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VILLE DE PARIS.
HUITIÈME ARRONDISSEMENT. — N p 32. QUARTIER DES QUINZE-VINGTS.
tuer le souvenir de cette félonie , lit élever à l’angle de la rue deReuilly une croix en pierre, qui a depuis longtemps disparu, où on li-sait cette inscription •
l’an m. CCCC. I.XV
FUT TENU ICI LE LANOIT DES TRAHISONSET FUT PAR UNE TREVESQUI FURENT DONNÉES,
MAUDIT SOIT-IL QUI EN FUT CAUSE!
Derrière l’abbaye St-Àntoine furent brûlés cinquante-quatre tem-pliers le 12 mai 1310. — L’église de cette abbaye était richement déco-rée ; on y voyait plusieurs tombeaux, entre autres ceux de Jeanne et deBonne de France, filles de Charles V. — L’abbaye St-Antoine fut sup-primée en 1790 , et les bâtiments ont été , par un décret de la conven-tion nationale du 17 juin 1795, convertis en un hôpital assimilé à celuide l’Hôlel-Dieu.
L’hospice des Quinze-Vingts , situé rue de Charenton, n° 38.Cet hospice, fondé, à ce que l’on présume , par saint Louis , pour troisceuts aveugles, rue St-Honoré, au coin de la rue St-Nicaise , fut trans-féré en 1779 rue de Charenton , dans l’hôtel anciennement occupé parles mousquetaires noirs, vaste bâtiment construit aux frais de la villede Paris de 1699 à 1701. Quelque temps après cette époque, des modi-fications furent introduites dans le régime de cet établissement, et l’onfixa le nombre des pauvres aveugles à huit cents. — Sous la républi-que, l’hospice des Quinze-Viugts fut réorganisé sur de nouvelles bases,et reçut le nom de Maison des aveugles.
Un document curieux relatif à cet établissement est consigné dans letome ir des registres de la commune de Paris , p. 13,345, où on lit cequi suit : « Séance du sextidi 26 brumaire , l’an n de la républiquefrançaise une et indivisible. — L’administration des Quinze-Vingts ap-porte tous les objets de charlatanisme des prêtres, entre autres la fa-meuse chemise de saint Louis, qui se trouve n’èlre qu’une chemise defemme. Le conseil arrête que cette chemise sera brûlée sur-le-champ,et quant aux autres objets d’or et d’argent, le conseil arrête qu’ils se-ront envoyés à la monnaie. Mention civique est faite de la conduite del’administration des Quinze-Vingts, et insertion aux affiches de la com-mune. »
L’hospice des Quinze-Vingts est aujourd’hui régi sous l’autorité duministre du commerce et des travaux publics. Les aveugles admis dansl’établissement reçoivent en argent 375 fr. par an, en pain 68 fr. 50 c.,en habillement 31 fr., soit 474 fr. 50 c. Les maris et femmes voyantsdes aveugles reçoivent annuellement 109 fr. 50 c., chaque enfant 15 c.par jour, ou 54 fr. 75 c. par an. — Indépendamment des secours ac-cordés aux membres de l’hospice , sept cents pensions ont été successi-vement créées en faveur d’aveugles externes des départements, savoir :cent pensions de 200 fr., deux cent cinquante de 150 fr. et trois centcinquante de 100 fr.
L’hospice des Orphelins , situé rue du Faubourg St-Àntoine,n os 124 et 126- U occupe l’ancien hôpital des Enfants-Trouvés, cons-truit en 1669, dont rétablissement a été transféré, en 1800, rued’En-fer, dans les bâtiments de l’institution de l’Oratoire , construits de 1650à 1657. — On ne reçoit dans cet établissement que des orphelins dedeux à douze ans ; en 1842: il y est entré neuf cent soixante-trois en-fants des deux sexes.
Le marché Beauveau , situé place de ce nom. Il a été établi en1777 sur une partie de l’enclos de l’abbaye St-Antoine, et concédé à laville de Paris en 1811. '
VARIÉTÉS HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES.
Les rois de la première race avaient, rue de Reuilly, un palais oùDagobert I er épousa Gomatrude, et où il la répudia pour épouser Nan-thilde. Plus tard , ce palais fut remplacé par le gothique château deReuilly, dont les ruines ont été longtemps affectées à une cour desmiracles, rendez-vous des faux estropiés , des faux aveugles et d’unemultitude de mendiants. Sur l’emplacement de ce repaire (rue de j
Reuilly, n° 24), Rivière Dufreny fonda , sous la protection de Colbert,nue manufacture de glaces, dont les bâtiments sont aujourd’hui occupéspar une caserne d’infanterie.
Au n° 99 est la congrégation des dames de Ste-Glotilde , maisond’éducation pour les jeunes filles du quartier.
Petite rue de Reuilly, n" 12 , était le couvent des filles de laTrinité , dites Mathurines , établi en ce lieu en 1613 et supprimé en1790.
Rue Moreau , n° 10, était le couvent des Filles anglaises, éta-bli dans cette rue , au coin de la rue de Charenton, en 1670, et sup-primé en 1790.
Rue de la Planchette était I’hôtel Rambouillet , jolie maison deplaisance environnée de magnifiques jardins, créée en 1676 par le fi-nancier Rambouillet, d’une famille tout à fait distincte de la maisond’Àngeunes de Rambouillet. Du temps de Sauvai, on appelait ce lieu lejardin de Reillv ou la Folie-Rambouillet. « Dans ce jardin, dit-il, setrouvent des allées de toutes figures et eu quantité. Les unes formentdes pattes d’oie, les autres des étoiles; quelques-unes sont bordées depalissades, d’autres d’arbres ; la principale, qui est d’une longueur ex-traordinaire , conduit à une terrasse élevée sur le bord de la Seine ;toutes ensemble forment un réduit si agréable, qu’on y vient en foulepour se divertir. Dans des jardins séparés se cultivent en toutes saisonsun nombre infini de fruits si beaux et si excellents , que les plus grandsseigneurs sont obligés de faire la cour au jardinier quand ils font demagnifiques festins ; et même le roi lui en envoie demander. » On voitencore, rue de Charenton, une porte d’entrée et les restes des pavillonsqui marquaient les quatre angles de ce beau jardin, dont des maraisbien cultivés ont pris la place. — C’est à l’hôtel Rambouillet que serendaient autrefois les ambassadeurs des puissances étrangères non ca-tholiques le jour de leur entrée solennelle.
Rue de Picpus, n° 37, était le couvent des pénitents réformés datiers ordre de St-François, vulgairement appelé Picpus, fondé en 1601 ;l’église , dont Louis XIII pesa la première pierre en 1611, renfermaitles tombeaux du cardinal du Perron , du maréchal de Cboiseul, dadnc de Mortemart et de plusieurs autres grands personnages. Les bâti-ments de ce monastère ont été vendus en 1790, et forment aujourd’huiune propriété particulière.
Aux n os 15 , 17 et 19, était la communauté des chanoinesses deNotre-Dame de la Victoire de Lépante , établie à Picpus en 1647',supprimée en 1790, et transformée en une filature de coton.— Le cime-tière de'cette maison fut affecté pendant la terreur à la sépulture desvictimes immolées sur l’échafaud révolutionnaire lorsqu’il fonctionnaitsur la place de la Bastille et à la barrière du Trône. Sous l’empire, cecimetière a été concédé aux parents de ces victimes, qui seuls ont lédroit d’y être inhumés : M ,,,e de Lafayette, fille du duc d’Ayen, y a étéenterrée, et le général Lafayette y repose à côté de son épouse. Tous lesans on célèbre dans la chapelle de ce cimetière un service funèbre, oùsont invités tous les parents connus des personnages qui ont péri sur laplace de la Bastille et à la barrière du Trône.
Au n n 23 est la maison mère des dames de la congrégation de laMère de Dieu, noviciat unique de cette congrégation et pensionnat dejeunes personnes.
Au n° 15 est la congrégation des dames du Sacré-Coeur de Jésus etde Marie.
Au n° 8 est la maison hospitalière d’Enghien , hospice fondé en1819 par la duchesse de Bourbon (50 lits).
Au n° 9 est la congrégation du Sacré-Cœur de Jésus et de Marie,fondée en 1805. Elle tient au séminaire théologique, et envoie des mis-sionnaires en Belgique, dans l’Océanie, au Chili, etc.
Rue du Faubourg St-Antoine, n ü 232, demeurait, en 1791, lefameux brasseur Santerre. D’abord lieutenant dans la garde nationaleparisienne , il devint, quelques années plus tard , commandant de cettemême garde nationale, ce qui ne l’empêcha pas de continuer son état