrent le pont dAusterlitz, suivirentles boulevards extérieurs et se rendirent aux Invalides et à l'Ecolemilitaire.

Rue de Montreuil était Ihôtel Titon du I'n i.i i , connu aussi sousle nom de Folie-Titon, oit Titon du Tillet avait réuni une riohe collec-tion de tableaux des plus grands maîtres. Il y avait dans cet hôtel unthéâtre dont on parla beaucoup dans son temps, et sur lequel on donnaen 1762 une représentation d'Jnnelle et Lu/nn.

Rue St-Bernard, n" 26, était le couvent des filles Ste-Maruue-rite ou de Notre-Dame des Vertus, fondé dans cette rue en 1683 etsupprimé en 1790.

Rue de Charonne, n 86, est lentrée de la communauté des fillesde la Croix , fondée en 1611, supprimée en 1790 et rétablie en 1817.Léglise renfermait le tombeau de Cirano de Bergerac, et de lingénieurmilitaire de Pagnan.

Au n 88 était la communauté de la Madeleine du Traixel, établieen ce lieu en 1634, et supprimée en 1790.

Le boulevard Beaumarchais doit son nom au célèbre Beaumar-chais, qui demeurait dans une maison dune architecture alors sansmodèle, si ce nest en Italie, quil avait fait bâtir sur cette partie duboulevard qui se termine à la place de la Porte-St-Antoine. Cette mai-son, dont dépendait un vaste et beau jardin, a conservé jusquà ces der-niers temps le nom de maison de Beaumarchais, quelle a transmisensuite au boulevard ; elle a été démolie en 1818 pour faciliter louver-ture du canal St-Martin. Sur le terrain restant, on construisit uu gre-nier à sel qui a été démoli en 1841. Le pavillon du jardin na été entiè-

rement démoli quen 1826. Lépaisse et solide construction des murs declôture et de lhôtel de celui qui disait si plaisamment :<- Qui sait si lemonde durera encore six semaines? » promettait une durée séculaire ;on a peine aujourdhui à en reconnaître remplacement. Du côté duboulevard élait la porte dentrée, qui a longtemps porté cette ins-cription ;

Ce petit jardin fut planté

Lan premier de la liberté.

Une large voûte souterraine, assez éclairée, conduisait de cette porteau milieu du jardin, et de dans une cour à ritalienne , au centre delaquelle planait, sur un massif darbustes, une statue du Gladiateur com-battant. Une statue de Voltaire, copiée sur celle du péristyle du Théâtre-Français , décorait lentrée des appartements ; la salle de concert étaitronde et richement ornée. On descendait dans la salle à manger par unperron dont chaque marche était décorée darbustes fleuris. Le jardinétait distribué avec tant dart, que lon ne sapercevait point de son peudétendue ; on y trouvait sans confusion des grottes, des bosquets, desrocailles, un bassin de forme bizarre. Au milieu sélevait une grandesalle en forme de parallélogramme allongé, percée à ses extrémités dedeux portes surmontées de deux bas-reliefs représentant, lun Gan)niodeet lautre Hébé, Lentrée du côté de la maison portait cette inscription :

Ere xi tempium à Bacchus

Amictsquc gounnandibus.

A langle du jardin, du côté de la rue Amelot et de la rue qui porteaujourdhui le nom de rue Louis-Philippe, était un pavillon de formeronde, sur la porte dentrée duquel on lisait :

A VOLTAIRE.

Il ôte aux nations le bandeau de lerreur.

Lintérieur était orné de vues de Ferney et des environs, peintes àfresque sur les murailles ; un balcon circulaire entourait ce pavillon,dont le faîte était surmonté dun petit globe sur lequel tournait uneplume dorée. Beaumarchais, dont la vie active embrasse toute ia findu xvm' siècle, et dont les ouvrages représentent lesprit de cetle épo-que, mourut subitement, le 19 mai 1799, dans sa maison du boulevard,que sa veuve et sa fille ont habitée jusquà lépoque de sa destruction ; ilfut de la première commune provisoire de Paris, il ne siégea quequelques jours. Convaincu que lesprit humain est pour avancer, etque chacun ici-bas doit chercher à lui faire faire une part du chemin, ille poussa hardiment en avant, sans sinquiéter de ce quen penseraientceux qui marchent en arrière, ceux qui marchent de côté, et enfin ceuxqui ne marchent pas du tout.

52. QUARTIER DES QUINZE-VINGTS.

Ci-devant section des Quinze-Vingts.

Les limites de ce quartier sont : la place de la Bastille , la rue duFaubourg St-Antoine n m pairs, le mur denceinte de la barrière duTrône à la barrière de la Râpée, le quai de la Râpée, la place Mazas ,la rue Contrescarpe, qui forme la limite du quartier, mais qui est com-prise dans le premier arrondissement.Superficie 2,760,000 ni. car-rés, équivalant à 0,084 de,la superficie tolale de Paris.

Les établissements les plus remarquables de ce quartier sont :

Lhôpital St-Antoine, situé rue du Faubourg St-Antoine , n 206efr208. Il occupe une partie de lemplacement quoccupait Iabbave St-Antoine, communauté fondée en 1 198 pour des filles repenties , érigéeen abbaye eu 1204 et richement dotée par Louis VIII à loccasion de lanaissance de son fils (saint Louis). Labbesse de ce monastère prenaitle titre de dame du faubourg St-Antoine, et jouissait de tous les privi-lèges attachés à cette seigneurie.

Labbaye St-Antoine était un lieu privilégié. Lenclos était entourédun fossé dans lequel LouisXI conclut, en 1463, une trêve avec lesprinces qui sétaient armés contre lui pendant ia guerre dite du bienpublic. Le roi prétendit que la trêve avait été violée, et, pour perpé-

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